Sous la terre de Tolède extrait du chapitre I

Les textes en cours d'écriture

Sous la terre de Tolède extrait du chapitre I

Messagepar azul47 » Lun Mar 10, 2008 3:35 pm

Je demande l'indulgence de la foule en délire. :roll: Surtout pour ce premier chapitre que je remanierais bien pour la centième fois, si je ne me retenais pas.

Résumé : Nathalie Garland revient chez elle, en Espagne, après cinq ans d'absence. Son mari les a chassés, elle et leur fils, après qu'elle lui a avoué, lors d'une dispute, ce qu'elle croit être une vérité. Au cours de ses nuits sans sommeil, elle enregistre pour son fils l’histoire de sa rencontre avec les deux hommes qui ont bouleversé sa vie. Frédéric Maurin, l'ami de toujours, trouve les enregistrements et raconte à son tour sa version des faits. Il finit par découvrir, au bout de quelques mois, qu'il est le seul à détenir la vérité.
Mais quelle vérité ?


Nathalie

Trois coups viennent de sonner à l’horloge du salon. Trois coups interminables, comme une parenthèse suspendue dans le temps.
Trois heures du matin.
Je suis dans le bureau, assise à même le plancher. Il me semble que je n’aurai plus jamais sommeil. Dehors, la neige a repris son ballet, l’hiver s’est frayé un chemin jusque dans mon cœur. Depuis combien de temps suis-je là, les yeux fixés sur les flammes ?
Le feu crépite dans l’âtre, les souvenirs affluent à ma mémoire. Il y a des mots que l’on peut taire, mais les images s’imposent d’elles-mêmes. Cette nuit, elles naissent avec les ombres qui dansent sur les murs, se confondent à d’autres flammes qui ont changé ma vie il y a cinq ans.
Là-haut, mon fils dort ; Ken, mon petit bonhomme de cinq ans qui ne comprend rien à ce qui lui arrive. Tout a été si rapide. Il m’en veut, je le sais. Son père nous a chassés il y a deux jours, le pauvre ange n’a pas eu le temps de l'embrasser avant notre départ. Il ne sait pas encore que le Wyoming ne sera bientôt plus pour lui qu’un vague souvenir.

Madrid, hier matin.
J’ai loué une voiture à l’aéroport de Barajas et nous avons pris le M40 et rejoint l’A42 en direction de Tolède sans l’avoir décidé.
Ken n’a plus émis un son depuis notre arrivée. Mes réponses évasives ont fini par le lasser. Même la cité magnifique de Tolède, perchée sur son promontoire de granit, l’a laissé silencieux. Nous n’avons pas pris le temps de visiter la ville, je n’étais pas venue pour cela ; je voulais juste faire une halte dans le cimetière où repose l’homme que j’ai aimé.
J’ai voulu parler à Ken, lui expliquer ce que nous faisions là, mais aucun mot ne pouvait décrire la peine qui me broyait le cœur. Je l’ai serré contre moi. Il s’est raidi, sans détacher les yeux de la stèle dont il ne pouvait déchiffrer l’inscription.
— J’ai froid, Mum.
C’était les premières paroles qu’il prononçait depuis notre descente d’avion.
Nous avons regagné la voiture sous le regard de fantômes que j’étais seule à voir. J’ai installé mon fils à l’arrière, bouclé sa ceinture, et nous avons repris la route.
Pour ne pas laisser venir les larmes, je me suis enivrée de paroles. Je lui ai raconté l’Espagne et l’endroit où nous nous rendions : Ávila, capitale de sa province, joyau de la Castilla y León. Ávila et ses remparts, la ville aux neuf portes et aux quatre-vingt-huit tours. Il m’écoutait, bien sagement assis au fond de son siège. Dans le rétroviseur, son silence boudeur interpellait sans cesse mon regard. Je savais ce qui le tourmentait, il n’avait jamais été séparé de son père jusque-là. La fête de Noël approchant lui rendait cette absence encore plus difficile.
Puis, au bout d’un chemin qui traçait son empreinte dans la campagne enneigée, Azul, la maison de mon enfance, m’est apparue. Je rêvais de cet instant depuis si longtemps que j’aurais pu mourir sans regret avec cette image dans les yeux.
Mario, mon chef d’équipe, traversait la cour, tenant par la longe l’étalon de Frédéric. Ses claquements de langue encourageaient l’alezan qui dansait sur place, les sabots enfoncés dans la neige jusqu’aux boulets.
Un cri d’enthousiasme s’est élevé à l’arrière, coupant court à l’émotion intense qui me gagnait. Ken s’est jeté entre les sièges, ses yeux gris écarquillés d’admiration.
— Oh Mum, regarde ! C’est un arabe… dis Mum, c’est un arabe ?
J’ai hoché simplement la tête. Les larmes étaient derrière les mots.
— Tu le connais ? C’est quoi son nom ? Mum, on va le voir… Qui c’est… ?
J’ai suivi la direction de son doigt. Au milieu de la cour, emmitouflée jusqu’aux oreilles dans un manteau de fourrure, une silhouette nous observait. J’ai coupé le moteur, tandis que Catalina courait vers nous. Ken secouait la poignée de sa portière en trépignant d’impatience. Je l’ai rappelé à l’ordre sans conviction, juste pour ne pas faire écho à la joie de Catalina.
Elle s’est penchée vers Ken, ébouriffant gentiment ses cheveux blonds. Blotti tout contre moi, il a levé vers elle de grands yeux étonnés.
Et elle parlait, parlait… Chère Catalina, j’avais presque oublié son exubérance. Elle me reprochait de ne pas les avoir prévenus de notre arrivée, s’étonnait de l’absence de Nicolas.
Puis elle s’est tournée vers la maison et a crié si fort le nom de son mari que cela a résonné étrangement dans le silence alentour. La porte s’est ouverte et Frédéric est apparu, les manches de son pull-over remontées jusqu’à mi-bras. Dissimulée derrière Catalina, j’ai essuyé discrètement mes larmes. Lorsqu’elle s’est effacée, il était là, à quelques pas de moi, tel que dans mes souvenirs. Avec quelques rides en plus aux coins de ses yeux bleus, peut-être, quelques fils blancs dans sa chevelure blonde… Mais les mêmes traits volontaires, la même chaleur dans le regard : celle d'une amitié qui m'avait terriblement manquée.
Son air surpris m’a chaviré le cœur. Il s’est tourné vers Ken qu'il voyait pour la première fois. J’ai deviné à son expression inquiète toutes les questions qu'il n'osait pas encore poser.
Il s’est approché de moi et, tout contre sa joue, les larmes qui brûlaient mes yeux se sont mêlées aux siennes. J’ai retrouvé les sensations inoubliables dont je rêvais quand j’étais loin de lui : la caresse de sa main dans mes cheveux, sa voix chaude et rassurante. Ces mots ressurgis du passé :
— Calme-toi ma douce, ne pleure pas, je suis là.
Il m’a entraînée vers la maison, doucement, sa main sur mon épaule. J’entendais derrière moi le rire de Catalina que mon fils avait déjà conquis.
L’intérieur aussi répondait à mon souvenir ; la même odeur de cire et de tabac à pipe flottait dans l’air. Maria est apparue sur le seuil de la cuisine. Elle a levé les bras au ciel en implorant Santa Teresa, mais cela n’avait plus l’accent comique qui me faisait rire autrefois.
Puis le silence est revenu, lourd de tout le mystère qu’entourait mon retour. Pour échapper au regard insistant de Frédéric, je me suis penchée et j’ai pris mon fils dans mes bras. Mais la question que tous semblaient se poser n’en demeurait pas moins cruciale :
Pourquoi ton mari n’est-il pas avec toi ?
Il est difficile d'attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout lorsqu'il n'y est pas.
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Messagepar becdanlo » Lun Mar 10, 2008 8:51 pm

Tout azul47 est dans ce fragment de "Sous la Terre de Tolède".
Pour avoir lu mot à mot pas mal des chapitres de son livre, je reconnais bien là la précision de ses descriptions et la mise en place des ses personnages... mise en place au sens où un metteur en scène saurait où placer ses acteurs.
La dernière scène de l'arrivée de la voiture est typique: on sait où se trouve chaque personnage... dans quel alignement ils sont:

J’ai suivi la direction de son doigt. Au milieu de la cour, emmitouflée jusqu’aux oreilles dans un manteau de fourrure, une silhouette nous observait. J’ai coupé le moteur, tandis que Catalina courait vers nous. Ken secouait la poignée de sa portière en trépignant d’impatience. Je l’ai rappelé à l’ordre sans conviction, juste pour ne pas faire écho à la joie de Catalina.
Elle s’est penchée vers Ken, ébouriffant gentiment ses cheveux blonds. Blotti tout contre moi, il a levé vers elle de grands yeux étonnés.
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Messagepar Diego Ortiz » Lun Mar 10, 2008 9:06 pm

Ah, querida, la suite et sans clouquer, je vous prie. Pdf n'est qu'un caillou dans une chaussure : à rendre au sol sans procrastiner.

J'aime cet extrait et suis impatient d'en lire davantage.

Amicales salutations
D.O.
et bravo, bravo
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Messagepar azul47 » Lun Mar 10, 2008 9:38 pm

Merci, Bec', de me féliciter de choses que je ne savais pas moi-même. :wink: En écrivant la scène dont tu parles, je devais être, sans doute, dans la cour avec mes personnages.

Diego dont j'aime tant le prénom, merci pour votre indulgence. Je vais confier le bébé à Becdanlo, il saura enlever le caillou de la chaussure. :wink:
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Messagepar Philipum » Jeu Avr 17, 2008 4:30 pm

C'est sûr que tu as une belle plume, Azul.

Tes mots me rendent mélancolique, presque nostalgique de quelque chose...
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Messagepar Romane » Jeu Avr 17, 2008 4:41 pm

Tout régal, azul ! J'aime les images, les sensations qu'elles provoquent et j'ai simplement envie de lire la suite.
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Messagepar azul47 » Jeu Avr 17, 2008 8:55 pm

Tiens, je n'étais plus venue ici depuis le jour où j'ai posé cet extrait.
Je m'aperçois aussi que je devais confier le bébé à Becdanlo et ne l'ai point fait. C'est sans doute que je n'en suis pas assez satisfaite pour ça.

Certains ont pensé de ce roman qu'il conviendrait bien à la collection Harlequin. :roll: Idée qui ne me séduit pas des masses. Qui ne me séduit même pas du tout. Ça voudrait dire que j'ai écrit une banale histoire d'amour, et ce n'était pas mon but. Je voulais exprimer les difficultés qu’imposent tout choix, et même lorsqu’il est fait, l’inévitable prise en compte d’un facteur essentiel : l’autre. Soit je n'y suis pas parvenue, soit ceux qui l'ont lu en entier n'ont pas saisi le message.

Romane, merci pour ton gentil commentaire, mais accepterais-tu d'être plus sévère si je te le confiais ? Voilà des mois que je crève d'envie de te le demander. :oops: Je ne sais plus quoi faire de cette histoire et j'ai besoin d'un avis sans concession. Que ce soit pour tout remanier ou pour en faire enfin mon deuil.
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Messagepar Romane » Jeu Avr 17, 2008 9:02 pm

M'enfin, t'es nouille ou quoi ? Je t'avais dit oui, azul ! Je ne change pas d'avis comme de chemise et bien sûr que tu peux ! Je pensais que c'était toi qui avais bifurqué en cours de route. Comme quoi... :lol:

je te mets mon mail (pff pas grave s'il est public, il est déjà public, donc je ne crains plus rien) :
romane.romane@gmail.com

Je me le ferai imprimer par mon pot'Jean-Louis à la mairie pour éviter de me casser les yeux sur l'écran, car lire longuement un même document n'est pas une mince affaire dans ces conditions.

Ne t'inquiète pas, je serai objective.
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Messagepar azul47 » Jeu Avr 17, 2008 9:35 pm

Mouiiiiiiiiiiiiii j't'adôôre. Surtout si tu es sans concessions, j'ai besoin d'aide. S'il ne vaut pas la peine, promis juré craché, j'en fais mon deuil et je passe à autre chose. Il en est plus que temps.

Tu peux effacer ton adresse si tu veux, je l'ai copiée. Je peux même imprimer et te joindre l'enveloppe pour la réponse. Dis-moi si tu veux.
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Messagepar Romane » Jeu Avr 17, 2008 9:41 pm

Meunan, je m'occuperai de l'enveloppe, c'est pas difficile. Il faudra juste me donner ton adresse.

Ah, travailler crayon en main ! le pied ! (le comble) :lol:

Ne t'inquiète pas pour mon adresse mail, de toute manière au point où j'en suis, elle ne craint plus rien. :lol:
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Messagepar becdanlo » Jeu Avr 17, 2008 9:47 pm

azul a écrit:

Citation:
Je ne sais plus quoi faire de cette histoire et j'ai besoin d'un avis sans concession. Que ce soit pour tout remanier ou pour en faire enfin mon deuil.


M'enfin qu'est ce que ces idées! Elle est bien ton histoire, ce n'est pas de l'Harlequin!

Ce n'est pas parce que tu ne trouves pas d'éditeur que ça ne vaut rien.
On en est tous là!
Peut être même que c'est plutôt bon signe!

:wink:
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Messagepar azul47 » Jeu Avr 17, 2008 9:55 pm

@ Romane : Oki c'est parti mon kiki :D

@ Becdanlo : Tu sais que t'es mignon tout plein toi. Je t'épouserais si je n'étais pas trop jeune pour toi. :lol:

@ tous : Quelqu'un connait-il l'âge de Bec' ? :P
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Messagepar Ishtar » Jeu Avr 17, 2008 9:56 pm

Il prétend avoir 90 ans :wink:
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Messagepar becdanlo » Jeu Avr 17, 2008 9:58 pm

Citation:
@ tous : Quelqu'un connait-il l'âge de Bec' ?


Encore... c'est la troisième fois en deux semaines!

Je viens juste de répondre à la même question sur un autre site: 90 bien sonnés!

Je n'ai plus toute ma tête mais j'arrive encore à marcher!

lololol
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Messagepar azul47 » Jeu Avr 17, 2008 10:03 pm

C'est bien ce que je disais, je suis beaucoup trop jeune pour toi :P
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