L'Appel de la Forêt

Jeux et créations par intéractions explosives

L'Appel de la Forêt

Messagepar Diego Ortiz » Lun Jan 14, 2008 5:10 am

Un beau jour des affiches furent placardées sur tous les murs de la ville et des sonneries se mirent à retentir dans d'innombrables chambres désertes. Depuis le milieu de la nuit, déjà, la chaleur avait chassé les gens hors des appartements. Dans le ciel, une nouvelle étoile venait de faire son apparition, et les savants interrogés par les radios locales n'avaient pas tardé à vendre la mèche. La communauté scientifique n'avait voulu attrister personne, mais cet objet énorme se dirigeait droit sur la Terre et allait l'engloutir, avait-on calculé, le 21 mars à 21 heures 21 minutes 21 secondes 21 centièmes et ainsi de suite. Un présentateur légèrement ivre, ou alors perdu d'angoisse, avait bien cherché à tourner en ridicule ce chiffre aux allures de canular, mais il avait dû se rendre instantanément à l'évidence que tout le monde s'était déjà mis d'accord : l'Apocalypse, enfin, juste maintenant, c'était elle, et qui pourrait se prétendre surpris ? Cela faisait des milliers d'années que le fait était décrit dans tous les livres sacrés.

J'étais sorti comme les autres mais nous n'avancions guère. Le goudron des trottoirs avait fondu et chaque pas était une torture pour les chiots d'Agena, sept en tout, la truffe encore humide. Pas la moindre trace de méchanceté chez ces créatures. J'étais parti en voulant passer prendre Morisette, mais les pneus de la voiture avaient déjà éclaté, et il ne valait même plus la peine de penser à rejoindre l'autre côté de la ville. Il y avait une rivière qui bouillait, colportaient les premiers partis, qui se rabattaient en colonnes désordonnées vers le parc des Rois, comme si les tombes du cimetière pouvaient encore leur apporter un peu de fraîcheur.

Et des chiens qui souffrent cela piaille et cela supplie, et cela fait mal. J'étais vêtu d'une chemise légère et le bas de mes pantalons était déjà maculé de goudron. Ce n'était pas un mauvais rêve, non. Je m'étais pincé. La mère des chiots m'avait aussi pincé la main, elle si douce, avant de détaler en courant, abandonnant sa progéniture à mes bons soins. Nous ne leur avions pas encore donné de noms. De toute façon je n'aurais jamais eu le droit de les garder à la Cité universitaire. Des amis, des copains, j'en avais dans chaque quartier, mais où étaient-ils ? Cela faisait un moment que je marchais droit devant moi, comme toutes les autres ombres.

De souffrance, aucune véritable, et même un curieux sentiment de liberté. Les examens n'auraient pas lieu. Avec Morisette, depuis que nous avions décidé que nous étions amoureux, justement l'amour avait disparu. Mille kilomètres nous séparaient de nos familles, et maintenant surtout, il devenait clair que nous aurions tout le temps pour nous décider. La décision m'apparut soudain évidente : tirer les chiots des ventouses de ce sacré macadam et les suivre là où ils jugeraient bon de se rendre. Les fontaines étaient taries et des immeubles brûlaient en silence, vers le centre historique. Personne ne prêtait attention à nous, ou plus précisément, chacun se concentrait sur la tâche exténuante de poser un pied devant l'autre, sans un seul regard pour la gauche ni la droite.

Assez glauque, me dis-je. Mais la nuit n'est-elle pas propice aux rencontres les plus inattendues, surtout celle de l'Apocalypse ? Dans moins d'un quart d'heure nous aurions atteint la lisière de la forêt, où les chemins sont encore faits de pierres et de terre. Je pris une grande inspiration. Cela sentait le sapin et les hydrocarbures.
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Les règles du jeu

Messagepar Diego Ortiz » Lun Jan 14, 2008 5:20 am

[Aucune pour commencer. Quand on pourra en dégager, cela voudra dire qu'il sera temps de considérer le sujet comme épuisé et de l'acheminer vers une ou plusieurs conclusions possibles. Il ne s'agit pas d'un truc. Quelqu'un fera fatalement son apparition pour donner une suite à cette histoire. Comme dans les rêves, on ne verra pas le rapport immédiatement. Les gens d'ici étant forcément des aficionados de toutes sortes de jeux littéraires, il est inutile, je pense, de remonter à la métaphore des cadavres exquis ou aux délicieuses trouvailles du téléphone arabe. Dans ce dernier jeu, par exemple, il est essentiel que les interlocuteurs se comprennent mal. Par analogie, il serait parfaitement inutile que le second auteur accorde à son prédécesseur davantage qu'une lecture en diagonale.]
[D.O.][/quote]
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Messagepar Ishtar » Lun Jan 14, 2008 9:26 am

L'Apocalypse !

- Quel visionnaire exalté a pu jeter à la face du monde une prophétie aussi alarmiste ?, me dis-je
Malheureusement, cette sentence n'était pas sortie de la bouche d'un prédicateur atrabilaire en mal de publicité.
Il me fallait avouer que nous étions entrés dans les prémices de l'Apocalypse...
Depuis quelques mois, on ne comptait plus les centaines d'inondations, d'ouragans, d'éruptions volcaniques, de tremblements de terre qui secouaient notre planète.
Depuis quelques mois, jamais le monde n'avait eu à payer pareil tribut écologique et humain... et encore, il ne s'agissait que de simples avertissements aussi meurtriers soient-ils.
- Que faire ?, me dis-je.
Ignorer tous les avertissements, se contenter de vivre au jour le jour et se dire "Après nous le Déluge"....

Je cède ma plume...
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Messagepar becdanlo » Lun Jan 14, 2008 9:42 am

Que faire... la question me trottait toujours dans la tête, lorsque j'abordais le petit pont branlant, qui permettait de passer de « l'autre coté ». A son entrée, un groupe d'hommes à la mine renfrognée était accroupi autour d'un feu. J'entendis l'un deux me héler « Oh! Petit! Il faut payer pour passer ». Je fis mine de ne pas entendre, et commençais à marcher sur le pont. Je savais qu'à mi-chemin il faudrait faire attention: une planche manquait. Les chiots me suivaient comme à regret et tremblaient légèrement. J'entendis derrière-moi : « Laisse-le courir! On l'aura au retour! ».

Nous venions souvent ici avec Morisette nous promener. Je me souviens précisément, qu'à cet endroit, je me demandais où nous allions nous asseoir, si nous trouverions un endroit tranquille pour flirter à l'abri des regards indiscrets. A cette évocation, je sentis un délicieux frisson me parcourir... mais il fallait maintenant m'enfoncer dans la forêt et j'ai toujours eu peur du noir. J'essayais de me rassurer en pensant à mon escorte de chiots... qui me serait d'une bien piètre protection en cas de problème.

Je longeais une dernière propriété privée qui abritait une communauté marginale. Personne ne savait ce qui se passait derrière ces murs. Les habitants étaient fort discrets et faisaient peu parler d'eux. Pourtant une rumeur persistante avait circulé lorsque l'on retrouva dans les environs le corps calciné d'un homme d'une quarantaine d'année.

J'avais beau essayé de me contrôler, je commençais à sérieusement paniquer et marchais de plus en plus vite... mais je laissais derrière-moi ma compagnie de chiots.

J'arrivais enfin dans la plaine avec ses champs à perte de vue avec au loin la rivière Chantala. La lune était à son dernier quartier et donnait une ambiance étrange... j'avais de la peine à reconnaître l'endroit. Je marchais encore un peu mais je sentais que les chiots étaient maintenant à la traîne. Je décidais alors de m'asseoir sur un muret.

Du coté de la ville le ciel rougeoyait, les foyers d'incendie devenaient de plus en plus nombreux...
J'étais paisible, et je songeais déjà à rentrer lorsque j'entendis un bruit de pas. Quelqu'un venait à ma rencontre...
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Messagepar Philipum » Lun Jan 14, 2008 10:54 am

-Eh, vous !

Une voix féminine. Je ne répondis pas. Passe ton chemin, espérai-je, laisse-moi en paix.

-S'il vous plaît ! J'ai besoin d'aide !

Besoin d'aide ? Quelle aide pouvait quiconque offrir à quiconque ? Une femme essoufflée. Elle portait un casque et une combinaison de motard. Par cette chaleur ! Sans un mot, elle me prit par le bras et m'entraîna avec force.

-Excusez-moi, dis-je, je...
-Pas le temps ! Vous n'avez pas vu l'étoile ?
-Eh bien...
-Elle vient droit sur nous ! Il faut fuir !

Nous courûmes entre les arbres. Nous arrivâmes à une cabane... ou une tour de château... ou un château d'eau... en fait, je ne compris pas ce que c'était : une construction étrange de forme cylindrique.
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Messagepar Ishtar » Lun Jan 14, 2008 11:08 am

Déjà le crépuscule descendait sur nous. Je m'élançais à la suite de la jeune femme.
Je ne comprenais plus rien. Cette étoile qui arrivait à toute vitesse sur nous, ne pouvait pas être une astéroïde.
Et pourtant, elle s'approchait de plus en plus vite. Elle devenait de plus en plus lumineuse.
Au bout de la passerelle, se trouvait une sorte de château. Une sorte de Tour de Babel, que les bâtisseurs avaient construit pour forcer la Porte du Ciel.
Curieusement, c'était là, que la jeune femme m'entraînait...
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Messagepar becdanlo » Lun Jan 14, 2008 11:42 am

- Fais-vite, me dit-elle

Je courrais du plus vite que je pouvais, mais dans la pénombre je ne voyais pratiquement pas où je posais les pieds. Enfin je rencontrais un sol dur, nous étions arrivés. Elle poussa une porte et me conduisit vers une petite salle voutée faiblement éclairée.
Curieusement, elle ne semblait plus pressée, elle s'assit au milieu de tapis, de couvertures et de coussins et elle m'invita à la rejoindre.

- Mais l'étoile approche nous allons être pulvérisé!
- Ne t'en fait pas, ta dernière heure n'est pas encore venue, nous avons encore un peu de temps pour causer.
- Alors j'ai le temps d'aller chercher mes chiots?
- Ils sont avec leur mère, laissent les tranquilles.
- Mais justement leur mère les a abandonnés!
- Et alors?
- Et alors ce n'est pas bien de les laisser seuls

Elle me fixa longuement. Dieu que ses yeux étaient beaux dans le reflet des bougies, ils semblaient remplis de paillettes dorées.

- Tu n'en a pas assez de toujours faire ce qui est bien, de toujours faire ce qu'il faut? me dit-elle d'une voix douce.
- Mais je n'ai pas envie de faire souffrir qui que ce soi, même mes chiots!
- Tu n'en a pas assez fait pour les autres ? Songe que ton temps est maintenant compté... n'as tu rien à faire pour toi même?

Je la regardais encore, je pensais à Morisette. Non, elle ne paraissait pas cynique. Au contraire elle paraissait attentive...
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Messagepar Ishtar » Lun Jan 14, 2008 11:06 pm

N'as-tu rien à faire pour toi-même ? m'avait-elle dit.

Cette phrase insidieusement s'inscrivait en moi.
Je me sentais paniqué. J'étais là, à côté de cette femme, dans cette pièce close alors qu'à l'extérieur les éléments se déchaînaient.
Après plusieurs heures de tempêtes apocalyptiques, dans le silence de l'oeil du cyclone, il a une pensée émue pour toutes les personnes qui n'ont pas trouvé d'endroits pour se réfugier.
Il se lève en titubant, sentant son coeur battre à l'étouffer. Il sort de la Tour de Babel et reste ébahi par le spectacle se déroulant devant ses yeux.
Les flaques, les arbres arrachés, les toits des maisons envolés, les voitures retournées,... le spectacle est ahurissant.
Le spectacle est noir, mouvant, irréel... maintenant, la pluie a repris de plus belle. Des colonnes translucides trouent les ténèbres.
Au loin, il voit courir un homme. Il semble complètement désorienté.
....
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Messagepar Diego Ortiz » Mar Jan 15, 2008 8:31 pm

"Tu courais désorienté parce que l'Etoile était à tes trousses, pensais-tu, le jour où nous nous sommes rencontrés", dit Alepha, et il se retourna brusquement pour découvrir que les bougies s'étaient toutes éteintes mais que son regard demeurait fixé sur lui avec cette gravité limpide qui l'avait arrêté une première fois, alors qu'il était sur le point de se lancer la tête vide à la poursuite des enfants d'Hécate.

"Quand nous nous sommes rencontrés ce n'était qu'hier et la fin du monde était pour tout à l'heure, Alepha. Or, nous sommes là, tous les deux, et voilà que cet homme qui court vient de franchir l'horizon. Non, il n'est pas moi, ceci n'est pas Babel, l'Etoile nous a manqués. Nous parlons la même langue et sommes peut-être les derniers", chuchota-t-il une fois la porte refermée, le dos contre le chambranle. Le vacarme du dehors, tant il était chaotique, avait toutes nuances confondues emprunté le son d'une chute d'eau, un bruit blanc, ordinaire, sans aspérité, et de plus en plus lointain.

Oui, souffla-t-elle. Autour d'elle s'était creusé un curieux silence, qui n'était pas vide. "Oui, je suis Alepha. Alepha. Mais comment as-tu pu le deviner ?... Ici c'est Babel et non Alexandrie. Il y a ici quelque chose qui cloche et qu'il faudrait qu'on m'explique. Nous ne devrions même pas parler la même langue". Il la regardait à son tour avec de grands yeux.

C'était avec la même expression qu'un jour Morisette s'était amusée à jaillir du fond d'un lac de montagne, scintillant de la tête aux pieds juste pour lui, ses yeux, son admiration, un jour, dans les tout débuts. Alepha émergeant d'un songe c'était exactement le même mouvement; étaient-elles donc semblables ? Les lèvres de l'inconnue, de celle de toujours, étaient en train de s'arrondir. Elle allait parler. On n'entendait plus rien du dehors. Il carra ses omoplates contre le bois et attendit.
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Messagepar becdanlo » Mar Jan 15, 2008 10:11 pm

Il pressentait que ce qui allait sortir de la bouche d'Alepha ne serait pas un vain bavardage mais qu'il serait question de choses essentielles... pour lui. Elle commença doucement et il ne put s'empêcher d'écouter la mélodie de sa voie qui était belle... mais contenait en même temps une sorte de dureté. Au fur et à mesure qu'elle parlait, il se rendit compte qu'il avait du mal à saisir complètement le sens de ce qu'elle disait mais que, curieusement une autre partie de son être, située vers le ventre, était très attentive. Il ressentait ça comme un frémissement... un peu de même nature que ce qu'il ressentait, lorsque gamin, il avait l'intuition que l'instit allait lui poser une question auquel il ne saurait répondre.

Plus le temps passait et plus un sentiment de danger imminent s'installait en lui. Alors qu'elle s'exprimait toujours, il pensa curieusement à Sheherazade qui parlait chaque nuit au roi afin de se sauver d'une mort imminente... à moins qu'au contraire c'était elle qui enseignait...

Il fit un nouvel effort pour se concentrer sur les paroles d'Alepha:

- Ni tout à l'heure, ni demain... maintenant, tout de suite...là ! Es-tu prêt?

Elle s'était exprimée avec une telle vigueur qu'il manqua subitement d'air pour articuler la moindre parole. Son ventre était pris de panique et son esprit battait la chamade. Alepha attendait la réponse... il se devait de répondre... à une question qu'il n'avait pas perçu avec son cerveau mais qu'il avait pourtant parfaitement comprise: était-il prêt à changer... à se perdre... « à mourir »... maintenant!
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Messagepar Diego Ortiz » Mar Jan 15, 2008 11:53 pm

"Je suis prêt, Alepha" énonça une voix ferme. Les yeux plongés dans les siens, il était captivé par un certain jeu de lumière, et ne réalisa pas tout de suite que c'était lui qui venait de prononcer ces mots, qui avaient ainsi devancé sa volonté. Alepha tenait à la fois de l'océan et du feu d'artifice, commenta au fond de lui une autre voix autonome, porteuse d'une pensée qui ne lui appartenait plus mais se défaisait en petites étincelles qui s'empressaient d'aller se coller comme autant d'insectes d'or sur une forme qui, dans un autre endroit de cette chambre qui sentait le mirage, était en train de s'incarner à la gauche d'Alepha. Sa vie le fuyait peut-être, et n'était-il pas en ce moment même en train d'examiner entre ses mains son propre crâne, lavé par l'eau de l'océan, vide, mais illuminé par le halo encore pâle du nouvel être qui était en train de se matérialiser à partir de lui-même, et qui ne serait autre que le nouvel Epoux d'Alepha ?

Ses os venaient de glisser, poussière diaphane, le long du bois vermoulu de la porte à laquelle il avait été adossé jusqu'à présent, lorsque celle-ci s'ouvrit à plein battant, laissant le passage à une femme en chair véritable, aux joues empourprées et au regard brillant : Morisette !...
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Messagepar Philipum » Mer Jan 16, 2008 10:52 am

-Ah ! Te voilà enfin, dit-elle en se jetant dans mes bras. Je t'ai cherché partout , toute la nuit, oh, mon amour, cette nuit si horrible ! Des boules de feu tombent du ciel, non mais tu te rends compte ! J'ai suivi les chiots, ces pauvres petiots sont tout paniqués avec tout ce remue-ménage...

C'est alors qu'elle remarqua la présence d'Alepha, ce qui l'arrêta net dans son discours. Elle fronca les sourcils.

-Qui c'est celle-là ?
-Personne... euh, je veux dire, c'est Alepha, je ne la connais pas, je viens de la rencontrer et nous nous sommes réfugiés ici...
-Tu as passé la nuit avec elle sur ces coussins ?

Elle me repoussa et fit quelques pas en arrière. On entendit soudain un puissant sifflement, PFFFFFFFuuuiiiiiiiittttttt, et je crus un instant que cela venait de Morisette qui s'échauffait, mais en un éclair, un rai de lumière venu de derrière les nuages tomba droit sur elle et la pulvérisa. En lieu et place de Morisette, il ne resta qu'un cratère fumant.
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Messagepar Ishtar » Mer Jan 16, 2008 10:10 pm

Dans mon coeur, la rage chassait le chagrin d'avoir perdu Morisette.
Alepha me regardait d'un air scrutateur. Dans son regard, il y avait une vraie supplication, une expression pitoyable de désespoir.
- Très bien, dit-elle; j'ai bien l'impression que tu as droit à des explications.
Je me suis enfuie d'une geôle où j'étais condamnée à rester enfermée pour très longtemps.
Tu ne peux pas savoir ce que sont la puanteur, la misère, la canaille, les bagarres, la torture au point qu'il m'a fallut prendre des rendez-vous galants pour ne pas trop souffrir de l'emprisonnement.
Sache que mon travail était dur, dur pour le corps et encore plus pour l'esprit car ce n'est pas facile que d'être mise au lit avec des hommes dont je ne suis pas amoureuse et de devoir folâtrer avec eux pour de l'argent.
Finalement, j'ai réussis à gagner suffisamment d'argent à la sueur de mon pauvre dos afin de pouvoir payer mon droit de sortie et c'est ainsi que je suis arrivée à cette passerelle et que nos chemins se sont croisés.
Maintenant je reste persuadée que nous sommes liés et que nous allons vivre une aventure exaltante et stimulante.
Morisette était de trop, il fallait qu'elle disparaisse...
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Messagepar Diego Ortiz » Jeu Jan 17, 2008 3:45 am

Nous ne lisions pas le journal, Morisette, mais en ce six juillet 1945 il faisait lourd et nous en avions fait une cocotte afin de nous couvrir la tête. Nous n'avons rien vu venir, rien senti. Maintenant les touristes viennent prendre des photos de nos ombres : les marches sur lesquelles nous nous étions assises ont pâli sous l'éclair, tandis que là où nous étions assis, nos corps vaporisés ont fait écran juste le temps nécessaire pour dessiner nos contours et les immortaliser.

Les évènements se précipitant personne n'avait remarqué sur le mur une tache qui s'agrandissait, une tache à la Léonard de Vinci dont les contours, à force de s'enrichir et de délimiter des endroits plus ou moins sombres et colorés, s'était mise à évoquer, pour un regard attentif, un million de formes humaines issues d'époques et de lieux divers.

L'une d'elle, un peu mieux dessinée, s'était penchée sur le cratère, le visage un peu flou, mais illuminé par le doux sourire d'une fée.

- Morisette, Morisette, dit-elle, petite graine, il est encore temps pour toi de choisir : réintégrer la scène et reprendre le fil du sentiment amoureux qui t'a guidée jusqu'ici, ou alors tourner le dos, et laisser Alepha conduire l'Homme où bon lui semblera à elle, et je crois en avoir une petite idée. Car mon nom est Oméga, si cela te dit quelque chose. Nous sommes des compagnes de toujours, mais naturellement, ne sommes pas d'accord sur tout. Plutôt le contraire, d'ailleurs.

Ce qu'elle avait appelé petite graine nous le décririons plutôt comme une perle, et cela garda le silence, au fond de son cratère.

- Après tout ta liberté est totale, Morisette. Tu as bien servi. Le monde a bien joui de ta présence. Ton choix ne portera pas à conséquence, sauf pour toi. Désires-tu repartir pour un tour ? Disparaître pour toujours ?

Au fond du cratère un halo subtil parut entourer la perle. Alepha et Lui attendaient fascinés : répondra, répondra pas ?
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Messagepar becdanlo » Jeu Jan 17, 2008 11:02 am

Au fond du cratère un halo subtil parut entourer la perle. Alepha et Lui attendaient fascinés : répondra, répondra pas ?

L'attente se prolongeait... Lui était consterné et se retournant vers Alepha, il ne put se contenir d'avantage:
-Tout ça est de ta faute! Elle ne reviendra pas tant que tu seras là!
-Tu veux que je m'en aille?
-Oui, enfin non... je ne sais plus où j'en suis.
-N'est-il pas temps de savoir ce que tu veux?
On entendit une plainte au dehors.
-C'est quoi ce que l'on entend? demanda-t-il.
-Ce n'est rien, peut être des chiens errants...
-Des chiens? Les enfants d'Hécate !!!!
-Les enfants de qui ?
-Les chiots.... ils doivent être épuisés... je vais voir.
Il n'avait pas plus tôt franchi la porte, qu'au fond du cratère le halo changea de forme... et à bien y regarder on pouvait commencer à voir la forme d'un visage...
-Je suis Morisette... il faut que vous m'aidiez!
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