J'écrivais déjà alors que...

Exercices et trésors d'imagination sur consigne

J'écrivais déjà alors que...

Messagepar voyelle » Mer Jan 28, 2009 5:22 pm

Nous voici repartis pour un petit jeu d'écriture, comme promis, il sera tout simple.
Il s'agit de se replonger dans nos sensations d'écriture, des souvenirs, et le matériel qui s'y rattache :
Des objets : Plumes, feutres, cahiers, stylos, encre, cartables...
ou(et)
Des lieux : École, (classe ou cour) table de devoirs à la maison,
chemin...
ou (et)
Des couleurs, l'encre bleue, violette, le stylo à quatre couleurs, les couleurs des fleuves de la carte de France (ou d'ailleurs)...
ou (et)
Des odeurs, la craie, le feutre, l'encre, les fleurs de la maîtresse...

Appuyez vous sur vos sensations, fermer les yeux un instant, souvenez-vous, et racontez nous vos premières lignes, ou celles qui vous ont le plus marqué... Une histoire d'écriture.

Allez, c'est parti. C'est y pas joli ?
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Messagepar becdanlo » Mer Jan 28, 2009 11:21 pm

Citation:
Appuyez vous sur vos sensations, fermer les yeux un instant, souvenez-vous, et racontez nous vos premières lignes, ou celles qui vous ont le plus marqué... Une histoire d'écriture.

Allez, c'est parti. C'est y pas joli ?


Oui, oui, il faut simplement se souvenir.... se... ça vient :wink:
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Messagepar becdanlo » Ven Jan 30, 2009 12:35 pm

Bon, je ne vais surement pas répondre à la consigne… mais déjà gamin je comprenais tout de travers (rire)

Ce qui m’inspirait, quand j’étais gosse, c’était déjà les usines délabrées, les friches industrielles, les voies ferrés… du reste à force de penser à ce que je pourrais dire au sujet de ce jeu d’écriture… j’ai fini par rêver d’un endroit qui m’inspirait autrefois : les bords de la Marne à Charenton dans la banlieue est de Paris où ma maman m’entrainait dans des marches forcée de plusieurs heures (pas étonnant ma fringale de marches depuis – rire). Et je me souviens que mon premier « poème intérieur » (que je n’ai jamais couché sur papier) parlait des « palans enchainés » des grues de déchargement des péniches. Plus tard, j’aimais lire Reverdy où je retrouvais un peu de « mon » univers.
Les sens sont en éveils lorsque nous sommes tout jeune… ils deviennent des souvenirs plus tard…
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Messagepar voyelle » Sam Jan 31, 2009 7:11 pm

Bec dans la Marne disait
Bon, je ne vais surement pas répondre à la consigne… mais déjà gamin je comprenais tout de travers (rire)

Effectivement, la consigne a été mise à la consigne :)
Cependant, tu as écrit un texte en lien avec les souvenirs, où la place de la salle de classe est absente. Pourquoi ne pas alors, "creuser" un peu plus alors dans ce sens, odeurs de la Marne, sensations, cette marche à pieds forcée, bruits de l'herbe qui se foule, couleurs des voies ferrées, bruits des grues.... (...)

Tiens, moi, cela m'évoque un peu Simenon, cette affaire là.
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Messagepar becdanlo » Dim Fév 01, 2009 1:09 pm

Citation:
Tiens, moi, cela m'évoque un peu Simenon, cette affaire là.


Oui, sauf que... la Marne s'est plus large qu'un canal... et qu'il n'y a pas d'écluses pour gagner l'autre rive. A l'époque, il n'y avait pas de pont à cet endroit... je n'y suis plus retourné depuis des années. Il y a fort à parier qu'il y a maintenant un pont d'autoroute, de rocade, de tgv... et c'était important qu'il y ait cet inaccessibilité de l'autre rive... ce lointain.... c'est ce qui me plait dans les fleuves larges... comme le Gange (sourire)

Je ne suis pas très branché sur l'odorat que j'ai maintenant un peu perdu, plutôt les sons... qui permettent d'appréhender la profondeur de l'espace et des lointains justement. J'aime beaucoup les chiens qui aboient dans une forêt ou bien le chant d'un coq dans une vallée...

Citation:
Cependant, tu as écrit un texte en lien avec les souvenirs, où la place de la salle de classe est absente. Pourquoi ne pas alors, "creuser" un peu plus alors dans ce sens, odeurs de la Marne, sensations, cette marche à pieds forcée, bruits de l'herbe qui se foule, couleurs des voies ferrées, bruits des grues....


Quand aux voies ferrées, surtout quand elles sont désaffectées... je ne pense pas que les sens y soient pour grand chose... c'est la profondeur de l'espace temps, du souvenir et des images que cela m'évoquent... je peux "voir" à partir d'une vieille photo, d'une musique ou d'une gare abandonnée...

Hummm... c'était quoi déjà la consigne ? :oops:
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Messagepar voyelle » Dim Fév 01, 2009 2:55 pm

Bon, je vois, que je ne suis pas la seule à bien lire les infos :D

Au départ, la consigne était de :

.
Il s'agit de se replonger dans nos sensations d'écriture, des souvenirs, et le matériel qui s'y rattache :
Des objets : Plumes, feutres, cahiers, stylos, encre, cartables...
ou(et)
Des lieux : École, (classe ou cour) table de devoirs à la maison,
chemin...
ou (et)
Des couleurs, l'encre bleue, violette, le stylo à quatre couleurs, les couleurs des fleuves de la carte de France (ou d'ailleurs)...
ou (et)
Des odeurs, la craie, le feutre, l'encre, les fleurs de la maîtresse... [/i]

Il s'agissait de se souvenirs d'objets, d'odeurs, de lieux en lien avec l'école, et des mots qui s'y rattachent.
Mais étant donné que toi, tu es parti aux bords de la Marne, je t'ai proposé d'écrire des souvenirs autour de ce lieu, mais avec là, des odeurs, des bruits, des objets....

Suis-je claire ???
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Messagepar voyelle » Dim Fév 01, 2009 3:04 pm

Allez un court texte de Cavanna qui illustrera mieux mes propos :

"... nous autres, les grands, on écrit à l'encre avec de la vraie encre. Nous trempons nos plumes sergents-majors dans le petit encrier de faïence blanche en forme de pot de fleurs enfoncé dans le trou de la table étudié pour. La table est de chêne massif et trapu, on y grave son nom au canif, et si l'on est un vrai dur de dur, au Laguiol ou à l'Opinel...."
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Messagepar Philipum » Mar Fév 03, 2009 10:24 am

J'aimais ma chambre bleue, avec ses poutres, son plafond fuyant le long du toit, son odeur de bois. Je laissais toujours la porte-fenêtre entrouverte, et m'accoudais parfois à la ballustrade pour rêvasser ; je contemplais alors le Salève devant moi, sa base de calcaire défoncée par la dynamite, ses flancs boisés, les allées et venues du téléphérique, et le fameux château perché là-haut ; une toute petite maison blanche en vérité, je suis allé vérifier plus tard, malgré les panneaux annoncant propriété privée et chiens méchants.

J'écrivais assis à mon bureau, une bougie allumée. Parfois je n'écrivais pas, je jouais seulement avec la cire : je sculptais stalactites et stalagmites et forgeais trous et cravasses à l'aide d'un petit trombone que je chauffais à blanc. Parfois j'écrivais une lettre à mon amoureuse, sans jamais oser lui avouer que je l'aimais ; quelques années plus tard, je découvrirais avec déception qu'elle n'en valait pas la peine. Tard le soir, je couchais mes délires sur le papier à la lueur de la flamme, la chambre emplie de l'odeur de cire brûlée, mon reflet incertain me faisant signe sur la vitre ; en fond, la musique électronique du film de Christophe Colomb. J'écrivais sur la vie, je parlais de la mort, de la vieillesse, de l'extinction des dinosaures. Je m'imaginais plus tard, vivre avec une femme ; je jurais sur papier de ne pas oublier de prendre soin d'elle, et de moi-même, afin d'être fier de ma vie lorsqu'elle serait finie...
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Messagepar voyelle » Mar Fév 03, 2009 6:33 pm

Hoooooooo, super, le Fil de Pom, allez encore un peu, raconte, je n'ai pas envie que cela s'arrête, hoooooooo, allez encore un peu de cire, un peu de lumière et d'ombre, encore un bout de trombone qui creuse la bougie, encore des yeux qui voyagent, juste un petit bout Fil de Pom.
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Messagepar voyelle » Ven Fév 06, 2009 6:51 pm

La ronéotype

Au fond de la classe, elle trônait, toujours sur le même bureau, en attente.

Une fois par semaine, l’élève qui le désirait, créait un texte.
Écrire ou ne pas écrire, c’était vraiment un choix .
Moi, j’écrivais à chaque fois. C’était, je pense - avec les récréations - les moments qui m’intéressaient le plus.

Nous rédigions nos textes chez nous, sur la table du salon ou dans le secret de nos chambres.
Le lendemain, nous en faisions alors la lecture, debouts, sur l’estrade de bois qui craquait. Attentives, nos camarades écoutaient, un texte devant être choisi. Le vote s’effectuait à main levée. Le préféré était alors recopié sur le tableau. Mes textes ont été désignés bien souvent. Je devais - je suppose - en retirer une certaine fierté.
La craie blanche, je me souviens, entre mes doigts enfonçait sa tête sur le tableau vert foncé : Les pleins, les déliés. Il était essentiel d’écrire le mieux possible afin que toute la classe puisse lire avec facilité chaque mot. Ma main se recouvrait de la poussière blanche et douce de la craie, mais surtout de toute l’application qui j’y mettais.

Ces textes étaient corrigés et enrichis par les élèves. J’ai encore en tête certaines corrections. C’est très surprenant la mémoire :
Un arbre tout touffu...
—Ce n’est pas très beau !
avait dit la maîtresse.
— Comment pourrions-nous dire à la place ? Allez, les enfants, réfléchissez !
Les indexs se dressaient. Les timides, un peu hésitants, et ceux bondissant de joie, convaincus, convaincants, tellement droits qu’ils en deviennent presque arrogants.
— Madame ! Madame !
— Oui ?
— Bien touffu ?

je me souviens aussi d’un mot qui m’a longtemps fasciné qui avait été apporté par la fille d’une maîtresse. Françoise Rataud première de la classe. Toujours très sage. Même dans la cour, elle était sage.
— ... j’ai pris furtivement un fruit dans la coupe...
J’en avais eu la bouche ronde. De jalousie ? Je ne sais plus. Furtivement. Encore aujourd’hui lorsque ce mot résonne, je l’associe immanquablement à cet instant de cm2. C’est elle aussi qui avait ramené :
Alternativement. J’ouvrais et je fermais la porte alternativement.

Cela ne pouvait être que des mots sortis d’une mémoire d’adulte, avais-je - ou avions-nous ? - décidé en regardant sa silhouette d’enfant parfaite.

Soutenue par la classe, la craie rose de la maîtresse soulignait, gommait nos maladresses, interpellait nos connaissances. Les textes, sous nos yeux, se faisaient une beauté.

Lorsque la correction était achevée - l’une des fillettes qui formaient bien ses lettres - recopiait les lignes sur une feuille. J’étais peu sollicitée. Mon écriture n’était pas la plus adroite, bien au contraire. Rebelle, elle gesticulait, fâchée avec l’encre et les lignes.

L’lllustration du texte avait aussi sa place, l’auteure choisissant alors sa dessinatrice, bien souvent sa meilleure copine.

Enfin, le jour essentiel était là. Au fond de la classe, la maîtresse-magicienne appliquait le texte dans la machine. La ronéotype tournait. L’odeur de l’alcool se répandait entre les têtes avec un léger parfum d’encre. Tandis que les fenêtres devaient être ouvertes, les lourds rideaux verts impassibles ne sourcillaient pas. Enfin, les feuilles séchaient sur les bureaux, pas très longtemps. le temps de la récréation, et du pain, du chocolat ou de la pâte de fruits.

Au retour des courses effrénées dans la cour, chaque élève recevait un exemplaire du texte. C’était excitant, joyeux. Nous placions la nouvelle histoire à l’intérieur de notre classeur qui se nourrissait ainsi chaque semaine.

Aujourd’hui, après des dizaines d’années, je possède toujours ce classeur en carton rouge et noir. Posé sur une étagère, il est la mémoire de mes premiers signes, des signes qui font signe au temps.
Des mots en violet qui étonnent quelquefois mon présent....
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Messagepar Ishtar » Ven Fév 06, 2009 7:44 pm

Et c'est ainsi que l'on forme de futurs journalistes. Excellente méthode que celle pratiquée par ton institutrice Voyelle.
Beaux souvenirs que ceux là...
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Messagepar becdanlo » Sam Fév 07, 2009 6:26 pm

humm... les mots de Philippe... déjà une histoire d'amour avec les mots...

Quant au texte de voyelle, nous voila déjà dans l'édition: du texte à l'impression en passant par les corrections. Étonnant.

Moi, je n'ai pas un souvenir si idyllique avec l'écriture... déjà c'est vrai j'étais souvent hors sujet... et mon plus beau succès dans le genre, je le dois à un plagiat. Sur le sujet "faite votre autoportrait" je m'étais inspiré d'un passage du "Caporal Epinglé" de Jacques Perret. L'envie d'écire m'est venu très tardivement.

:wink:
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