C’est pour le moins un gîte rustique, comme il en existe en montagne, mais nous sommes en plein centre d’un village. De la taille d’une bergerie, équipée de châlits superposés nous disposons d’une petite cuisine… oui, mais sans aucun ravitaillement et l’auberge de la place est fermée. Vers 18 heures un habitant viendra nous rendre visite, il n’arrivera pas, hélas, à débloquer le chauffe eau mais muni d’une clef nous ouvrira, dans un placard, une petite caverne d’Ali Baba où nous achèterons (à prix coutant) de quoi faire des pates à la sauce tomate, du fromage et… une merveilleuse bouteille de rouge.

Kurt a mal au dos, il délaissera les couchettes pour dormir à même le sol. Le lendemain son réveil est douloureux mais il reprend le chemin, il s’arrêtera dans une pharmacie au prochain bourg. Nous marchons chacun de notre coté, à notre rythme… je préfère. A la mi-journée je le rencontre dans un village attablé dans la cour d’une école. Le soir, au-dessus de Seyssel, je le trouve allongé à même le sol devant la porte du gîte encore fermé : rien ne va plus. Nous partageons le repas préparé par notre hôtesse, il fait beau, l’air est doux, nous formons un bon groupe… un merveilleux souvenir.

La nuit est critique pour Kurt, il ne dort plus, la fièvre monte. A notre réveil il nous annonce sa décision d’arrêter. Il est vraiment déçu : c’est sa deuxième tentative. L’année précédente il avait commencé le Camino espagnol et il avait du abandonner à cause de problèmes aux pieds. Margot et Anny essayent de le consoler et lui parlent longuement. C’est la séparation, notre hôtesse va descendre Kurt chez un médecin. Je me sens mal: Kurt ne parle pas le français il me fait part de son inquiétude pour se faire comprendre, je devine qu’il aimerait bien que je l’accompagne. J’hésite, mais égoïstement je me dis que si je reste la matinée avec lui, je perdrais la compagnie des filles… dilemme… dont je ne sors pas grandi à mes propres yeux. Regrets… trop tard !