La relation de l'auteur avec son oeuvre

Mélancolie ou révolte par le blues, hard rock ou tango

La relation de l'auteur avec son oeuvre

Messagepar Philipum » Ven Mar 28, 2008 12:12 pm

C'est très curieux la relation qu'il peut y avoir entre un auteur et sa propre oeuvre. Des sentiments souvent contradictoires, ambigus, instables et poussés vers les extrémités.

Évidemment, lorsqu'on écrit, on y met beaucoup de soi-même, des choses profondes ressortent à la surface sous des formes inattendues, et sont reflétées ensuite par les réactions des lecteurs. C'est un processus qui peut faire peur !

Comment percevez-vous vos propres textes ?

Pour ma part, je crois que je peux séparer mon rapport avec un texte en cours d'écriture de celui avec un texte fini. Lorsque le texte est fini, en général cela veut dire que j'en suis satisfait ; alors, il n'y a pas de problème : je trouve cela génial ! En effet, j'écris surtout ce que j'aurais envie de lire, et lorsque je réussis, c'est pour moi une grande fête.

Par contre, lorsque le texte n'est pas encore achevé, il y a des phases d'enthousiasme, des phases de doute, des phases de piétinement ou d'apocalypse. Est-ce que l'idée est bonne après tout ? Arriverai-je à quelque chose ? De quoi aura l'air le résultat final ? N'y a-t-il pas un défaut à la base, qui condamne tout l'ouvrage ? C'est le genre de questions qui me torturent ; en parfois, le texte s'avère vraiment être bancal, et finit à la corbeille...
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Messagepar Ishtar » Ven Mar 28, 2008 12:33 pm

Philipum a écrit :
Citation:
C'est très curieux la relation qu'il peut y avoir entre un auteur et sa propre oeuvre. Des sentiments souvent contradictoires, ambigus, instables et poussés vers les extrémités

Ah Philippe !
Écrire, c’est quelque chose d’intime, de très personnel.
Alors, je pense que tout au long du processus de rédaction, il n’y a que nous, que notre voix dans notre tête, devant la page blanche qui se remplit, au fil des heures de mots, d’idées, de concepts... des personnages prennent vie, une histoire se tisse, un microcosme se crée. On finit par fusionner avec notre histoire et... et puis, un bon jour, le travail d'écriture est achevé. On se retrouve devant une pile de papier imprimé. Notre roman.
Je ne sais pas si certains auteurs arrivent à se détacher suffisamment de leur œuvre pour la "voir" véritablement, avec un regard neutre.
Moi, j'ai très difficile car durant des mois, j'ai vécu avec mes personnages une sorte d'histoire entre "rêve et réalité" et en livrant mon ouvrage en ligne, j'ai comme l'impression de livrer ma chair mais aussi livrer l'intime de moi-même dans les mots et les phrases.
De plus, après avoir livré mon histoire, je suis comme perdue avec une impression bizarre de ne plus savoir quoi faire, de tourner en rond, de chercher mes marques alors... je me relance très vite dans une autre histoire.

Philipum a écrit :
Citation:
Par contre, lorsque le texte n'est pas encore achevé, il y a des phases d'enthousiasme, des phases de doute, des phases de piétinement ou d'apocalypse. Est-ce que l'idée est bonne après tout ? Arriverai-je à quelque chose ? De quoi aura l'air le résultat final ? N'y a-t-il pas un défaut à la base, qui condamne tout l'ouvrage ? C'est le genre de questions qui me torturent ; et parfois, le texte s'avère vraiment être bancal, et finit à la corbeille

Je pense que c'est une question de planification du travail à effectuer.
Préalablement avant de me lancer dans la phase d'écriture, je fais des recherches sur le net, je lis beaucoup sur le sujet dont je veux parler dans le roman et... lorsque j'ai définis TOUS les chapitres, que j'ai la description de tous mes personnages (traits physiques et caractères), que le résumé est fait... c'est là, que je peux me rendre compte si "Oui" ou "Non", l'histoire me plaira et si je dois continuer.
C'est souvent la nuit que me vient les idées alors je me lève pour vite les écrire afin de ne pas les oublier
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Messagepar Philipum » Lun Mar 31, 2008 12:30 pm

Ishtar a écrit:
Je pense que c'est une question de planification du travail à effectuer.
Préalablement avant de me lancer dans la phase d'écriture, je fais des recherches sur le net, je lis beaucoup sur le sujet dont je veux parler dans le roman et... lorsque j'ai définis TOUS les chapitres, que j'ai la description de tous mes personnages (traits physiques et caractères), que le résumé est fait... c'est là, que je peux me rendre compte si "Oui" ou "Non", l'histoire me plaira et si je dois continuer.
C'est souvent la nuit que me vient les idées alors je me lève pour vite les écrire afin de ne pas les oublier


Je crois que la planification, ce n'est pas mon fort :oops:

Mon histoire se construit un peu malgré moi, et elle me fait bien souvent prendre des détours inattendus, ou même me mène vers une issue que je n'avais pas prévue... Pour mon roman "Les Terres d'Ancestor", que je suis en train de terminer, les chapitres n'étaient pas du tout définis à l'avance (au départ, je pensais écrire une nouvelle d'un trait), et je me trouve souvent tout étonné en constatant, après avoir achevé un paragraphe, que le moment est très clairement venu de commencer un nouveau chapitre... Je sais plus ou moins où je vais, mais l'ouvrage reste malléable et ouvert jusqu'au moment où je l'ai achevé ; pendant la rédaction, j'ai l'impression que tout s'enchaîne parfaitement, mais en même temps je crains que quelque chose vienne briser cette magie du texte qui s'écrit tout seul (c'est un peu comme dans la cascade d'Enora : il n'y a pas de cordes de sécurité, et c'est le risque de se casser la gueule qui donne à l'oeuvre un potentiel fabuleux). Et ensuite, avec le recul, après avoir relu le texte trois fois, je me demande si c'est vraiment bon... il y a sûrement des rafistolages à faire ici et là pour que le tout soit harmonieux, mais il me semble, maintenant que j'en suis au dernier chapitre, que cela tienne debout ; il y a même des beautés que je découvre moi-même dans mon propre ouvrage...

Prochaine étape : le confronter à vos regards, mes amis :oops:
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Messagepar scarabe » Sam Juin 21, 2008 2:09 pm

A mon tour,

Quand j'écris un roman, je connais le début et la fin, c'est à dire que je sais où je veux aller, comment je veux finir. Entre les deux, il y a bien des passages que j'ai envie d'écrire, des situations dans lesquelles je veux voir évoluer mes personnages mais c'est tout. Je me laisse souvent déborder par les personnages, les actions...et ça m'emmène là où je n'avais pas pensé aller. Dès fois, c'est bien, d'autres fois, cela ne me plaît pas, alors il faut recommencer le chapitre.
Quand j'ai fini, c'est dur. La relecture est pour moi un moment difficile. J'ai d'abord l'impression de lire une énième fois un texte que je connais par coeur et ensuite je me vois dans mon écriture. Comme dans un miroir. Elle me déshabille et ça me gêne terriblement. En bref, j'ai horreur de me lire.
Je dois avouer que cela ne date pas d'hier au collège, au lycée, à la fac je ne relisais jamais mes dissertations. C'était même pire parce que là, j'avais pas d'ordinateur. C'était l'écriture, pure, à la main. Le style même qui me dérangeait.
Bon, euh, je vais aller voir le psy moi.
Tchao.
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Messagepar becdanlo » Dim Juin 22, 2008 11:20 am

Scarabe a écrit:

Citation:
Quand j'ai fini, c'est dur. La relecture est pour moi un moment difficile. J'ai d'abord l'impression de lire une énième fois un texte que je connais par coeur et ensuite je me vois dans mon écriture. Comme dans un miroir. Elle me déshabille et ça me gêne terriblement. En bref, j'ai horreur de me lire.


Bin, moi c'est pareil... à tel point que je n'ai jamais pu relire mon premier roman "L'En Secret" que j'avais donné à un correcteur "professionnel". Je mets des guillemets, parce qu'à part le fait de l'avoir payé, il n'était pas plus professionnel que ça.

Mais ça va changer... je le porte de ce pas chez TNN :lol:
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Messagepar yugcib » Lun Juil 07, 2008 9:13 am

... Un texte inachevé, encore en travail... Ou un "vieux" texte de jeunesse (ou d'une période précédente de ma vie), est pour moi une véritable souffrance : la souffrance de l'insatisfaction, de la conscience d'un travail incomplet, "pas à la hauteur de ce que j'espère"...
Il y a des "vieux" textes de moi que je déteste... Ou qui me font rire, ou que je relis avec condescendance...
Un exemple : certains textes de mon site (période 2005 du temps du début) : le fond, l'idée, l'émotion, oui, cent fois oui d'accord... Mais l'écriture même? N'en parlons pas : ça m'fout la scoumoune!...
Alors j'ai ouvert cette année une rubrique "REPRISES" : pour rééditer!
Structurellement, (et même quant à l'intérêt réel) j'ai de "mauvais textes"... Mais je vais vous surprendre : "mauvais" pour moi, c'est encore moins catastrophique que "médiocre"...
Le "mauvais", tu peux le faire devenir "bon"... mais avec le "médiocre" y'a pas grand chose à en tirer pour "faire quelque chose de valable"!
Je préfère donc être "mauvais" que "médiocre"!
Le "clodo littératoque", qui se moque des podiums, des compètes et du "vase sacré"... Et réduit les mythes en miettes
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Messagepar nicamic » Lun Avr 06, 2009 11:06 pm

Le sujet abordé ici étant éternellementd’actualité, je me permets d’intervenir à mon tour plusieurs mois après vous tous !
Ma démarche se rapproche de celle de Scarabe. Moi aussi, quand je commence à écrire, je sais avec précision d’où je pars, où je veux en venir, qui sont mes personnages, je connais les principales étapes de ma future œuvre : roman, récit ou nouvelle. C’est à partir de là que la fantaisie s’installe ! Car je n’écris pas « dans l’ordre », surtout un roman. Tel jour, j’ai envie d’écrire tel chapitre ou telle partie de chapitre et je le fais. Tout aussi bien, le lendemain, je reviendrai loin en arrière ou j’irai tout à la fin. Quand mon puzzle est à peu près en place, alors là, ce peut être le grand chambardement, mais jamais ni pour le début ni pour la fin. De même, mes personnages peuvent avoir évolué, quasi à mon insu, et c’est moi qui les suis. À tout moment, je multiplie les relectures, je corrige sans cesse, je supprime ou j’abrège beaucoup. La relecture de l’ensemble n’en est qu’une parmi d’autres. En revanche, quand je pense avoir presque fini, je laisse de côté mon travail pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Je l’oublie en somme. Et le fait est que lors de la reprise, il m’arrive souvent d’avoir l’impression de lire quelqu’un d’autre ! Les défauts me sautent mieux aux yeux. Heureusement, je me découvre aussi quelques réussites !! Le plus difficile en fin de compte, c’est de m’arrêter définitivement. Vient toujours le temps où il faut décider que c’est terminé et là, j’ai beaucoup de mal. Je ne suis pas la seule dans ce cas, je le sais bien….
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Messagepar becdanlo » Mar Avr 07, 2009 9:23 pm

nicamic a écrit:

Citation:
C’est à partir de là que la fantaisie s’installe ! Car je n’écris pas « dans l’ordre », surtout un roman. Tel jour, j’ai envie d’écrire tel chapitre ou telle partie de chapitre et je le fais. Tout aussi bien, le lendemain, je reviendrai loin en arrière ou j’irai tout à la fin. Quand mon puzzle est à peu près en place, alors là, ce peut être le grand chambardement, mais jamais ni pour le début ni pour la fin.


C'est ce que je suis en train de faire en ce moment... mais malheureusement je m'y perd à chaque fois :lol:

Par contre, je suis d'accord dans le fait de ne pas changer ni le premier , ni le dernier chapitre... ce sont des balises définitives...

:wink:
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