Ici se termine la narration de becdanlo de son parcours de La Cote Saint André au Puy en Velay en 2005


Le Chemin, c’est quelque chose de magique ! Il se développe un sixième sens : si par inadvertance on le quitte, très vite quelque chose en soi le sent, bien avant de s’apercevoir qu’on a perdu le balisage (la petite coquille jaune sur un carré bleu). Si on quitte le chemin pour aller faire des courses dans un village on se sent en terre étrangère, quand on retourne sur le chemin on se retrouve chez soi. Un jour, Henri posera cette question, sans vraiment attendre de réponse : « C’est peut être ça que viennent chercher les gens : un but et un chemin à suivre ».

Lundi 15 août 2005 12 heures

Christoph et moi arrivons enfin au Puy en Velay, nous avons abattu les 15 derniers kilomètres en moins de cinq heures. J’ai les pieds en feu, j’ai l’impression de marcher sur des braises, il est temps que ça s’arrête pour moi. Christoph (oui sans e à la fin, il est allemand) a été obligé de m’attendre dans toutes les descentes. Nos autres compagnons se sont tous arrêtés avant le Puy pour éviter les festivités en s’accordant une journée de repos : « trop de monde, trop de bruit ». Mais c’est aussi une des caractéristiques du chemin de Compostelle : on rencontre très peu de chrétiens déclarés ! Ils ne sont pas vraiment athées non plus : Claudia s’arrête dans toutes les chapelles ouvertes pour jouer de la flûte et son mari, Henri, le « passeur » comme je l’appelle (croque-mort de son état) n’est pas franchement un « mécréant ».

Christoph non plus n’aime pas la foule, je l’entraîne pourtant à la cathédrale, au sommet de la ville mais nous n’arrivons même pas à entrer tellement le lieu est bondé. Nous redescendons par les vielles rues, il veut manger un sandwich dans le premier bar isolé venu, il m’en veut un peu. Il est venu aujourd’hui au Puy pour accueillir sa copine qui arrive à quinze heures à la gare. Une copine qu’il a connue sur le Camino quelques semaines auparavant (encore une histoire d’Amour – sourire). Nous-nous quittons peu après par une accolade marrante (pas facile avec les sacs à dos) j’écrase une larme (toujours ce maudit sentiment d’abandon quand quelqu’un me quitte).

Je veux voir la procession de quinze heures car je crois ne jamais en avoir vu une en vrai. Arrivé au sommet de la place Carnot la procession se forme. En tête, un chanoine avec une bonne bouille de chérubin, genre aumônier de patronage plus fait pour taper dans un ballon avec des gamins que de discourir en chaire. Ensuite arrivent des voitures officielles avec chauffeurs. Des prélats en descendent tout habillé de rouge. L’un d'eux se met a serrer des mains dans la foule, on dirait un député en campagne. J’aime bien regarder la foule, les gens. Je m’étonne moi-même :en pleine ville j’ai gardé mon bâton de pèlerin (ramassé dans la forêt), je n’ai plus peur du regard des autres! La procession se met en marche et arrive la première Vierge ! Chaque village des alentours du Puy a amené une Vierge portée par ses habitants. La première est très belle, hiératique…rien à voir avec la petite Marie effacée de l’imagerie mièvre ! Elle est assise en « majesté », elle me fait plutôt penser à une Reine sortie d’un autre âge. Les « gros balèzes » qui la portent, habillés d’une aube blanche, sont rigolos à voir. Derrière c’est le cafouillage, il y a des trous entre chaque village et il n’y a pas la ferveur que j’escomptais, ça papote de tout et de rien. Par moment j’ai l’impression de voir un défilé du premier mai…je suis un peu déçu.

A mon tour je me rends à la gare, j’ai un train à 17h21 pour rentrer sur Grenoble. Je peux enfin m’asseoir avec à mes cotés le fameux bâton que je décide de ramener chez moi : il le mérite bien ! Arrive une famille de Martiniquais venu aussi en « pèlerinage » au Puy, mais par le train. Une famille bien sympathique, souriante, bienveillante : le père, la mère, les deux filles et une parente plus âgée. Ils m’identifient comme étant un pèlerin « marcheur ». L’une des filles se retourne vers moi pour me demander si le pèlerinage à pied « ça fait maigrir ! ». Un peu avant que le train ne se mette à rouler le père dira avec un soupir d’aise cette très jolie expression : « Nous voilà maintenant pleins de grâces ».