EXERCICE 4 - LA FLEUR DU PRESENT

Exercices et trésors d'imagination sur consigne

EXERCICE 4 - LA FLEUR DU PRESENT

Messagepar Ishtar » Sam Fév 02, 2008 3:50 pm

LA FLEUR DU PRESENT

Concentrez-vous sur ce qu'est votre présent au moment où vous découvrez ce sujet et laissez fleurir votre imagination.

A vos plumes :wink:
Dernière édition par Ishtar le Dim Fév 03, 2008 12:42 pm, édité 1 fois.
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Messagepar Ishtar » Sam Fév 02, 2008 5:40 pm

Assise devant mon écran d'ordinateur, le regard perdu dans le jardin que l'orientation de mon bureau me permet de contempler à loisir en tournant la tête légèrement sur ma droite... je rêve de l'immensité du Nigéria où j'ai envie de me perdre, tant l'espace y est grand. J'ai une envie subite d'être ailleurs que dans cette Belgique trop étroite pour moi.
Je me vois dans l'avion, avec une violente sensation d'être une aventurière très audacieuse, de tout vouloir apprendre de l'antique civilisation Nok.
Je me vois déterrer une statuette en terre cuite dont la tradition artistique est exceptionnelle.
Grâce à cette découverte que j'ai faite, l'art Nok ne sera plus voué à jamais rester secret et rare.
Je me vois avoir la fièvre Nok et devenir la plus grande pilleuse des sites archéologiques nigérians, pour revendre chez Sotheby's ou Christie's, à des collectionneurs d'arts tribaux, un chef d'oeuvre Nok.
Soudain, je sursaute... le téléphone sonne et je constate que je suis chez moi à Bruxelles, devant mon ordinateur. Je demeure stupide à le regarder sonner
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Le silence et ses échos sont partout à la fois

Messagepar Diego Ortiz » Sam Fév 02, 2008 6:04 pm

Ma chambre est noire, fendue par un rayon de soleil oblique et orangé, comme sur la couverture de ce livre de Thomas Merton que j'essaie de lire à toutes petites doses, "Echoing Silence". On y voit la table de bois où il écrivait lentement, penché, souffrant même, au plus profond de lui-même : de la part d'un ancien trappiste, ce titre, "Echoing Silence", ne constitue-t-il pas un aveu ?

J'ai réglé ma chambre noire sur "texte". Cela donne une série de photos surprenantes, que j'ai prises seulement hier, à Genève, à la faveur d'une consultation manquée. C'est mon père tout craché, ce Merton, cette économie de moyens, l'austérité extrême des textes et des images. Quand votre défi m'a surpris, Ishtar, je revenais d'un message que j'écrivais en réponse à l'un des vôtres, sous Uwe Johnson. La scène du rêve que je mentionne était aussi en noir et blanc. J'étais dans un état d'esprit comme cela. Je venais de relever la tête et j'avais contemplé quelques instants ce rai de soleil. Il effleure maintenant la page d'un calendrier ouverte et pendue au milieu du mur blanc depuis 1982. Une esquisse de Michel Ange, très belle, à la sanguine. Proust disait que le dormeur tient toutes ses nuits en rond autour de lui. Non. Les jours aussi. Et tous les lieux, toutes les taches sur les murs, tous les défis relevés ou non. Je méditais sans m'en apercevoir, comme cela m'arrive de plus en plus souvent depuis que je me suis entraîné à cela. Chaque seconde contient toutes les autres. Le silence et ses échos sont partout à la fois. J'aime cette vie.
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Messagepar aminelicia » Sam Fév 02, 2008 7:36 pm

Quel délicieuse matinée, je suis en train de passer. Assis sur ma chaise devant mon bureau dans mon appartement, je suis en train de lire le beau roman de Bernard Fauren intitulé "Les cascades d'Enora". Tout d'abord, j'avais cru que le thème allait porter sur les chutes du Niagara ou de tout autre torrent dont les tourbillons capricieux auraient inspiré l'auteur. Mais non, il s'agissait en fait de l'histoire d'une femme, Enora, jouant dans les films, le rôle de cascadeuse, à qui un scénariste pugnace voulait confier le rôle principal d'une autre femme du Moyen-âge, Oréna, chargée de convoyer un Signe mystérieux au delà d'une chaîne montagneuse. Bien que parfois, je n'arrivais plus à distinguer entre les deux intéressées, tellement leurs noms s'entremêlaient, se ressemblaient et créaient parfois la confusion dans mon esprit, je fus complètement plongé dans l'ambiance du livre. L'épisode d'Etendard, le fougueux étalon qui devait l'amener jusqu'au terme de l'aventure (je le trouvais sublime, moi qui adorais les chevaux) me tint en haleine et me fit admirer l'aisance avec laquelle, l'auteur bondissait d'un siècle à un autre dans sa narration. Rempli de vivacité, le récit qui me rappelait certains passages que j'ai lus dans les Mille et une nuits, m'emportait loin dans mes rêves.

Soudain, juste au moment où j'en arrivais au paragraphe des Barbares sur le point d'envahir la ville où se reposaient Oréna et ses compagnons, je sentis le sol de mon appartement en train de bouger. Tout d'abord, je ne compris rien à ce phénomène, bien je vis ma bibliothèque aller et venir légèrement, de l'avant vers l'arrière. Toutefois, en jetant un coup d'oeil dans la rue, à partir de ma fenêtre, et en voyant des gens fuir un peu partout loin des immeubles, comme pris de panique, je saisis immédiatement la situation. Il s'agissait tout simplement d'un temblement de terre ayant duré à peine une dizaine de secondes.
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Messagepar Christian Domec » Sam Fév 02, 2008 8:03 pm

Chant de l'heure

Julot, tu vas pas m'croire, v'la t'y pas qu'la Ishtar voit des fleurs sur son écran. Not' Vénusienne, à nous, elle n'a pas lu Beau de l'air ou quoi ? Les fleurs du mâle ne sont pas si artificielles, c'est plutôt un beau feu de Bengale qu'ch'te dis.

Tiens Julot, lache-moi la souris, c'est un brin sérieux ici, faut pas qu'j'loupe l'exercice à la Ishtar. C'est t'y pas qu'elle m'en voudrait après. Bah, une fleur, moi j'pense à Marguerite, elle avait quinze ans mais elle f'sait encore mon bonheur avec son lait, tiens, ouais surtout avec c'que j'mettais d'dans : l'adjuvant quoi. Eh Julot, dis pas qu'j'ai pas d'coeur passque Marguerite quand elle est passée de l'autre côté du mur de notre père le tabouret, ben j'ai chialé et pas que d'leau.

Oh Julot, donnes-moi encore io petit goutte : quand y'a pu d'lait, reste le dubonlait.

Ok Julot, c'est pas drôle... J'arrive.

Hips.
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Messagepar Romane » Sam Fév 02, 2008 8:36 pm

Bric à brac de sensations, femme de sens, d'essence, d'essentiel, vous m'avez donné tant de tout, tout à l'heure sur scène, vous pliant à mes exigences et à ma minutie, à cette passion passionnée qui me jaillit des tripes, que vous m'avez nourrie, vous, mes comédiens.

Bribes de noir et d'éclats de regards, pétillance, éclats de rire, mon ventre s'est dénoué quelques heures grâce à vous, grâce à vous... et le revoilà dans sa détresse noyade à vouloir bousculer le temps sans pouvoir faire autrement qu'attendre que s'égrennent les top-tempo d'un balancier trop régulier pour moi qui ne suis que volcan...

Dis... quand reviendras-tu, dis... au moins le sais-tu...

L'aigle noir du soir s'abat brutalement sur mes doigts.

Les mots seront sombres, tout à l'heure. Ils le sont déjà...


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Re: EXERCICE 4

Messagepar Philipum » Sam Fév 02, 2008 10:20 pm

Ishtar a écrit:
LA FLEUR DU PRESENT

Concentrez-vous sur ce qu'est votre présent au moment où vous découvrez ce sujet et laissez fleurir votre imagination.


Cet après-midi, lorsque j'ai découvert ce sujet, je devais laisser l'ordinateur à Kristina ; je n'ai pas pu laisser de message spontanément comme ca. Ensuite, bien que j'en aurais eu le temps puisque mes enfants faisaient la sieste, j'ai préféré en profiter pour écrire quelques pages de ma nouvelle en cours qui se mue petit à petit en roman sous mes yeux ébahis. Mais tout cela n'est pas mon présent, c'est le présent d'alors, donc déjà du passé.

Mais attendez-voir un peu... si je parle maintenant de mon présent, fatalement il se transformera immédiatement en passé ! Pour capter le présent, il faut donc être un tout petit peu en avance dans le futur, mais alors ce ne sera plus un présent présent ; mais le futur lui-même finira par passer par définition donc mieux vaut pas s'y prendre ainsi, compressons plutôt futur, présent et passé en une grosse masse compacte qu'il s'agit de malaxer par cent fois jusqu'à en presser le fruit pensant pour s'en peinturlurer la poire jusqu'à plus pouvoir.

Enfin, c'est mon humble avis. Mais passons...
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Re: EXERCICE 4

Messagepar Christian Domec » Sam Fév 02, 2008 10:25 pm

Salut,
Philipum a écrit:
Mais passons...

Au présent ça ferait passant.
Non ?
Nan !

C.

PS : ça y est j'ai fini les crêpes...
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L'aigle noir du soir s'abat brutalement sur mes doigts.

Messagepar Diego Ortiz » Sam Fév 02, 2008 11:31 pm

Les doigts c'est fragile mais il y a toujours les gants. L'aigle est noble mais le fauconnier veille. L'aigle ne dédaigne pas qu'on l'aveugle pour autant qu'on le fasse avec amour et avec la promesse qu'au bout d'un certain temps, son sens visuel décuplé par la cure d'obscurité, on le lâchera et le laissera voler, pour un temps forcément borné, de ses propres ailes. J'aimerais un jour avoir l'occasion de parler sincèrement et profondément avec un fauconnier. Il y en a dans ma région, conscients de perpétuer une tradition millénaire, et un jour je crois que cette conversation pourra avoir lieu.

Romane, vos humeurs noires constituent une sorte de sixième ou de septième sens, dont la plupart des animaux et des gens ne disposent pas. Il s'agit d'un bien précieux. Quand nous étions jeunes, il nous arrivait de le dilapider en tombant amoureux de notre propre mélancolie, sur le modèle de Marguerite Duras et de quelques autres. J'ai connu une phase de ce genre, au sein d'un groupe de copines et de copains doués vers la fin des années 1970. La moitié d'entre eux est morte, par suicide ou héroïne, et l'autre s'est taillée le succès qu'elle méritait, non tant en termes numéraires que de respect et de notoriété.

Pour ma part j'ai été longtemps fasciné par Marguerite Duras et une kyrielle de noms secondaires qui gravitaient autour d'elle. La conclusion générale de nos conversations était que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue comme elle se présente mais qu'un travail de sublimation gigantesque est nécessaire pour la rendre admissible. Je pense que cette idée a joué son rôle pour faire de moi un médecin humanitaire puis un ethnopsychiatre, titres sans grande signification d'ailleurs si l'on ne détaille pas leurs contenus et leurs implications. En somme la tristesse, et l'aigle noir qui peut à tout moment s'abattre brutalement sur les doigts, m'a permis de façonner une insertion dans ce monde qui me paraît maintenant possible, vivable, sans conséquences néfastes.

Je dois vous avouer que votre dernier texte, ci-dessus, m'a fait beaucoup de peine. Non pas en tant que psychiatre, ethnopsychiatre, antipsychiatre ni psy d'aucune variété connue, mais qu'être humain standard. Juste parce qu'il exprimait le malheur comme nous le connaissons tous : il vous prend en traître et vous prive de tous vos moyens, ce qui à son tour vous prive de vos relations et de vos capacités de création.

J'ai pensé vous envoyer un message privé, mais au fond cela ne me semble pas une bonne idée. Nous sommes tous un groupe, ici, malgré notre nombre restreint de moins de quarante. Nous ne formerons jamais de secte car nous sommes bien trop dissemblables. C'est là notre richesse. Nous quitterons l'Huîttre quand elle aura cinq mille adhérents, sahns doute, et des contrats publicitaires, mais nous en sommes encore loin.

Vous avez donc lancé une bouteille à la mer : le défi numéro quatre vous évoque une réaction de désespoir, dans le contexte d'une existence, d'une phase ou d'une crise que nous n'avons pas à connaître. Et pourtant nous avons sous nos yeux, à volonté, des textes dans lesquels votre créativité et un sens de l'humour - même au prix de l'auto-dérision, mais même là avec tendresse - nous donnent, à nous, du courage. Faut-il que vous soyez dans le rôle de celle dont les doigts sont dévorés par l'aigle pour que nous autres nous sentions plus forts ? Mais non, et vous connaissez cette réponse, Romane. Nous sommes ici pour nous nourrir mutuellement, tout en conservant notre identité. Pour l'instant nous avons la bonne taille et la bonne atmosphère pour accomplir cet objectif.

Soyez donc inconstante autant que vous le voulez. Si vous êtes absente longtemps, nous viendrons à votre recherche et vous proposerons toujours de nouveaux jeux et de nouvelles joutes d'humour net d'amour, ce dernier au sens général, platonique, et néanmoins très concret et incarné si l'on y réfléchit bien. Si vous vous sentez détruite, même sans raison apparente ou explicable, venez avec des productions noires. Nous ne vous ennuierons pas avec des questions. Si vous vous sentez revendicative, avec l'envie que tout change et vite, venez aussi.

Depuis je me suis présenté comme médecin et psychiatre, et maintenant cette honnêteté pourrait diminuer la portée de mon message. Il ne le faut pas. Je ne vous connais pas, vous vous êtes très peu livrée, et je vous jure que je suis le pire des interlocuteurs à prendre comme un professionnel de la santé. Ma véritable profession est celle de mon cœur, pour laquelle n'existe aucun diplôme. C'est le courant de mon existence, ses aléas, comme je les ai expliqués ici dans d'autres fils, faciles à retrouver, et non exhaustifs naturellement, car je ne suis pas en train d'écrire en ligne ma biographie.

Je vous dis donc comme cela, Romane, et en toute simplicité et "straightforwardness" : l'aigle noir est dépourvu de tout pouvoir. Vos doigts sont agiles et lui échapperons toujours, éternellement.

Je sous salue,
D.O.
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Re: EXERCICE 4

Messagepar Romane » Dim Fév 03, 2008 12:38 am

Ishtar a écrit:
LA FLEUR DU PRESENT

Concentrez-vous sur ce qu'est votre présent au moment où vous découvrez ce sujet et laissez fleurir votre imagination.

A vos plumes :wink:


Réponse à Diego, réponse, Diego, réponse... juste laisser courir les doigts sur les touches noires, et dire bouleversée, et dire défaite et comblée-vide et dire ô combien et dire, laisser les mots, laisser, laisser... venir...

Des creux comme des gouffres et des gouffres sans fond, chutes vertigineuses, à se tordre de peur, à ne pas pouvoir crier, ou plutôt en certains points culmintants, sortir sans prévenir personne, bouche clouée de planches à ne pas briser-bruit, à ne pas franchir avant que d'être le long de l'océan, là où le fracas couvrira les hurlements, là où tout peut arriver sans déranger l'ordre du monde, crier, crier...

Crier parce que les mots sont trop. Trop nombreux, trop violents, trop, trop au point d'engorger, noyade de mots-émotions, trop dans le thorax, fissures, failles, pression, sortir, s'échapper, mal. Mal au ventre, mal. Mal de plus faim, mal de plus pouvoir faire entrer par la bouche parce que les mots bouchent la bouche, bouchent bouche, bouche à bouche, prends-les, l'océan, je vais mourir de trop de trop, de trop, de trop, en trop, je suis en trop...

Peut-on faire vaciller le monde si soudain on n'est plus là, plus rien, ou plutôt cet autre chose qui n'est plus tout à fait soi, qui s'en fout, qui... mais la vie plus forte, les vagues les vagues, les vagues une à une, les vagues puissantes, déferlantes, incessantes, faim, immense faim de vie, à se remplir moi qui suis si trop pleine et qui me sens si vide...

L'instant de maintenant est une longue plainte assoiffée, les mots foutent le camp et je m'en fous, et je m'en fous ! quelle importance ! ils s'envolent et ne reviendront plus jamais au point de leur départ, ils, moi, toi, vous. Tout mélangé, tout. Couleurs mélange, cris mélanges, mouvements mélanges, tout se mêle, s'emmêle...

Pourquoi faut-il souffrir pour se savoir exister ?

Réponse Diego, belle âme, vous me touchez infiniment...

Les mots s'échappent, je ne sais plus s'ils ont un sens, peu importe, ils ont un but, me délivrer...

Mon amitié et simlement : merci.

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Messagepar Romane » Dim Fév 03, 2008 12:53 am

Vous m'avez aidée. Je m'apaise. Merci Diego.

Ro, l'instant de maintenant.
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Messagepar Ishtar » Dim Fév 03, 2008 9:52 am

Romane a écrit :
Citation:
Les mots s'échappent, je ne sais plus s'ils ont un sens, peu importe, ils ont un but, me délivrer

Les mots ont toujours un but...
Je me sens souvent comme vous Romane; il y a aussi en moi comme un élan incessant vers un absolu dont j'ignore tout.
Parfois je me demande si je ne confonds pas ce désir si pressant d'absolu avec un piteux et lancinant vide existentiel, qui serait comme un panier sans fond que je ne parviens pas à remplir....
Dans tous mes écrits, je parle d'un "ailleurs", de vouloir vivre "autre chose". A tel point que cela en devient oppressant et lancinant.
Je sais pourtant, que cette sensation d'oppression n'est que la manifestation physique de quelque chose qui vient de très loin, de très fort. C'est comme une aspiration incommensurable vers l'infini, pouvoir réaliser de grandes choses dans les domaines qui sont les miens, vivre intensément des choses intenses...
Pourtant, il y a des jours (très peu) où je me sens en profonde connivence avec ma vie, où j'ai l'impression de coller dans ce que je suis et dans ce que je fais, dans ces désirs si profonds, si intenses, si indicibles de ce que je voudrais vivre et être... et il y a des jours (trop nombreux) où ce désir d'absolu me dépasse, je me trouve comme devant une montagne impossible à gravir et... je me sens comme Sisyphe, anéantie de désespoir.
Dans ces moments là, je me dis que je ne suis pas faite pour vivre, que je vis les choses de manière trop inadéquate.
Je sais que c'est très difficile à décrire tout cela, les mots qui me servent d'habitude, je les trouve bien pauvres pour décrire cette quête, cette faim jamais rassassiée, cette soif d'absolu.... mais peu importe, ils ont un but, me délivrer...

Continuez d'écrire Romane, vous êtes notre Muse des mots...
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Thomas Merton, Echoing Silence, I have tried to learn, 1962

Messagepar Diego Ortiz » Dim Fév 03, 2008 1:24 pm

Citation:
I have tried to learn in my writing a monastic lesson. I could probably not have learned otherwise : to let go of my idea of myself, to take myself with more than a grain of salt. If the monastic life is a life of hardship and sacrifice, I would say that for the most the hardship has come in connection with writing. Il is possible to doubt whether I have become a monk (a doubt I have to live with), but it is not possible to doubt that I am a writer, that I was born one and will probably die as one. Disconcerting, dis-edifying as it is, this seem to be my lot and my vocation. It is what God has given me in order that I might give it back to Him.


Il était l'homme de plusieurs pistes, comme vous deux sans doute, très grave devant les incohérences et les inconsistances de l'ensemble polymorphe que composaient son corps, son esprit, son être, son destin, son chemin, le monde. Quelle idée de renoncer à l'écriture et de se faire trappiste, alors que, comme il le dit ici, c'est dans l'écriture qu'il aura appris une leçon monastique fondamentale : le laisser aller de l'image de soi-même, l'idée de soi-même. Il se demande s'il a jamais été un moine, un doute avec lequel il devra vivre à jamais, mais il est indubitable qu'il était un écrivain, d'un bout à l'autre de sa vie : tel aura été son destin et sa vocation véritable.

Sept ans d'internat catholique ont sans doute laissé des traces mais je ne suis pas pratiquant. Pourtant il m'arrive d'envier les moines, et surtout ceux qui pratiquent dans la réclusion, Chartreux, Trappistes. Ou plutôt, en dehors des contraintes vénielles, les Pères du Désert. Et les Tibétains, les Bouddhistes. Merton avait eu quelques conversations avec lui qui ont marqué le Dalai Lama.

Quittons-nous donc le fil ? Oui et non. Je dirais aussi qu'il importe peu. Ishtar est sans doute déjà en train d'ajuster le tir numéro six. On profite donc du calme relatif, avant que cela redécoiffe. Tout à l'heure en ouvrant la machine à faire des mots je suis tombé sur la notification de la réponse d'Ishtar. Je me suis immédiatement dit que c'était pour ce sujet-ci, à propos des échanges d'hier soir. Là je joue le jeu. J'ai aéré ma chambre où le soleil est entré à pleins flots. Je vais tout à l'heure partir dans la montagne, méditer sans en avoir l'air. Cela donnera des photos que j'enverrai plus tard ici et là, comme je le fais ces temps-ci avec les mots. Mais la promenade d'aujourd'hui fera bloc avec ces douze dernières heures. Cette nuit encore j'ai fait des rêves qui n'étaient pas les miens, pour ce que j'ai dormi. On se sent bien quand on n'a presque pas dormi et qu'il est dimanche matin, n'est-ce pas ? Voilà pour le fil de l'exercice.

J'écris tout le temps "Je" pour des raisons avant tout de commodité. Il y aurait la troisième personne à la Jules César, les jeux possibles avec Diego comme personnage distinct. La première personne est aussi utilisée par les autres camarades, ici, et c'est sans doute parce que tout le monde s'accorde pour considérer cet artifice de langage comme utile.

Il n'y a pas de Moi. Cela fait dix ans maintenant que je suis en train de le découvrir, et plutôt dans la douleur, comme Merton le dit. Le métier que j'exerce, avec en plus la dimension de l'ethno et du trauma, me rend tout simplement impossible de maintenir la position du Moi durant les conversations. Les frontières deviennent floues. Il n'y a pas vraiment de vide intérieur, et d'ailleurs cela ne serait pas possible, car il n'y a plus de frontières fixes, et le plus souvent aucun intérieur. Beaucoup d'échanges se font sur le mode de la poésie, l'esthétique en moins. Nous nous mouvons dans la Zone de Stalker, autour de la chambre de tous les dangers et de tous les désirs, avec des précautions infinies, et c'est l'histoire même de cette équipée qui fait thérapie.

Les mots ne nous appartiennent pas non plus. Ils nous traversent comme des flèches, Khalil Gibran le disait à propos des enfants. Ils ne viennent pas d'un lieu particulier. Ils sont une des manifestations de notre intelligence, et donc de l'intelligence du cœur. Parfois on s'est donné bien de la peine pour coudre et ficeler tout ça, et l'Autre, en vous remerciant au moment de vous quitter pour reprendre sa vie et aller finir sa guérison sans vous, vous livre l'instant et le mot qui, à son avis de votre part, ont tout fait basculer vers le mot. Il doit y avoir des collègues plus malins que moi, mais en ce qui me concerne, il est rare que j'aie eu la même impression. La conséquence de cette impossibilité à localiser dans ma mémoire du processus le moment thérapeutique, d'autres font des théories pour l'exprimer. Je ne vous imposerai pas ces fioritures, essentiellement destinées à ce que les professionnels patentés puissent sauver la face et continuer d'envoyer leur facture.

Avec un peu d'exercice on peut vivre sans Moi et sans Mots. Etre tout en s'effaçant, et surtout être avec. Faire écho au silence. Ce sont des moments qu'on peut faire durer au début quelques minutes, plus tard une heure ou deux quand on est un débutant. Les grands spécialistes ne sortent jamais de cet état. Il ne s'agit pas du tout d'une régression. Presque tout ce que l'on a dit sur le sentiment océanique n'était destiné qu'à couvrir notre ignorance.

Même mes rêves ne sont pas les miens, du moins pas entièrement. Il existe un niveau de présence au monde, qui nécessite une concentration au début épuisante, et ensuite une discipline qui m'aura coûté davantage que l'arrêt de la cigarette, qui est aussi une sorte de condensé de bonheur. Depuis quelques années il m'arrive souvent de me réveiller de bonne humeur, et à part moi j'ai baptisé cela le "deo gratias" du matin. Alors je ne réfléchis pas, ne fais aucun mouvement brusque, et il est pourtant très rare que je replonge dans le sommeil. Je prends garde de ne mettre aucun mot sur cette étrange expérience, mais de la suivre, ou de la laisser me traverser, tout en la contemplant, et sans chercher à retenir en moi ce petit bonheur.

Ensuite je me lève et les choses se gâtent. Je suis de mauvaise humeur, ou je ne sais quoi d'autre. Une heure de voiture à faire, et à la fin dans les embouteillages, c'est une perspective qui m'a pesé longtemps le matin. Maintenant plus. Je poursuis au volant l'expérience. Je conduis ma petite Citroën bleue comme un dieu, avec des gestes parfaits, mais si peu investis qu'on les dirait mécaniques. Et pourtant les imprévus du trafic me prennent bien moins au dépourvu qu'auparavant. Je ne sais si vous voyez le principe. Il s'agit de décoller un peu, de s'arracher à certaines choses et à certaines idées auxquelles nous sommes sans aucun doute trop attachées, comme l'Ego, la pensée opératoire, la contrariété, le jugement, la colère. Les neuroleptiques permettent de faire ça à quelqu'un mais au passage le transforment en robot. Non. Il est question d'un exercice de concentration.

Alors, Ishtar, et surtout Romane juste maintenant, je vous salue avant d'aller lacer mes chaussures de montagne. Je vais dans la forêt, ou au soleil, dans la vallée qui se trouve juste au-dessus de cette maison et de cette chambre. Il n'y aura pas de mots, mais je marcherai les yeux ouverts. Je ne chercherai à résoudre aucun problème ni à faire aucun programme. Juste dans l'instant. Je prendrai quelques photos sans rime ni raison, autre pratique de décentration. Revenu ici j'ouvrirai le petit coffre à touches noires.

J'ai promis ici de faire une grande blanquette de veau pour ce soir, alors que je n'en avais plus fait depuis dix ans. Ah ! que je la regrette, cette promesse. J'avais une patiente russe qui me disait qu'elle ne mettait plus de veau dans son bortsch car elle avait la vision des larmes du veau qui implore quand on va l'abattre : jusqu'où va donc se glisser l'esprit du désespoir ! Je l'ai revue depuis, se disant guérie, parfaitement heureuse : 64 ans c'est le début de la vraie vie ! Maintenant c'est du bœuf qu'elle met dans son bortsch.
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Messagepar Ishtar » Dim Fév 03, 2008 4:06 pm

Diego Ortiz a écrit :
Citation:
Il n'y a pas de Moi. Cela fait dix ans maintenant que je suis en train de le découvrir, et plutôt dans la douleur, comme Merton le dit

Il n'y a pas de "Moi" dites-vous !
Il y a vraiment que dans le contexte de la spiritualité où cela soit vraisemblablement possible de se dépouiller de son "Soi", de renoncer à son identité personnelle, de s'annihiler.
Ici la société exige que nous soyons autonome et responsable, que nous soyons aussi à la hauteur des normes imposées. La société exige tellement, que l'on désire s'échapper... et si "Je" parle si souvent d'un "ailleurs" ou de vouloir vivre "autre chose"; c'est ma façon à moi de réagir face à des difficultés qui me dépassent depuis quelques temps.
Sachez cependant que ce besoin de m'échapper n'est pas analogue au besoin de fuir mes problèmes.
Ce n'est pas parce que je vis une vie routinière et sans intérêt, que je désire chercher la fuite dans l'héroïne ou dans les vapeurs éthyliques...
C'est dans l'écriture que je m'échappe. Ecrire est devenu pour moi un dépassement de "Moi" car cela me permet de clarifier mes murmures intérieurs parfois dissonnants souvent contradictoires. Ecrire me permet surtout de vivre à travers mes personnages et de fusionner avec eux.
Alors Diego, ne venez pas dire, que les mots ne nous appartiennent pas...
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Messagepar Diego Ortiz » Dim Fév 03, 2008 4:28 pm

Je suis entièrement d'accord avec tout ce que vous dites.

Amicalement,
D.O.
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