L'Appel de la Forêt

Jeux et créations par intéractions explosives

Messagepar Philipum » Jeu Jan 17, 2008 7:10 pm

-Morisette... tu es vivante ? C'est vraiment toi ?
-Aidez-moi...

À peine audible, c'était bien la petite voix sanglotante de Morisette.

-Morisette ? Ne pleurs pas ! Je suis là ! On va s'en sortir...
-À quoi bon ? ... Tu ne m'aimes pas...
-Je t'aime Morisette, je t'en supplie, reviens !
-Tu étais content lorsque j'ai été foudroyée... je l'ai senti... tu étais content d'être débarassé de moi, de pouvoir repartir à zéro...
-Ce n'est pas vrai...
-Tu me le promets ? Tu me promets que tu n'as pas plutôt envie de cette... Alepha.... tu me promets que l'idée ne t'as même pas traversé l'esprit ?
-C'est toi que je veux Morisette, je te le jure ! Je veux retrouver la vie d'avant, la vie tranquille... Je ne veux pas de ce chaos, cette destruction ! Je ne vois même pas les autres femmes, c'est seulement toi, une vie simple, une vie heureuse avec toi, c'est tout ce que je désire...

La halo-Morisette s'évapora avec un faible bruit... pffuit. Plus rien. À genoux devant le cratère, le visage dans mes bras, je m'abandonnai à mon désespoir ; des sanglots incontrôlables me soulevèrent la poitrine. Morisette... perdue à jamais. Je ne veux pas, je ne veux pas... non, je ne veux pas !

Bzzzzzz.... bzzzzzz.... bzzzzzzz....

Ce bourdonnement finit par attirer mon attention. Bzzzzzzz.... Oui, je l'ai apercu, là. Un avion minuscule, qui tourne autour de moi, comme une guèpe attirée par un morceau de viande.
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Messagepar Ishtar » Ven Jan 18, 2008 9:23 am

Ce bourdonnement finit par attirer mon attention. Bzzzzzzz.... Oui, je l'ai apercu, là. Un avion minuscule, qui tourne autour de moi, comme une guèpe attirée par un morceau de viande.

Je relève la tête et regarde avec anxiété l'avion qui s'approche de moi. C'est un petit Cessna, qui descend en cercles et qui finit par atterir sur un bout de terrain légèrement en pente, non loin de l'endroit où je me trouve.
De la porte du cockpit, descend une jeune femme svelte d'une remarquable beauté.
Je la regarde ahuri. Morisette ! Est-ce possible ?
Je traverse rapidement le bout de terrain qui nous sépare. Je ne peux toujours pas en croire mes yeux.
C'est bien Morisette qui se tient devant moi. Elle est superbement belle et attrayante.
Elle me sourit doucement et se laisse contempler sans gêne.
Je laisse couler mes larmes. Des larmes de bonheur d'avoir retrouvé Morisette, que je pensais avoir perdu à jamais. Quel bonheur de pouvoir enfin la serrer dans mes bras.
Elle accueille mon étreinte avec une certaine gaucherie mais je peux lire dans ses yeux, qu'elle est contente de me revoir. Enfin, elle se blottit contre moi comme une enfant et nous nous allongeons dans l'herbe.
Je pose la main sur le sol et Morisette niche sa tête sous mon aisselle et nous restons en silence, chacun dans nos pensées...
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Messagepar Philipum » Ven Jan 18, 2008 2:45 pm

Morisette, comme tu es belle ! Et tu sens si bon... je ne me rappelais pas que tu avais une odeur aussi enivrante.

Tiens, le jour se lève. La pluie de météores a cessé. Les oiseaux se mettent à chanter timidement. J'entends, pas très loin, des gémissements plaintifs.

Les chiots ! Je les avais oubliés. Où sont-ils ? Là-bas, à une dixaine de mètres, ils se cachent sous un buisson. Venez les petits ! Il n'y a plus de danger maintenant.

Ils continuent à gémir, refusent de sortir de leur buisson. Je me glisse doucement hors de l'étreinte de ma bien-aimée ; sans la réveiller, je dépose délicatement sa tête sur un tapis de trèfle. Je m'approche des chiots ; il sont tout fous de joie, ils me grimpent dessus, ils me lèchent. Lorsque je veux revenir vers Morisette, ils refusent de me suivre, ils émettent de petits aboiements plaintifs. Venez, c'est Morisette, c'est votre maîtresse ! J'en saisis deux par le collier et les tire à moi ; ils résistent, ils regardent Morisette d'un oeil méchant, et se mettent à grogner...
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Messagepar becdanlo » Sam Jan 19, 2008 12:24 am

« Venez, c'est Morisette, c'est votre maîtresse ! J'en saisis deux par le collier et les tire à moi ; ils résistent, ils regardent Morisette d'un oeil méchant, et se mettent à grogner... »

Tout à coup mon sang se glaçe, je lâche les colliers et je m'approche de Morisette.

-Morisette... c'est bien toi? je demande avec anxiété.
Brusquement Morisette perd toute expression, et après quelques secondes d'une attente insoutenable elle articule:
-A ton avis?
-Alepha, tu n'as pas fait ça?
Mon corps se met à trembler... la créature ne me répond pas... mais je crois bien percevoir un bref instant le regard d'Alepha dans le visage de Morisette.
-Pourquoi as-tu fait ça? Où est Morisette?
-Tu es têtu... tu ne veux rien comprendre... regarde autour de toi... les choses bougent... c'est la fin d'un monde et toi tu cherches le confort douillet des bras de ta Morisette...
-Qu'a tu fais de Morisette?
La créature se leve alors et s'approche. Elle pose son regard sur moi et d'une voix dure qui n'étais pas celle de Morisette je l'entends me dire:
-Il est temps que tu changes, je te l'ai déjà dit.
-Je n'ai pas envie de changer, je veux retouver la vraie Morisette.
-Très bien, suis-moi, je vais te montrer quelque chose.
Dernière édition par becdanlo le Sam Jan 19, 2008 12:54 am, édité 5 fois.
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L'Appel de la Forêt

Messagepar Diego Ortiz » Sam Jan 19, 2008 12:46 am

Intéressant, j'allais justement débarquer avec mes gros sabots. De ce pas je vais me cacher derrière un arbre afin d'oberver le dénouement apporté par notre ami. Peut-être, après tout, va-t-il mener l'affaire pour le mieux. Oui, il le fera. J'ai confiance. Mes pressentiments n'avaient pas lieu d'être. Je vais rester embusqué derrière mon arbre toute la nuit, mais il est possible que je m'endorme, car minuit l'heure de tous les changements, s'approche. Celle où les carrosses se transforment en citrouille, et où il suffit du moindre lapsus, de la chute d'une pantoufle de vair, pour que le vent tourne. Je me réjouis de découvrir tout cela au réveil, demain à l'aube. Le temps fraîchit, j'ai apporté un plaid, j'ai tout mon temps.
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Messagepar Diego Ortiz » Sam Jan 19, 2008 12:49 am

[Et crac, il n'a pas attendu les douze coups de minuit. Mais l'affaire est loin d'être terminée. Je reste donc déterminé à ne pas me manifester jusqu'à demain, même si Morisette est de plus en plus chère à mon coeur.]
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Messagepar Ishtar » Sam Jan 19, 2008 9:51 am

Citation:
Tant pis pour Morisette... elle était finalement trop insipide, trop terre à terre. Une véritable petite oie blanche, trop vertueuse à mon goût.
Tandis qu'Alepha est une femme de caractère, au tempérament fougueux et direct (cela ne vous dit rien Diego :wink: )


-Très bien, suis-moi, je vais te montrer quelque chose.

- Tu n'es pas au bout de tes surprises, me dit Alepha.
Sur quoi, elle commence une danse sensuelle, tout en se dépouillant de ses vêtements.
En dépit de ma colère, je dois confesser que les formes dénudées d'Alepha sont d'une beauté qui dépasse mes rêves les plus insensés.
De plus, elle ne manque pas d'habilité à danser et se déshabiller en même temps.
Enfin, après moult danses, elle me saisit la main et me conduit à m'agenouiller entre ses cuisses ouvertes et me fait l'offrande du miel qui sourd.... CENSURE :twisted:
- Par tous les Dieux, me dis-je. Quelle femme ! Vulgaire, grossière et pourtant je ne peux m'empêcher d'admirer en elle cet être qui prend son plaisir avec aussi peu de détour.
Ô ô ô ! Je rougis de ma défaite des mains d'Alepha ! Elle dont le discours était si brusque, quelle infinie douceur dans son art du toucher...
Ses doigts jouent sur mon corps avec cette légèreté qui réveille le sang des hommes.
A force de taquineries, de titillations, de pressions, de lèchements, elle m'amène à l'ultime conclusion de la volupté d'Amour...
Quelle étrange duo nous faisons.
Un homme et une femme qui se haïssent mutuellement et que lient cependant les chaînes de la chair...

Soudain, une petite chienne rousse et blanche aux pattes boueuses arrive en me bondissant dessus. Elle agrippe le bas de mon pantalon et m'attire vers un arbre.
Quel n'est pas mon étonnement, en voyant qu'un homme est caché derrière.
- Diego ! Vous ici !
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Messagepar Diego Ortiz » Sam Jan 19, 2008 2:36 pm

Mmh. Moi, Diego ? Oui, appelle-moi donc ainsi. J'aime. Di-ego : "Moi double", cela voudrait dire en grécolatin. Dièdre. Dipôle. Dimère. Diplope. Divague. Dissone. Digère. C'est le nom des chiots. J'ai eu un songe, adossé à ce dicotylédone dont l'écorce est si rêche que tu vois, mon plaid est tout effilé maintenant. J'ai eu froid vers l'aube. J'ai bien entendu ce qui se passait avec l'Autre, là, tu sais. Mais je n'ai pas tourné la tête, car la suite m'a été révélée pendant mon sommeil avant même que votre commerce, comment dire, en arrive à sa conclusion. Tu es soulagé, maintenant, très calme, dans le style "omnis animal triste", je suppose ?

- Tu as dit juste, Qui-que-tu-sois. Ce fut un moment, plus qu'un moment, que dire, une éternité... comment dire ? Divine, oui, c'est cela. Insensée.

- Insensée, je ne crois pas, murmure Di-Ego à part lui.

- Tu dis ?

- Divine, oui, c'est cela. C'est bien ce que j'ai entendu en rêve. Dommage que je n'aie pas bien vu la forme qui me parlait, elle n'avait pas l'air mal non plus. Enfin, c'est dimoi qui ai décidé de m'installer derrière cet arbre plutôt que de grimper d'autorité sur la scène, hier soir. Je me serais peut-être amusé moi aussi.

- C'était moi et il n'y avait que moi et c'est moi qui l'ai fait. Je te laisse à tes rancœurs et tes amertumes, tristêtre, petit jaloux...

- Tu-tu-tu, l'ami. Je n'ai pas dit que je t'enviais, hein. Je te jure même que j'ai attendu, dans un demi-sommeil il est vrai, mais longtemps, assez pour que tu n'aies pas à t'interrompre, et que tu jouisse jusqu'au bout et de ton désir et de l'acte et de ta bienheureuse fatigue ensuite. J'ai attendu, puis quand j'ai senti que des points de suspension commençaient à réapparaitre, bref, que tu revenais à la pleine conscience, je t'ai envoyé ce joli chiot. C'est Diplope. C'est une chienne qui a du chien. Je veux dire qu'elle promet. Elle tient de sa mère, Agena. J'ai rêvé qu'en très haut lieu on l'a déjà remarquée.

- Tu divagues. Je te laisse. Je retourne vers Elle.

- Inutile. tu n'as qu'à te retourner. Elle n'y est plus. Elle a regagné sa sphère avec quelque chose de toi dans son ventre.

- Ca tu peux le dire, mon gars. Et même plus que quelque chose.

- Une seule parviendra à maturité, et vos vies resteront à jamais liées. L'histoire des deux plants de lierre, tu sais.

- Quoi, une seule quoi ? Sa bouche pendait un peu et son visage, à ce moment fugace, exprimait une certaine nostalgie pour l'intelligence.

- Une seule qui. Tu la connais déjà, et de longue date, d'ailleurs. Elle...

- Non, ne prononce plus ce nom, depuis le temps qu'on m'en rabat les oreilles. Non, non, non et non. Sale sorcier !...
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Messagepar Ishtar » Sam Jan 19, 2008 3:32 pm

« tu n'as qu'à te retourner. Elle n'y est plus. Elle a regagné sa sphère avec quelque chose de toi dans son ventre »

Di-Ego avait dit juste. J’ai beau scruter les alentours, Alepha n’était plus là !
En colère, je me retourne vers lui et lui répond :
- Eh oui ! Alepha méprise les belles manières. Elle prend son plaisir où et quand il lui plaît. L’étreinte que nous avons connu ne sera pas stérile en effet. L’homonculus est dans son ventre. Cette femme est l’incarnation de la Déesse de la fertilité.

Après le départ de Di-Ego. Je m'abandonne à des sombres songeries.
Mes pensées sont dans un tel tumulte par suite des divers événements de la journée dont je ne comprenais plus grand-chose.
Quelle confusion règne dans mon cœur. D’abord Morisette et puis Alepha.
Morissette, je le savais était une sotte et une créature piteuse mais… Alepha… Comment devais-je la juger ?
Elle m’avait juré éternel Amour.
Elle m’avait fait le serment par Vénus, par Jupiter qu’elle n’avait jamais encore aimé comme à ce jour.
Et, un instant, j’ai eu l’impression que tous mes rêves s’accomplissaient et que j’étais devenu le héro de cette histoire.
Las ! Que de folles visions peuvent défiler dans ma tête….
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Messagepar aminelicia » Sam Jan 19, 2008 5:07 pm

Et, un instant, j’ai eu l’impression que tous mes rêves s’accomplissaient et que j’étais devenu le héro de cette histoire.
Las ! Que de folles visions peuvent défiler dans ma têt
e….
Mais au fond d'où venait Alepha, cette femme qui représentait maintenant l'amour de ma vie et portait désormais dans son ventre, l'expression de ma future image en double? Je la soupçonnais, au vu de la menace véhiculée par l'Etoile, d'avoir fui Vénus et abandonné là-bas, son amie Ishtar Terra, croyant trouver une plus grande protection sur Terre. Après son voyage dans l'espace-temps dans un vaisseau construit par des ingénieurs de la nébuleuse d'Andromède, elle m'avait apporté sa jeunesse pleine de fraîcheur. Ses cheveux courts et châtains, son corps superbe, formé par une gymnastique extra-terrestre, ajoutaient à sa gaité et son énergique caractère.
Oui, les yeux d'Alepha m'avaient hypnotisé et projetaient dans tout mon être cette clarté vénusienne que j'avais connue dans mes rêves. Maintenant, où était-elle, cette femme qui m'avait subjugué? Etait-elle retournée sur Vénus, me laissant à mon désespoir et avait-elle retrouvé Isthar Terra, son amie de toujours? Ou bien s'était-elle confondue avec Morisette pour me la faire oublier? Ou bien enfin, était-elle repartie à le recherche d'un autre monde moins exposé au danger de l'Etoile, nous abandonnant, moi et l'humanité entière, à notre triste sort?
Dernière édition par aminelicia le Dim Jan 20, 2008 9:52 am, édité 1 fois.
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Messagepar becdanlo » Sam Jan 19, 2008 11:49 pm

Ou bien enfin, était-elle repartie à le recherche d'un autre monde moins exposée au danger de l'Etoile, nous abandonnant, moi et l'humanité entière, à notre triste sort?

Que d'évènements en si peu de temps... il me fallait prendre du repos si je voulais tenir... et d'abord essayer de manger quelque chose. Je rassemble la petite tribu de chiots et nous nous dirigeons vers la tour en empruntant la passerelle.

Arrivé, j'explore les pièces du rez-de chaussée et découvre une petite cuisine avec de la nourriture lyophilisée. Un peu d'eau chaude et ça sera prêt, une gamelle de croquettes pleine à raz bord pour les chiots et je peux enfin m'asseoir. Tiens, sur la table traîne un livre à la couverture usée, le titre est à peine lisible "Les Gnom... es"? Quel drôle de titre! Je lis quelques lignes:

Peut-on imaginer qu'il n'y ait rien ? Que rien n'existe ? Et qu'au milieu
de ce rien, il n'y ait toujours rien, même pas l'indice d'un tout petit truc
de rien du tout ?
Parce que, si jamais on trouve quelque chose dans ce néant, alors
ce quelque-chose devient tout. Par comparaison avec le rien, même un
tout petit truc de rien du tout devient si gigantesque qu'il remplit tout
l'univers.
Et c'est ainsi que dans cet univers né de rien et qui devient si gigantesque,
on peut trouver toutes sortes de choses.
Il y a les dieux, par exemple. Ils forment une harmonie, ils emplissent
tout, et ils savent tout. Au milieu de leur magnifique jardin de lumière, ils
conversent, se font des compliments, et profitent de l'infinité. Ils sont si
beaux ! D'autant plus que, purs et innocents, ils n'en sont pas conscients...


Mais bon sang! C'est bien sûr!
Il a raison ce... Philippe Mer... moz? c'est complètement illisible
Mais alors...
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Messagepar Ishtar » Dim Jan 20, 2008 10:05 am

Il y a les dieux, par exemple. Ils forment une harmonie, ils emplissent
tout, et ils savent tout. Au milieu de leur magnifique jardin de lumière, ils
conversent, se font des compliments, et profitent de l'infinité. Ils sont si
beaux ! D'autant plus que, purs et innocents, ils n'en sont pas conscients


Mais bon sang... bien sûr !
J'aurais dû écouter l'appel de ma voix intérieure, cette voix de la conscience qui me disait : "Ne fais pas cela, mais ceci !
Va dans telle direction ! Ouvre ce livre !

Ce livre : "Les Gnomons"; c'est une sorte de guide envoyé du Ciel par les Dieux.
Il me conseille dans ce long cheminement que je viens de faire, parsemé d'embûches et de créatures envoûtantes et sensuelles.
Il m'a fait connaître de nombreux errements, des impasses, de la souffrance, de la douleur,...
Il m'a fait comprendre que je m'étais engagé dans une voie qui n'était pas la bonne et maintenant..., seulement, je viens d'en avoir la révélation.
Ce livre est mon guide, mon ange gardien envoyé par une Déesse...
Maintenant... je le sais mais.... Quel chemin prendre pour arriver jusqu'à Elle ?
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Messagepar Philipum » Dim Jan 20, 2008 2:12 pm

Ce livre est mon guide, mon ange gardien envoyé par une Déesse...
Maintenant... je le sais mais.... Quel chemin prendre pour arriver jusqu'à Elle ?


J'entame une lecture étrange, fascinante, déroutante. Ce livre n'a ni queue ni tête, il ne recèle pas de message clair, je ressens même certains passages comme d'impertinents pieds-de-nez. Les Dieux se joueraient-ils de moi ? Qu'est-ce que la vie sexuelle des champignons vient faire là-dedans ? Et cette tache de sperme qui va envahir le monde... cela veut-il dire qu'il faut s'attendre à une attaque de Vénusiennes ?

Un instant, je me sens comme cet homme qui, après avoir recu des révélations sur sa nature de primate, s'en va rejoindre une secte dévouée à l'Éther. Pourquoi ne jurer que par ce petit bouquin ridicule trouvé par hasard sur la table d'une cuisine ? Un comble : moi qui, depuis que j'ai atteint l'âge de raison, me suis toujours méfié des dogmes que recèlent les livres, que m'arrive-t-il ?

En même temps, il y a quelque chose. Je cherche la révélation, je ne trouve que des élucubrations abracadabrantes... mais j'ai comme l'impression que la vérité se trouve là, quelque part sous mes yeux, c'est quelque chose que j'ai toujours su et que je me suis toujours refusé à considérer en face.

Un rayon de soleil passe à travers une fenêtre et vient illuminer la poussière dansante au-dessus de moi. Le grain de poussière... L'apocalypse...

Je me mets à tousser. Non, plutôt, ma poitrine se soulève, mais ce n'est pas une quinte de toux qui s'échappe de ma gorge, plutôt un gloussement étouffé, puis un autre... et j'assiste malgré moi à une scène incroyable, celle de mon propre corps, de tout mon être en vérité, qui se fait inexorablement entraîner par un rire incontrôlable, hystérique.
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Messagepar becdanlo » Dim Jan 20, 2008 7:13 pm

et j'assiste malgré moi à une scène incroyable, celle de mon propre corps, de tout mon être en vérité, qui se fait inexorablement entraîner par un rire incontrôlable, hystérique.

Soudain la porte s'ouvre avec fracas et une douzaine d'hommes s'engouffrent dans la pièce. Je ne peux pas m'arrêter de rire, je suis toujours plié.

- Où est le livre? hurle l'un d'eux qui semble être le chef.

Dans ma crise de fou rire le livre était tombé à mes pieds.
J'arrive à me redresser sur ma chaise, mais les larmes pleins les yeux et les hoquets m'empêchent d'articuler le moindre mot.

-Fouillez partout! Un livre usé Les Gno...quelque chose il faut le retrouver à tous prix!

Je repars d'une crise de fou rire et je profite d'être penché sous la table pour pousser le livre dans un coin d'ombre quand plusieurs hommes reviennent précipitamment dans la salle, l'un deux tient un livre à la main.

- C'est ça chef?
-Fais voir.... les Gnoses? Il parait pas bien usé mais ça doit être lui! Allez vite on y va.

Une fois la bande partie, ma crise de rire se calme et je m'empare des Gnomons.
Mais qu'est-ce qui peut y avoir là-dedans de si important?

Soudain la porte s'ouvre avec fracas et entre une femme échevelée.

Où est le livre ? hurle-t-elle
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Messagepar Diego Ortiz » Lun Jan 21, 2008 3:28 pm

- Il est en cours, dit le Narrateur. J'avais si bien ri que rien, même l'apparition de Morisette en cheveux, ne pouvait plus me troubler, se dit-il.

- Où ?... cria-t-elle, en passant aux larmes.

- A Jules Ferry. Dernier de classe. Près du radiateur. Si tu ne me crois pas tu peux y aller voir.

- Comment je le reconnaîtrais-je ? Cela fait des années que je cours, il aura grandi.

- Au fond du pupitre. Il n'y en a qu'un seul. Confisqué. Il faudra forcer le cadenas.

Ici le Narrateur esquissa un sourire cruel, mais entre-temps Morisette s'était reprise. Elle mit de l'ordre dans ses mèches d'un seul coup de tête et se rapprocha dangereusement de lui, sans aucune hâte, visiblement sûre de son coup.

- Le Palais des Glaces, tu sais, j'en connais les pièges par cœur, à force de courir. Et ce petit volume, là, est-ce la feuille de vigne des Offices ? Te souviens-tu de ce voyage étrange au Pays des Peintres ? Nous nous étions laissés enfermer toute une nuit dans les jardins Bobboli. Promenés main dans la main. Pleine lune. Très romantique. Il y avait des bassins, des gargouilles, des buissons taillés, un drôle d'édicule dont le dernier étage était ouvert aux quatre vents.

- Tu es devenue folle, ou quoi ? De quoi tu jases ? Le Narrateur se mettait à baliser, à brasser carré, la sueur au front. Cette fois-ci ils étaient les deux face à face dans cette pièce carrée, qu'une seule ampoule inondait d'un halo jaunâtre. Les cafards réglaient leurs comptes dans les coins sans vous accorder un seul coup d'œil. Il pouvait entendre le bruit de leurs armures chitineuses. Mais rien n'était plus effrayant que Morisette en cheveux, sa robe à moitié déchirée, mais se souvenant de la pourpre des empereurs. Elle doit cacher une dague. C'est un vrai cauchemar. J'ai toujours su que je finirais comme cela. A Marat il fallait recommander d'éviter les baignoires. Lui aussi s'était fait coincer la plume à la main par la femme Corday. La sienne s'appelait Charlotte. Son exécutrice.

- Ne fais donc pas l'imbécile. Nous nous étions embrassés en contemplant le Dôme, la ville ancienne. En bas le chien du vigile avait jappé mais l'homme n'y avait pris garde. Nous avions écouté oreille contre oreille ses pas qui s'éloignaient sur le gravier. Tu avais peut-être peur, moi pas. Nous avions visité les Offices au pas de charge et nous étions moqués de toutes ces feuilles de vigne.

- Morisette, laisse-moi t'expliquer quelque chose. A cause de ce qu'elle disait il lui devenait de plus en plus difficile de garder son sérieux avec les Gnomons là où ils se trouvaient. Elle l'avait eu plusieurs fois comme cela, par le ridicule. "Laisse moi t'expliquer" n'allait du reste pas du tout non plus.

- Morisette, reprit-il, ne te laisse pas prendre aux apparences. Laisse-moi une chance. Elle s'était arrêtée hautaine les yeux scintillants mais il sut que le moment le bon. Il ôta les Gnos et les fit glisser un peu plus loin sur la surface maculée de la table, avec une fausse nonchalance. Désormais il avait compris que ce serait eux ou elle, mais que s'il penchait pour eux, il n'y serait plus : la dague. Elle était encore rouge de sang frais, ou alors sertie de rubis.

- Morisette, tenta-t-il à nouveau, il faudrait que nous reprenions toute cette histoire depuis le début. Cela ne s'est pas passé comme tu le crois. Les savants ont désintégré l'Etoile, mais ensuite nous avons tous eu des moments d'incertitude, oui, c'est cela, d'incertitude. Mais Morisette, avec un calme effrayant, avait avancé à nouveau de quelques centimètres. Le bruit de ses pas était imperceptible. Seul le discret mouvement de ses épaules à chaque inspiration, et le jeu des plis de l'étoffe pourpre sur sa chair, le convainquaient qu'il avait affaire à un être vivant.

- Morisette, je ne puis rien te cacher, j'ai fait en ton absence un impair. Je me suis laissé séduire par une déesse. De plus il y a des témoins, au moins un, et même plusieurs je le crains fort.

- L'imbécile ! soupira Morisette en regardant l'ampoule. Mais où croit-il que je me trouvais au moment même de son..., de son..., enfin peu importe au fond. Eh, l'homme, réveille-toi donc ! L'Etoile est passée, elle nous tourne le dos maintenant.

- Tu savais donc ?

- J'y étais.

- Tu m'en veux ?

- Non, même pas. Un épisode de plus dans la vie secrète des champignons. Cela ne fait pas de victimes, sinon les quatre cent trillons de téraprojets qui partent à la baille en même temps que le bébé. Tu ne comprends donc plus la langue que je parle, eh ? Avec tes pétaoctets d'imagination sur papier couché ? Avec ton air blet, présentement, congestionné comme à chaque fois que tu abuses de topinambours ? Mais c'est que je te connais, toi.

- Le papier n'est pas couché, dit le Narrateur. Il est couché là peut-être, mais il se relèvera, je te le jure, et s'il le fait je le laisserai crapahuter jusqu'au bord de la table et...

- Trêve de petits riens, mon ami. Je te pardonne. Sortons plutôt de cet endroit qui sent le renfermé. Dehors on a reconstruit les jardins...
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