Faut-il tenir compte des avis extérieurs ?

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Faut-il tenir compte des avis extérieurs ?

Messagepar becdanlo » Ven Mai 01, 2009 7:54 am

On se pose souvent la question de savoir s"il faut tenir compte des avis sur nos textes. Voici quelques éléments relevés dans des commentaires du blog de wrath:

Citation:
Ca dépend. Toi Marco, tu as sollicité des critiques (je me suis amusé à lire celle que tu désignais toi-même sur ton blog, à propos donc des Confessions de Satan), et il se trouve que ces critiques paraissaient largement "convergentes" dans leur substance - même si par ailleurs elles étaient exprimées avec plus ou moins d'égards (cf celle de Dahlia, qui... heu... non rien). Je me suis aperçu que les observations, autrement dit, étaient souvent les mêmes et que par conséquent elles désignaient assez efficacement ce qu'il aurait fallu (?) modifier, pour "progresser" comme tu le suggères. Maintenant cette idée de progrès individuel est farouchement complexe. Déjà, progresser, est-ce plaire ??
Quand Musil a essayé de publier "l'homme sans qualité", le bidule tombait des mains d'à peu près tout le monde. Thomas Mann, qui pourtant l'a soutenu auprès des éditeurs, le qualifiait lui-même de "gros roman intellectuel", évoquant ses pesanteurs - au vu rétrospectif de ce qui apparaîtrait rétrospectivement comme une belle série de longueurs dans "la montagne magique" ou encore "les Buddenbroks", ça laisse rêveur. En un mot comme en cent Musil était un écrivain qui "ne plaisait pas". Fallait-il qu'il jette son oeuvre au feu et reprenne tout à zéro ? Je ne crois pas, quand même. Et Thomas Bernhardt, l'imagine-t-on tenir compte de qui ou de quoi que ce soit ? Ses livres sont des cris quasiment hystériques !!
Donc cette dimension du travail "tout prêt", "non améliorable", dans un sens j'y crois assez. Le risque, à trop modifier en tenant compte des avis extérieurs, c'est d'altérer la dimension personnelle de l'oeuvre non ?

Rédigé par: le koala | 30 avril 2009 at 22:15




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Dernière édition par becdanlo le Ven Mai 01, 2009 7:59 am, édité 2 fois.
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Messagepar becdanlo » Ven Mai 01, 2009 7:57 am

autre élément donné par Ph.J sur ce sujet:

Citation:
J'suis pas d'accord, Koala. Si je dis pourquoi je n'ai pas aimé et surtout "à quelles conditions ça aurait pu être plus réussi", ça signifie que je sais mieux que toi ce qu'est un livre réussi – ce qui est complètement stupide. Je peux éventuellement dire à quelle conditions ça m'aurait plu davantage, mais je ne vois pas à quoi ça peut te servir.

Rédigé par: Ph.J. | 30 avril 2009 at 20:11
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Messagepar nicamic » Ven Mai 01, 2009 9:40 am

Pour ma part, il me semble que la plupart des auteurs, sinon tous, souhaitent des avis extérieurs. Cela dit, ne faut-il pas à la fois y être attentif et savoir garder une certaine distance par rapport à eux ? Ils alimentent la réflexion de celui qui écrit mais ce peut être pour le renforcer dans la direction qu'il a adoptée ! D'autres fois, bien sûr, ils peuvent inciter à revenir sur ce qui a été conçu pour aboutir à quelque chose de meilleur. L'essentiel reste finalement de ne mettre le point final que lorsqu'on a l'intime conviction d'être au plus près de ce que l'on voulait écrire. Et ça, c'est peut-être le plus difficile...
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Messagepar becdanlo » Ven Mai 01, 2009 12:39 pm

nicamic a écrit:
Pour ma part, il me semble que la plupart des auteurs, sinon tous, souhaitent des avis extérieurs. Cela dit, ne faut-il pas à la fois y être attentif et savoir garder une certaine distance par rapport à eux ? Ils alimentent la réflexion de celui qui écrit mais ce peut être pour le renforcer dans la direction qu'il a adoptée ! D'autres fois, bien sûr, ils peuvent inciter à revenir sur ce qui a été conçu pour aboutir à quelque chose de meilleur. L'essentiel reste finalement de ne mettre le point final que lorsqu'on a l'intime conviction d'être au plus près de ce que l'on voulait écrire. Et ça, c'est peut-être le plus difficile...


Je reste malgré tout persuadé que l'avis des lecteurs ne doit pas conduire à des modifications majeures. Je partage entièrement l'avis de Philippe Jaenada lorsqu’il dit:


J'ai déjà raconté ici ce qui m'était arrivé avec mon premier manuscrit (je ne l'ai fait lire qu'à deux personnes, mes deux meilleurs amis, en qui j'avais toute confiance et dont je partageais les goût : l'un m'a dit "la première partie est formidable, la seconde chiante", l'autre "la première partie est très ennuyeuse, la seconde passionnante" – j'étais censé faire quoi, moi, avec ça ? (tout virer, diront certains...)), et il m'est arrivé presque exactement la même chose avec le dernier : une éditrice de chez Grasset, qui est plutôt calme et maman, m'a dit qu'il fallait réduire tous les passages qui concernent les souvenirs de célibataire éthylique, qu'elle trouvait trop glauques et sans grand intérêt, et renforcer les passages les plus forts, c'est-à-dire ceux qui évoquent la famille, le couple, la paternité; un membre du comité de lecture, qui est célibataire et plutôt noceur, a fortement suggéré de couper dans les passages familiaux (trop mielleux à son goût) et d'insister sur les virées nocturnes du passé du personnage, qu'il trouvait drôles et très utiles au livre. Alors qu'est-ce que je devais faire ? Décider si je voulais écrire un roman pour les mères de famille ou un roman pour les fêtards ? Bien sûr que non. Ecrire mon roman, voilà.
Maintenant, si tu parles de critiques genre "c'est très mal écrit" ou "il y a trois mots de vocabulaire" ou "la blonde de 33 ans du début se retrouve châtain de 39 ans au milieu", bien sûr, ça sert. Et en même temps, à ce stade-là, pas sûr qu'on puisse faire quoi que ce soit.


http://wrath.typepad.com/wrath/2009/04/ ... 631b2d970b

Est-ce que l'on verrait un amateur de peinture dire à propos d'un tableau: là je verrai un peu plus de rouge, ou bien j'enlèverai cette maison ?
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Messagepar nicamic » Ven Mai 01, 2009 1:46 pm

becdanlo a écrit:
nicamic a écrit:
Pour ma part, il me semble que la plupart des auteurs, sinon tous, souhaitent des avis extérieurs. Cela dit, ne faut-il pas à la fois y être attentif et savoir garder une certaine distance par rapport à eux ? Ils alimentent la réflexion de celui qui écrit mais ce peut être pour le renforcer dans la direction qu'il a adoptée ! D'autres fois, bien sûr, ils peuvent inciter à revenir sur ce qui a été conçu pour aboutir à quelque chose de meilleur. L'essentiel reste finalement de ne mettre le point final que lorsqu'on a l'intime conviction d'être au plus près de ce que l'on voulait écrire. Et ça, c'est peut-être le plus difficile...


Je reste malgré tout persuadé que l'avis des lecteurs ne doit pas conduire à des modifications majeures. Je partage entièrement l'avis de Philippe Jaenada lorsqu’il dit:


J'ai déjà raconté ici ce qui m'était arrivé avec mon premier manuscrit (je ne l'ai fait lire qu'à deux personnes, mes deux meilleurs amis, en qui j'avais toute confiance et dont je partageais les goût : l'un m'a dit "la première partie est formidable, la seconde chiante", l'autre "la première partie est très ennuyeuse, la seconde passionnante" – j'étais censé faire quoi, moi, avec ça ? (tout virer, diront certains...)), et il m'est arrivé presque exactement la même chose avec le dernier : une éditrice de chez Grasset, qui est plutôt calme et maman, m'a dit qu'il fallait réduire tous les passages qui concernent les souvenirs de célibataire éthylique, qu'elle trouvait trop glauques et sans grand intérêt, et renforcer les passages les plus forts, c'est-à-dire ceux qui évoquent la famille, le couple, la paternité; un membre du comité de lecture, qui est célibataire et plutôt noceur, a fortement suggéré de couper dans les passages familiaux (trop mielleux à son goût) et d'insister sur les virées nocturnes du passé du personnage, qu'il trouvait drôles et très utiles au livre. Alors qu'est-ce que je devais faire ? Décider si je voulais écrire un roman pour les mères de famille ou un roman pour les fêtards ? Bien sûr que non. Ecrire mon roman, voilà.
Maintenant, si tu parles de critiques genre "c'est très mal écrit" ou "il y a trois mots de vocabulaire" ou "la blonde de 33 ans du début se retrouve châtain de 39 ans au milieu", bien sûr, ça sert. Et en même temps, à ce stade-là, pas sûr qu'on puisse faire quoi que ce soit.


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Est-ce que l'on verrait un amateur de peinture dire à propos d'un tableau: là je verrai un peu plus de rouge, ou bien j'enlèverai cette maison ?


Tout à fait d'accord, c'était d'ailleurs le sens de ce que je voulais dire précédemment mais peut-être n'ai-je pas été très claire ! :wink:
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Messagepar Philipum » Ven Mai 01, 2009 7:54 pm

nicamic a écrit:
L'essentiel reste finalement de ne mettre le point final que lorsqu'on a l'intime conviction d'être au plus près de ce que l'on voulait écrire. Et ça, c'est peut-être le plus difficile...


Oui ! C'est peut-être une question de perspective, qu'il est difficile de prendre du recul par rapport à ce qu'on a écrit. Je pense que les avis extérieurs sont particulièrement importants pour un écrivain en herbe, qui n'a pas encore trop confiance en son talent. Aussi, afin d'acquérir une vue d'ensemble, il faut s'intéresser, et savoir lire et analyser les oeuvres d'autres écrivains, en gros, il faut s'ouvrir vers l'extérieur, et cela veut aussi dire s'ouvrir aux avis extérieurs sur ses propres textes. Il arrive un moment, avec l'expérience, où l'on prend conscience de ce que veut dire "qualité" (indépendamment de ce qu'on "aime" ou pas), et alors on est comme libréré : on sait si son propre texte est valable, quel que soit l'impact qu'il a sur les lecteurs. Enfin, c'est mon sentiment...
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Messagepar nicamic » Ven Mai 01, 2009 10:49 pm

Philipum a écrit:
nicamic a écrit:
L'essentiel reste finalement de ne mettre le point final que lorsqu'on a l'intime conviction d'être au plus près de ce que l'on voulait écrire. Et ça, c'est peut-être le plus difficile...


Oui ! C'est peut-être une question de perspective, qu'il est difficile de prendre du recul par rapport à ce qu'on a écrit. Je pense que les avis extérieurs sont particulièrement importants pour un écrivain en herbe, qui n'a pas encore trop confiance en son talent. Aussi, afin d'acquérir une vue d'ensemble, il faut s'intéresser, et savoir lire et analyser les oeuvres d'autres écrivains, en gros, il faut s'ouvrir vers l'extérieur, et cela veut aussi dire s'ouvrir aux avis extérieurs sur ses propres textes. Il arrive un moment, avec l'expérience, où l'on prend conscience de ce que veut dire "qualité" (indépendamment de ce qu'on "aime" ou pas), et alors on est comme libréré : on sait si son propre texte est valable, quel que soit l'impact qu'il a sur les lecteurs. Enfin, c'est mon sentiment...


Je trouve cette remarque très juste. Toutefois, ce qui arrive aussi, c'est qu'on a parfois du mal à dire : "J'ai terminé. Je n'y touche plus." Le texte qu'on décide de "livrer" aux lecteurs va leur appartenir et vivre sa vie, c'est difficile de le lâcher, un peu comme un enfant qui grandit et dont justement il faut lâcher la main !
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Messagepar Philipum » Mar Mai 05, 2009 3:36 pm

nicamic a écrit:
ce qui arrive aussi, c'est qu'on a parfois du mal à dire : "J'ai terminé. Je n'y touche plus." Le texte qu'on décide de "livrer" aux lecteurs va leur appartenir et vivre sa vie, c'est difficile de le lâcher, un peu comme un enfant qui grandit et dont justement il faut lâcher la main !


Sur ce point, je suppose que les sentiments éprouvés sont assez personnels. Je n'ai moi-même pas eu ce genre de difficulté : je suis bien content de laisser mes textes partir (nous verrons dans une quinzaine d'années si j'ai la même attitude avec mes enfants :wink: ).
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Messagepar becdanlo » Sam Jan 16, 2010 7:52 pm

Dans la série: faut-il écouter les avis extérieurs, voici un commentaire intéressant de Philippe Jaenada (publié chez Grasset), lu sur le blog de wrath:

J'écris pour des lecteurs, et uniquement pour des lecteurs. Mais aucun en particulier. Quand on publie un livre, c'est un peu comme quand on soumet un manuscrit, mais avec dix fois plus de réactions. J'en reçois sans arrêt, des avis de lecteurs. Et ils sont extrêmement contradictoires. Parmi ceux qui ont aimé un livre, par exemple, il y en a dix qui auront beaucoup apprécié tel passage et beaucoup moins tel autre, et dix l'inverse. Je fais quoi, pour celui d'après, j'écoute qui ? Parmi mes proches, par exemple, il y en a la moitié qui trouvent que mes romans sont rigolos et que c'est ça qui est bien, et la moitié qui trouvent que l'humour ça va deux minutes et que je ferais bien d'écrire des choses un peu plus sérieuses, profondes, ou je ne sais quoi. Je choisis qui, comme repère pour continuer ? Enfin, je ne sais pas, vous faites lire ce que vous écrivez ? Tous les avis concordent, en général ? Ce n'est possible, ça, que si vous écrivez pour une "cible" très précise, juste une catégorie de personnes. Ce qui n'est pas beaucoup mieux que d'écrire pour soi, si ?

Extrait des commentaires du billet : Comment trouver des lecteurs:

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