Je me souviens suite (et fin ?)

Exercices et trésors d'imagination sur consigne

Je me souviens suite (et fin ?)

Messagepar voyelle » Dim Juin 01, 2008 6:12 pm

Et bien, nous voici tous prêts, prêtes, pour une nouvelle "contrainte" d'écriture que je vous propose (dans un fil induit par Léo, il est évoqué, du reste, la question de la contrainte). (Pour ma part, je suis assez convaincue que la contrainte est un levier pour l'imaginaire, mais bref... j'arrête là, de blablater.)

Je vous propose donc, là de vous saisir D'UN des souvenirs des participants (un souvenir autre que le votre bien entendu) et de vous l'approprier, en le développant sur une quinzaine - ou plus - de lignes.
L'essentiel sera de le rendre crédible.
Exemple, je m'approprie en le nommant (par exple) le souvenir d'Azul (mes respects, madame A) :
—Je me souviens du cheval que j'ai dû dessiner après, de mon désir de le peindre en blanc, de celui de la maîtresse qui voulait de la couleur, de ma déception quand il a fallu rendre les armes.
Fermement convaincue de la couleur de ce cheval, j'ai décidé donc.....

Allez... Qui commence ??? :idea:
voyelle
 
Messages: 668
Inscription: Mer Déc 12, 2007 6:36 pm
Localisation: Là, dans le sud

Messagepar Christian Domec » Dim Juin 01, 2008 10:26 pm

"A" Voyelle,

Je me souviens que les carambars coûtaient 10 centimes.

Mais je n'en suis pas sûr. Il y avait bien ces petits caramels à 1 centime, et le chewing-gum gagnant à 5 centimes. Les carambars qui étaient plus luxueux tenaient bien en bouche, mais pour que le plaisir dure un peu plus, il suffisait de n'ouvrir qu'une extrémité du papier emballant, dé-vriller le papillon protecteur (le droit en général, mais en retournant le carambar, le gauche passait à droite) et sucer l'extrémité : la dent de lait pouvait ainsi rester branlante quelques jours de plus. Il était aisé de refermer délicatement le papier légèrement glacé, et de remettre en poche et à plus tard la succion au goût caramel sucré. Ne pas oublier de découper le point Dh et le conserver dans une boîte métallique pour rêver au ballon qui pourrait être gagné. Le rêve est resté, économe je ne sus être assez.

Ce caramel, suivant la saison ou l'intensité des rayons du soleil, pouvait être dur et cassant, mou et collant, extra-mou et presque coulant. J'avais souvent ce débat entre caramel mou et caramel dur, comme pour le plastique, avec frères ou camarades ; ce dernier mot, plus que copain m'a souvent fait penser à carambar. Débat sérieux qu'il n'était pas question d'éluder par quelques subterfuges du style : on ne va se chamailler pour si peu, jouons. Non c'était du sérieux, comme l'origine de ce nom : carambar. J'avais bien observé des petites marques régulières ornant l'arête de ce délice qui était souvent confisqué si mal caché. Ces petites barres je les ai comptées plusieurs fois : il n'y en avait jamais quarante ! Quelqu'un - un camarade ou moi-même songeur - me suggéra doctement que ce pouvait être du caramel en barre : je regardais, alors, les estaminets du quartier, un peu de travers, il y était écrit : bar. Plus tard, lisant un petite bd : Pépito (?), je surpris ces interjections aux sonorités étranges, dont celle-ci : Caramba !

Mes dents de lait sont depuis toutes tombées. La petit souris, chez moi, n'existait pas : dommage, j'aurai pu sucer plus de quarante caramels en barre avec mes camarades. Caramba ! Deux par dent cela aurait été Byzance ou plutôt l'Eldorado !
Dernière édition par Christian Domec le Dim Juin 01, 2008 11:14 pm, édité 1 fois.
Avatar de l’utilisateur
Christian Domec
 
Messages: 627
Inscription: Mar Déc 25, 2007 2:20 pm

Messagepar Romane » Dim Juin 01, 2008 10:50 pm

Je me souviens du bol que j’avais dessiné et colorié comme un arc-en-ciel. (Azul)

Son ciel était de pluie, comme autant de petits mondes qui s'en échappaient, roulaient, ruisselaient sur les rondeurs du bol. A l'intérieur, le lait, j'en suis sûre.

L'arc-en-ciel rayonnait entre tous les petits mondes du monde de mon bol sur le monde de papier de mon monde de l'enfance. Il disait qu'il fait beau toujours, quelque part, même quand le monde pleut ses petits mondes de pluie, pendant que le lait, dedans.

Il n'y avait ni avions, ni montagne, ni route, ni gratte-ciel, ni rien d'autre que le ciel, suspendu aux rondeurs du bol, autour de la rondeur de l'arc-en-ciel. Suspendu hors du temps du lait de dedans, tout blanc, blanc, blanc comme la feuille, de l'autre côté de la feuille, là où les petits mondes n'existaient pas dans la pluie du ciel de l'arc-en.

Il n'y avait ni la nuit, ni le jour, ni même le bruit des voix, ni même le bruit de la pluie.

Juste celui des ciseaux, quand j'ai découpé le bol en mille petits morceaux de rêves d'enfance.

Alors le lait a débordé, et maman s'est fâchée.
Dernière édition par Romane le Dim Juin 01, 2008 11:07 pm, édité 1 fois.
Avatar de l’utilisateur
Romane
 
Messages: 931
Inscription: Mer Nov 28, 2007 8:09 pm
Localisation: Kilomètre zéro

Messagepar voyelle » Dim Juin 01, 2008 11:05 pm

Tendresse de l'écrit de Christian, je trouve, c'est vrai que ces petits détails dans l'enfance n'en sont pas - du tout -
Poésie de Romane, quel délice ces textes, que je vous remercie, c'est comme un bout de magie que de proposer une idée, et de la voir naître sous ses yeux...


N'oubliez pas chacun(e) de nommer la personne à qui vous avez "chipé" le souvenir...
voyelle
 
Messages: 668
Inscription: Mer Déc 12, 2007 6:36 pm
Localisation: Là, dans le sud

Messagepar Christian Domec » Dim Juin 01, 2008 11:12 pm

voyelle a écrit:
N'oubliez pas chacun(e) de nommer la personne à qui vous avez "chipé" le souvenir...


Ah ben mince, je n'avais pas vu ça !

Eh bien c'est simple : carambar n'ayant qu'"A" pour Voyelle ce ne pouvait être qu'à Voyelle.

C.

PS : en fait, je n'ai pris que le premier de la liste (du moins le second parce que la craie qui crisse m'hérisse un peu.)
Avatar de l’utilisateur
Christian Domec
 
Messages: 627
Inscription: Mar Déc 25, 2007 2:20 pm

Messagepar Romane » Dim Juin 01, 2008 11:17 pm

voyelle a écrit:
N'oubliez pas chacun(e) de nommer la personne à qui vous avez "chipé" le souvenir...


Rectifié, miss !

Merci pour ta lecture. Christian aussi, je me suis régalée, d'autant que le carambar, et j'en parlais pas plus tard qu'hier, demeure un petit plaisir au même titre que son frangin le malabar.

PS : Ro qu'a toutes ses dents, y compris celles dont on dit qu'elle sont "de sagesse"..........
Avatar de l’utilisateur
Romane
 
Messages: 931
Inscription: Mer Nov 28, 2007 8:09 pm
Localisation: Kilomètre zéro

Messagepar Christian Domec » Lun Juin 02, 2008 12:10 am

Romane a écrit:
Ro qu'a toutes ses dents, y compris celles dont on dit qu'elle sont "de sagesse"..........


La sagesse n'évite donc pas le mordant.

Me concernant, celles de sagesse ne voulurent pas pousser : la velléité d'une de se borner à agacer la gencive fit qu'un coup de bistouri les tua toutes dans l'oeuf. C'est donc irrémédiable.
Avatar de l’utilisateur
Christian Domec
 
Messages: 627
Inscription: Mar Déc 25, 2007 2:20 pm

Messagepar Romane » Lun Juin 02, 2008 12:20 am

La sagesse n'évite pas non plus les bêtises, surtout si elles viennent de Cambrai.

Ro, bonbon d'un jour, bonbon toujours.
Avatar de l’utilisateur
Romane
 
Messages: 931
Inscription: Mer Nov 28, 2007 8:09 pm
Localisation: Kilomètre zéro

Messagepar voyelle » Lun Juin 02, 2008 11:52 am

Merci Christian pour le texte des Passantes, j'ai eu beaucoup de plaisir à le relire... Je vois chaque scène...

Plein d'humour aussi ton texte-carambar :)
voyelle
 
Messages: 668
Inscription: Mer Déc 12, 2007 6:36 pm
Localisation: Là, dans le sud

Messagepar aminelicia » Lun Juin 02, 2008 3:43 pm

Je reprends une "idée" d'azul47

Citation:
Je me souviens des heures passées, les yeux fixés sur l’horizon, à façonner des rêves insensés.


Surtout que le printemps était là et avec lui, je voyais les bourgeons fleurir rapidement. Tout avait été exceptionnellement précoce. J'admirais les paysans en train de travailler les champs pour préparer les récoltes de l'été. Nous avions un instant, craint une sècheresse persistante. Mais l'amoncellement soudain de nuages apparus à l'horizon avaient conforté nos espérances et éloigné le spectre d'une mauvaise saison. Même si je préférais les éclats des jours chauds et ensoleillés où je pouvais admirer à loisir, comme dans mes rêves, le reflet des arbres dans les eaux du fleuve tout proche, j'étais contente de la pluie qui se mettait à tomber et arrosait la terre assoiffée et asséchée depuis plusieurs jours.
aminelicia
 
Messages: 222
Inscription: Dim Nov 25, 2007 11:04 am
Localisation: Algerie

Messagepar azul47 » Lun Juin 02, 2008 4:15 pm

@Romane : c'est drôle, chaque fois que je te lis, j'ai la curieuse impression de ne jamais avoir rien lu.
C'est cette façon atypique d'aligner les mots, bien sûr.
Tu réinventes l'écriture, et nous, on réapprend à lire :D

@Aminelicia : joli vue sur les champs en culture que j'aurais pu avoir aussi. :wink:
Il est difficile d'attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout lorsqu'il n'y est pas.
Avatar de l’utilisateur
azul47
 
Messages: 400
Inscription: Ven Mar 07, 2008 9:09 pm
Localisation: lot et garonne

Messagepar voyelle » Mer Juin 04, 2008 12:15 pm

Je me souviens des couchers de soleil dans le désert et des palmiers aux ombres projetées sur le sable. de : Aminelicia.
Je me souviens plus particulièrement d’un de ces couchers-là.
J’avais une douzaine d’années, je m’étais réfugiée comme très souvent contre une dune.
C’était là, que j’aimais oublier. Que j’aimais regarder la rencontre du vent et du sable, fascinée par leur chant et leur danse, il s’agissait pour moi, d’un enlacement sans limite. Le soleil lentement me quittait. J’enfouissais presque tout mon corps dans cette poudre encore brûlante et je regardais les étoiles indéfiniment, l’une après l’autre dans les yeux. Reconnaissante de la paix qu’elles m’apportaient, et, convaincue de ma force, j’avais décidé d’offrir un nom à chacune d’elle. Pas ce nom que les adultes avaient décidé, mais un nom tout particulier qui reflétait leur éclat et mon humeur. J’amenais ainsi un vieux cahier souvent gorgé de sable, sur lequel j’inscrivais leur identité. J’étais seule au monde, et je voulais le rester - ou du moins le croire - . La dune progressivement perdait sa chaleur et devenait plus froide que le ventre de ma mère, cependant, je restais là, sur elle, en elle, pour continuer mes rêves d’enfant. Enfant, je le serais bientôt plus, je le savais. Être là, lovée dans sa douceur, c’était ma manière à moi de retenir le temps. L’air portait quelque chose d’irréel, difficile à expliquer, odeur particulière, douce, et en même temps amère que je gobais à pleins poumons, les bras étirés de part et d’autre de mon jeune corps en devenir. Les heures étaient passées sans que j’y prenne garde, occupée dans ce moment d’éternité et de bonheur. Depuis longtemps, je ne percevais plus les ombres des palmiers ni leurs têtes ébouriffées. Soudain, au loin, je vis une lumière tremblotante, légère, fragile. Derrière cette lumière, une forme, mon cœur se précipita, je pris conscience de ma propre vulnérabilité, de ma jeune jeunesse dans ce désert. La silhouette se rapprochait, c’était un homme, grand et carré.
Un appel inattendu écorcha la nuit :
— Zela ! Zela !
Mon père, mon père me cherchait. Il était là, devant moi, dans sa voix vibrée une émotion que je ne lui connaissais pas.
— Et bien ??? Que fais-tu là ?
— Papa ?
Il essuya furtivement une larme qui tentait une échappée. Je compris combien alors je pouvais être importante à ses yeux. Ma main se glissa dans la sienne, épaisse et rugueuse, et tous deux, les pieds dans le sable, sous la lune, lentement, nous sommes rentrés chez nous, je me souviens...
voyelle
 
Messages: 668
Inscription: Mer Déc 12, 2007 6:36 pm
Localisation: Là, dans le sud

Messagepar Romane » Mer Juin 04, 2008 12:52 pm

azul47 a écrit:
@Romane : c'est drôle, chaque fois que je te lis, j'ai la curieuse impression de ne jamais avoir rien lu.
C'est cette façon atypique d'aligner les mots, bien sûr.
Tu réinventes l'écriture, et nous, on réapprend à lire


On me l'a souvent dit, et pourtant je n'en suis pas consciente. Quand je me lis, je me trouve en terrain familier. :lol:

Très sérieusement, c'est vrai que je ne m'en rends pas compte, et ça me fait toujours quelque chose, quand je lis un commentaire comme celui que tu viens d'écrire. Un peu comme : "ça s'adresse à moi ?", parce que pour tout dire, je deviens si difficile dans mes lectures que je n'aime plus que les écritures magnifiques et si elles sont novatrices, comme celle de Baricco, par exemple, je suis carrément aux anges. Alors c'est un peu comme si... toutes proportions gardées, évidemment.

Merci à toi. Vraiment.

P.S : très agréable, toujours, de lire les variantes issues des phrases des autres, par chaque participant !
Avatar de l’utilisateur
Romane
 
Messages: 931
Inscription: Mer Nov 28, 2007 8:09 pm
Localisation: Kilomètre zéro

Messagepar azul47 » Mer Juin 04, 2008 1:17 pm

Citation:
là où les petits mondes n'existaient pas dans la pluie du ciel de l'arc-en.

La phrase du texte que je préfère entre toutes.
On pourrait se demander où est passé le ciel de l'arc-en : il est juste avant :wink:
Il est difficile d'attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout lorsqu'il n'y est pas.
Avatar de l’utilisateur
azul47
 
Messages: 400
Inscription: Ven Mar 07, 2008 9:09 pm
Localisation: lot et garonne

Messagepar Romane » Mer Juin 04, 2008 1:21 pm

Oui, c'est vrai, mais du coup je ne sais que dire, parce que ce genre de tournures de phrases m'est naturel. Je veux dire sans effort. Enfin tu vois, quoi. :lol:
Avatar de l’utilisateur
Romane
 
Messages: 931
Inscription: Mer Nov 28, 2007 8:09 pm
Localisation: Kilomètre zéro

Suivante

Retourner vers Défis

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron