Je me souviens suite (et fin ?)

Exercices et trésors d'imagination sur consigne

Messagepar azul47 » Mer Juin 04, 2008 1:23 pm

Y'a moment que je vois quoi :wink:
Il est difficile d'attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout lorsqu'il n'y est pas.
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Messagepar Romane » Mer Juin 04, 2008 1:28 pm

euh... enfin, je veux dire, tu comprends ce que je veux dire ? Bon là plus productive du tout, la Ro, trac au ventre gravissime et ça va durer jusqu'à samedi, le déclic s'est fait, je pensais pouvoir être tranquille encore quelques heures, au moins jusqu'à vendredi... à me trouver mal.... bon, on en reparlera de tout ça.
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Messagepar Yasmina » Mer Juin 04, 2008 11:57 pm

Je me souviens que j’avais un petit amoureux, il avait un solex noir, et moi, une robe verte. (Voyelle)


Je me souviens que j’avais un petit amoureux, il avait un solex noir, et moi, une robe verte. C’était l’année de mes quinze ans, je passais mes vacances dans un petit village ardennais. Nous avions fait connaissance un après-midi et il m’avait donné rendez-vous, le soir, près de l’étang. J’étais en avance, il y avait un peu de vent et ma robe se soulevait, timidement. Je le vis arriver, sur son solex, et mon cœur se mit à battre de plus en plus fort. C’était mon premier rendez-vous avec un garçon. Nous avons marché un peu , nous nous sommes assis au bord de l’eau et nous nous sommes embrassés. Je me souviens de ce premier baiser, je me souviens… C’était doux, si doux…
J’ai gardé ma robe pendant des années et à chaque fois que j’ouvrais ma penderie, le goût de ce premier baiser revenait à mes lèvres. Ses yeux étaient verts, comme ma robe.
J'écris parce que je ne sais pas dire
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Messagepar voyelle » Jeu Juin 05, 2008 10:00 am

Il est joli ton petit texte Yasmina, joli et tout frais, j'aime bien
l'image de cette robe qui, avec le vent, se soulève timidement.

C'est étrange de voir son propre souvenir vécu autrement.
Intéressant, c'est un peu comme une nouvelle fenêtre qui s'ouvre !!! Merci en tout cas....


Qui d'autres ??? :P
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Messagepar Yasmina » Jeu Juin 05, 2008 10:34 am

De rien Voyelle, ce fut un plaisir mais si c'est étrange pour toi, ça l'est pour moi aussi... s'approprier un souvenir et de le transformer est un exercice intéressant et émouvant. On se demande "et si je tapais juste ?", "et si cela réveille d'autres souvenirs ? "

C'est d'autant plus étrange pour moi puisque je cherche à effacer mes souvenirs, du moins une grosse partie...

Amnésie

Je hais les beaux souvenirs,
Synonymes de malheur
Ils font si mal avec leurs rires.

Je les écarte, je les efface
De mon présent inachevé
Pour ne laisser qu’un passé
Décomposé
J'écris parce que je ne sais pas dire
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Messagepar voyelle » Jeu Juin 05, 2008 11:06 am

L'important c'est de taper "juste" comme tu dis pour toi, mais non pour moi.
Puisque justement ce souvenir, tu te l'appropries.

Quand à nier son passé, c'est une discution assez intime, il est peut-être délicat d'en parler sur un forum (?) mais, simplement, voix-tu (je pense et je suis convaincue) que notre passé fait ce que nous sommes, (en "bon" et en moins "bon").

Un jour, je me souviens, j'avais une vingtaine d'années, un peu plus, mais guère plus, j'avais alors des conflits pas possible avec mon paternel. Mais, hn homme, un sculpteur, un ami, qui devait avoir environ le même âge que mon paternel m'a dit alors, à propos du regard que je portais sur mon père :
— Mais, c'est aussi grâce à lui que tu es ce que tu es.

Cela m'a réconcilié, (du moins en partie) avec mon histoire. (Belle image que ce sculpteur qui a contribué à construire autre chose de moi-même).
Si tu lis Malika Mokkeden, (et bien dautres, Gisèle Halimi, par exple) (là, l'on va peut-être se moquer de moi que je nomme encore cette dame, Malika) son dernier bouquin, justement, parle de ce sujet, regarde comme le titre est évoquateur, ce titre s'dresse à sa mère. (Le mal de mère).
— Je dois tout à ton oubli.

Peut-être, même surement, si sa mère n'avait pas nié son existence, Malika et toutes les autres ne seraient pas ce qu'elles sont aujourd'hui,
des femmes qui ont mené des magnifiques combats. Comme certains hommes aussi, grâce à leurs histoires, grâce aux paquets qu'ils portent sur les épaules. Oui, j'ose dire :"grâce" et non "à cause" comme il conviendrait...

Nous avons tous des blessures Yasmina, plus ou moins importantes, elles font ce que nous sommes... Crois-tu que l'amour des mots est un hasard ?
Jules Renard disait :" écrire c'est une manière de parler sans être interromptu".

Bonne journée à toi.
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Messagepar Yasmina » Jeu Juin 05, 2008 11:12 am

Je sais bien Voyelle que l'amour des mots n'est pas un hasard...

Non, pour moi l'important n'est pas de taper mais "et si je tape juste sans le vouloir ?" comment cela serait perçu ?

Je ne voulais pas m'étaler sur le déni du passé mais simplement dire que c'était étrange pour moi cet exercice. Rassure toi, je ne vais pas m'épancher.... :-)
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Messagepar voyelle » Jeu Juin 05, 2008 11:28 am

Cela serait perçu (en tout cas pour moi) comme étrangement étrange !!!
Mais, amusant aussi, et de toutes les façons, mon souvenir (de moua) est fort différent de celui que tu proposes, mais on s'en fou :D
L'important ce n'est pas la vérité, mais la crédibilité...
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Messagepar Romane » Jeu Juin 05, 2008 1:25 pm

J'adore l'histoire du premier baiser, des yeux verts comme la robe. Douce, tendre, parfumée à ces années du début de la vie d'une femme, l'histoire demeure comme suspendue dans un temps qui ne nous quitte jamais vraiment. En tout cas, c'est comme ça que je le reçois, ce petit texte !
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Messagepar Christian Domec » Jeu Juin 05, 2008 2:46 pm

Yasmina a écrit:
Amnésie

C'est joli, j'espère m'en souvenir.

C.
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Messagepar voyelle » Mer Sep 24, 2008 5:20 pm

Azul écrivait :

Je me souviens du cheval blanc que j'ai dû dessiner après, de mon désir de le peindre en blanc, de celui de la maîtresse qui voulait de la couleur, de ma déception quand il a fallu rendre les armes...



Je me souviens,
Ma sœur Azul, avait été furieuse, furieuse à en pleurer. Elle était revenue à la maison, avec, à l’intérieur de son cartable un immense dépit qui s’étalait, tentaculaire ne laissant plus aucune place ni aux livres, ni aux cahiers et même pas à sa jolie trousse rouge. Le matin même, en classe, elle avait peint avec passion, sur une feuille de Canson, un cheval blanc. Blanc parce qu’elle connaissait par cœur l’histoire de Crin Blanc, blanc parce elle aimait les nuages et leurs têtes nomades, blanches étaient aussi les marelles qu’elle traçait sur le bitume avec le fameux ciel où elle atterrissait avec joie et soulagement dans ses tennis blancs eux aussi.
Le cheval demandé par la maîtresse ne pouvait qu’être blanc du haut de ses neuf ans. Mais la maîtresse ne devait pas aimait le blanc, elle, ayant exigé d’autres couleurs. — les adultes sont convaincus que le blanc n’est pas une couleur. — avec regret, avec colère, elle avait blessé son cheval de noir, de rouge, son pinceau était devenu scalpel déchiquetant l’image de ses songes.
Alors, j’avais décidé de faire justice, c’est pourquoi, j’étais là, à quatre heures du matin, frissonnant dans mon anorak trop fin. La veille, j’avais lu dans un bouquin découvert dans la chambre de mes parents des lignes qui avaient frappé mes sens comme un boomerang. L’auteur, y expliquait la notion d’existence, il s’appelait, je crois, Yugbing, drôle de nom. Peut-être est-ce ce nom qui m’avait conduit à ouvrir cette boîte de Pandore dans laquelle je découvrais la différence entre « exister », « s’exister » et « être exister »… J’avais donc décidé de faire exister ma sœur, puisque sa maîtresse ne l’avait pas fait, et au contraire, avait affirmé sa propre existence en opposant une censure picturale.
L’école n’était plus très loin. Le quartier semblait désert, aucune lumière derrière les volets ne flirtait avec la nuit. Les éboueurs, seuls, tiraient dans la torpeur de leur corps encore absent, les immenses poubelles qui déversaient avec fracas entre les dents de métal, les vomissures de la veille.
Je me glissais derrière la classe de pré fabriqué. Mon canif suffit à ouvrir la fenêtre. La salle était sage. Sage comme une élève aux bras croisés. Un plante trop discrète, étranglée dans un pot étroit — une plante de maîtresse — parut jeter un regard apeuré sur mon intrusion. Je ne pris pas le risque inutile d’allumer. Je cherchais le dessin de ma sœur. Il était là, parmi les autres, encore bouillonnant d’exaspération et de frustration. Je saisis les outils expiatoires dans mon sac, ma boîte de gouaches, des pinceaux, et une bouteille d’eau. Je me mis rapidement au travail, avec plaisir, avec une joie presque carnassière. J’habillai le cheval d’un limpide blanc. J’étais conscient que non seulement, je réparai une injustice, mais que je donnais naissance une seconde fois, aux espoirs d’une enfant. J’étais fier de moi.
Je ne sais pas si c’est cette fierté-là, qui me projeta dans une action nouvelle, et je dois l’avouer, relativement incontrôlée. Encore aujourd’hui, lorsque je le raconte, j’avoue être un peu honteux, mais paradoxalement je ne le regrette pas. Je me devais de le faire, pour tous les enfants du monde qui ont des maîtres ou des maîtresses qui les contraignent à peindre sur leur dessin le toit de la maison en rouge, « parce que les toits bleus, enfin, tu sais bien, n’existent pas ». Pour tous ces enfants là, le pinceau en main, j’étalais sur le tableau noir des certitudes, un cheval vert démesuré, avec, derrière lui, une maison sans murs, un chien avec cinq pattes, et un serpent porteur d’un chapeau melon.
Tandis que mes tubes se vidaient, mon allégresse s’amplifiait. Je me souvins alors, une seconde, (ou deux) du principe des vases communicants, et cette pensée fugitive rajoutant une jubilation nouvelle à mon état.

Cinq heures venaient de jongler dans la nuit qui se sauvait déjà. Il était temps que je quitte les lieux. Dans une trentaine de minutes, je retrouverai mes draps et mes espoirs d’adolescent, et déjà, j’imaginais de nouveaux combats…
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Messagepar becdanlo » Ven Sep 26, 2008 8:53 pm

Elle est belle ton histoire voyelle... elle fait du bien...

"Cinq heures venaient de jongler dans la nuit qui se sauvait déjà. "

L'imaginaire des mots...

:wink:
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Messagepar voyelle » Dim Sep 28, 2008 1:57 pm

Merci.
OUi, ce témoignage-souvenirs d'Azul m'avait interpellé, il était resté là, dans mes poches quelques temps.Je me devais d'en faire quelque chose...
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Messagepar azul47 » Dim Sep 28, 2008 8:12 pm

Merveilleux cadeau que tu me fais là, Voyelle, et je le prends pour moi.
J'ai lu ton texte hier soir, à mon retour d'Espagne. Il m'a beaucoup touchée.

Tu as un don pour les images, celle qu'a relevé Bec', quelques autres encore, comme "les vomissures de la veille entre les dents de métal..." J'ai toujours adoré les images.

Le phrase que je relève est : "elle avait blessé son cheval de noir, de rouge, son pinceau était devenu scalpel déchiquetant l’image de ses songes. " parce que c'était tout à fait ça.

Merci, Voyelle, d'avoir repeint mon cheval en blanc. Ce fut un crève coeur, je m'en souviens comme si c'était hier, d'être obligée de dénaturer ce rêve blanc. Tu me l'as rendu.
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Messagepar voyelle » Lun Sep 29, 2008 6:36 pm

Je reçois ton remerciement et tes phases avec émotion, jolies gouttes de miel dans mes veines. Oui ce texte est pour toi.

C'est vrai que ton témoignage avait agacé mes sens, tant je trouvai l'attitude de la maîtresse injuste, absurde voire castratrice d'imaginaire. C'était un peu comme si j'avais vécu la même chose, ou comme si j'avais été là, dans cette famille le jour là.

J'écris, Azul, plus ou moins régulièrement, (j'ai trois projets en travail ) et je suis convaincue que, de temps en temps faire ces petits jeux d'écriture contribuent à améliorer nos productions en cours. De même qu'effectuer des corrections sur le roman d'autrui, amène un regard critique encore plus pointu sur son propre travail.
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