Chapitre 6

Le coin à Shoun

Chapitre 6

Messagepar Shoun » Sam Fév 23, 2008 11:18 pm

Chapitre 6


Trois chevaux d’une robe blanche magnifique attendaient calmement dans une écurie d’une taille impressionnante. Ratak Douglar était en train de finir de seller la troisième monture quand les trois aventuriers entrèrent dans la pièce. Le Général considéra le trio avec curiosité et une pointe d’amusement. Comme il commençait à se faire tard, ils avaient tous les trois revêtu une chaude cape de voyage. Le Grand Conseiller marchait en tête, suivi de près par la Mage Blanche et sa meilleure amie. Ratak ne connaissait pas leur destination, mais était persuadé que, où qu’ils aillent, ils ne passeraient sans doute pas inaperçus. La taille imposante du Conseiller, et l’aura bienveillante qui se dégageait de la Grande Mage suffiraient à attirer bien des regards. Seule la jeune fille qui se tenait à leurs côtés semblait plus à même de traverser un village sans que tous les visages soient tournés vers elle.
Shoun dévisageait également le Général, n’ayant eu que de rares occasions de l’apercevoir seulement de loin. Il n’était pas aussi grand que Perdénon (en même temps, il fallait avouer que le dépasser n’était pas chose facile), mais n’en restait pas moins impressionnant. Même équipé de sa légère armure de bronze, on devinait aisément qu’elle abritait un tas de muscles assez important, qui avaient dus écraser bien des adversaires. Ses cheveux bruns qui lui descendaient juste en dessous des oreilles donnaient à sa coiffure un air un peu ébouriffé, un peu comme s’il venait d’affronter un vent au souffle puissant. Ses grands yeux marrons se déplaçaient avec la vitesse d’un loup des bois qui chercherait sa proie, furetant de tous côtés.
Lorsqu’il prit la parole, sa voix était basse et rauque, et Shoun se demanda comment il s’y prenait pour lancer des ordres sur le champ de bataille. Peut-être s’économisait-il, justement, en pensant aux futurs combats.
« Vos chevaux sont prêts. Sir, je vous ai choisi le plus robuste. Je n’ai aucune idée de la distance que vous comptez parcourir, mais j’ai pensé qu’il valait mieux qu’il soit costaud pour supporter votre poids non négligeable durant votre voyage.
Shoun ne put retenir un début de fou rire qu’elle tenta de rendre le plus discret possible. Alors que Ratak présentait à Yuna sa monture, Shoun s’approcha de Perdénon et lui donna un coup de coude dans les côtes.
- Un poids non négligeable, répéta-t-elle en parlant si bas que seul le Conseiller était capable de l’entendre.
- Je ne suis pas gros, se défendit-il du mieux qu’il le put. Ce sont ma taille et ma forte ossature qui accroissent mon poids.
- Une forte ossature, murmura à nouveau Shoun. De mieux en mieux.
Avant que Perdénon n’ait le temps de répliquer, elle s’éloigna de lui et rejoignit Ratak Douglar, qui l’attendait près du troisième animal. Le Conseiller, de nature rancunière, se promit silencieusement de se venger à la première opportunité qui s’ouvrirait à lui. Il avait l’habitude d’être taquiné par la jeune alchimiste, mais il ne se laissait pas faire et lui rendait toujours la monnaie de sa pièce.
- Et voici pour la jeune demoiselle, poursuivit Ratak. Un cheval léger, rapide et gracieux. Il s’appelle Rayon. Sans doute l’une de nos meilleures bêtes. Ayez confiance en lui, et vous pourrez faire ce que vous voulez avec. Franchir tous les obstacles, sauter par-dessus les cours d’eau, enjamber un tronc, marcher sur tous les chemins et à travers tous les paysages imaginables…
- Merci, Sir, le coupa Shoun. Je pense que j’aurai tout le temps de découvrir ses incroyables capacités en chemin.
Le Général fut un peu surpris d’avoir été interrompu de la sorte, mais il ne broncha pas. Après avoir glissé les rênes du cheval entre les mains de la mystérieuse fille qui était censée avoir le rôle de l’assistante durant leur périple, il inclina légèrement la tête et prononça un « bonne chance » à peine audible.
Shoun attendit que le Général soit sorti de l’écurie pour examiner un peu plus sa monture. Elle avait rarement vu de cheval aussi beau. Celui qu’elle montait lors de ses entraînements, elle le trouvait trop maigre. L’animal qu’elle avait devant les yeux était robuste et musclé, mais elle était persuadée que sa puissance ne nuirait pas à sa rapidité. La robe du cheval était blanche comme de la neige, et à l’aide d’un bon brossage, elle aurait certainement ébloui les personnes qui s’en seraient trop approchées. La jeune alchimiste comprit pourquoi la bête portait le nom de Rayon, mais cela ne l’empêcha pas de le considérer comme fort peu original.
La monture de Yuna était semblable à la sienne, si ce n’est qu’il paraissait moins dynamique que Rayon. En revanche, celle de Perdénon était probablement un destrier appartenant au Zenith. Sa taille était beaucoup plus impressionnante que celle des deux autres, et ses charges devaient sans l’ombre d’un doute être mortelles.
Rayon secoua sa crinière et tapa du sabot, comme pour illustrer son impatience. Après lui avoir caressé le museau, Shoun monta sur son dos avec une agilité dont elle était la seule à en détenir le secret. Déterminée à montrer qu’elle était à la hauteur d’accompagner les deux mages blancs les plus puissants de l’époque, elle talonna le cheval et prit la tête du trio. Perdénon la suivait de près, alors que Yuna gambadait tranquillement quelques mètres derrière eux, s’imprégnant de la beauté du parc une dernière fois avant de le quitter, même si elle savait qu’elle y reviendrait dans peu de temps.

La nuit étant proche, les rues de Kaïsha se vidaient petit à petit. Il ne restait sans doute pas grand monde dehors, pourtant Shoun accéléra l’allure. D’un coup de talon, elle incita Rayon à se mettre au trot. Les douze sabots claquaient sur les dalles de pierre, troublant le silence de mort qui pesait sur la ville. Le bruit de leur fracas résonnait tellement que Shoun avait peur qu’il ne fasse sortir les habitants, inquiétés par ce martèlement incessant. Et puis, peut-être qu’il valait mieux qu’ils ne sachent pas que la Mage Blanche venait de quitter le Zenitium. C’est pour cela qu’elle avait hâte de sortir de la cité, pour échapper à la population trop curieuse et pouvoir être libre de ses mouvements.
Yuna avait raison : elle passait beaucoup trop de temps enfermée à l’intérieur. A présent que la ville s’offrait toute entière à elle, elle regrettait de ne pas profiter plus souvent de la splendeur de Kaïsha. Et elle ne doutait pas une seconde qu’elle serait d’autant plus émerveillée lorsqu’ils se retrouveraient en pleine Nature.
Shoun voulut engager une conversation, mais lorsqu’elle jeta un coup d’œil à son amie, elle estima préférable d’attendre qu’ils aient dépassé les portes de la ville. La Mage Blanche regardait avec anxiété de tous côtés, comme si elle s’attendait à voit surgir un mage noir à chaque coin de rue.
Perdénon, lui, avait une allure très distinguée sur son cheval. Ceci s’expliquait sûrement par le fait qu’il ne dirigeait sa monture que d’une seule main, qu’il se tenait un peu trop droit sur sa selle, et qu’il regardait droit devant lui, guettant l’horizon.
Ils arrivèrent ainsi rapidement aux portes de la ville. Les gardes, en découvrant à qui ils avaient à faire, s’écartèrent promptement pour céder le passage au drôle de trio que constituaient Shoun, Yuna et Perdénon. Perdénon avait jugé préférable de ne pas s’aventurer dans la forêt à une heure si tardive, leur progression en serait ralentie et rendue plus périlleuse. C’est pourquoi ils continuèrent à chevaucher dans les Plaines Verdoyantes qui s’étendaient dans leur immensité à perte de vue. Le bruit des sabots étaient étouffés par l’herbe, et la progression facile par la végétation peu abondante. Quelques arbres trônaient, par-ci par-là, mais se trouvaient suffisamment espacés l’un de l’autre pour pouvoir circuler facilement.
La jeune alchimiste mourrait d’envie de lancer Rayon au galop et de parcourir la Plaine à vive allure, mais elle se força à s’abstenir et à conserver le rythme du trot. Du moins pour l’instant. Après tout, elle avait dit à Ratak qu’elle avait l’intention de tester les capacités du cheval, non ?
Ce fut après un certain temps que Yuna décida de s’arrêter au pied d’un arbre. Ils n’avaient pas vraiment parlé durant le court trajet qu’ils avaient effectué. Cependant, ils se trouvaient assez loin de Kaïsha pour ne plus qu’en distinguer la silhouette. A l’Ouest, le Soleil avait déjà disparu de moitié derrière l’horizon, laissant apparaître l’un de ses magnifiques couchers. Des vagues orangés, rougeâtres et roses se dessinaient sur la pelouse verte de la Plaine.
La pause avait été choisie près d’un énorme Aratronk aux feuilles bleutées. Son feuillage était si compact que s’il avait plu, il aurait suffit de se placer en dessous pour ne pas être mouillé. Les feuilles retombaient gracieusement en d’épaisses lianes solides sur lesquelles on pouvait aisément s’en servir pour s’y balancer sans risquer de se rompre le cou. Ce fut ce moment que Shoun estima le meilleur pour tester les performances de Rayon. Elle flatta l’encolure du cheval et lui murmura à l’oreille.
- J’imagine que tu as envie de te dégourdir les pattes, Rey’ ?
L’adresse de Shoun à son cheval n’échappa pas à Perdénon, qui attendait impatiemment l’heure de sa revanche. Il bondit sur l’occasion, pendant que Yuna descendait de sa monture pour marcher un peu.
- Puis-je me permettre, Miss. Vous parlez à votre cheval ? Et vous lui donner un surnom ? ne put-il s’empêcher de remarquer avec une pointe d’ironie.
- Oui, lui répondit Shoun d’un ton neutre. Je ne trouve pas que Rayon soit original, même si j’aime bien ce nom. Rey’, ça fait plus… personnalisé !
Cette fois, il ne put retenir un sourire que Shoun ne manqua pas de remarquer.
- Qu’y a-t-il de drôle à cela ? s’étonna-t-elle.
- Rien, rien.
- Et le votre, il arrive à supporter le poids de votre forte ossature sans trop d’efforts ?
Piqué au vif, Perdénon répliqua immédiatement.
- Il me porte sans aucune difficulté. Je le trouve même étonnamment rapide.
La perche que le Conseiller lui tendait était tellement tentante que Shoun la saisit sans hésiter une seconde de plus.
- Il n’est certainement pas plus rapide que le mien. Rey’ est totalement imbattable en course, j’en suis persuadée. Voulez-vous tenter l’expérience ?
Yuna, qui venait de revenir près d’eux, avait entendu la proposition de son amie.
- Perdénon, vous n’allez quand même pas…
Mais le Conseiller s’était déjà redressé sur son destrier et avait empoigné fermement les rênes. La jeune alchimiste était fière d’avoir réussie à atteindre un point sensible. Elle continua de taquiner Perdénon indirectement en s’adressant à son cheval.
- Ne t’inquiète pas, Rey’. On en aura vite fini. Ni la silhouette de Perdénon, ni celle de son cheval ne sont adaptées pour réussir à nous dépasser.
Yuna agrippa le bras de Perdénon, mais celui-ci la repoussa gentiment.
- Perdénon, quel âge avez-vous, bon sang ! Faites preuve d’un peu de maturité, et ne réagissez pas à cette provocation !
Shoun l’observait avec un regard plein de malice, sachant qu’il ne changerait pas d’avis. Elle le connaissait trop bien, il ne pouvait refuser le défi qu’elle lui proposait.
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Messagepar Shoun » Sam Fév 23, 2008 11:18 pm

Dès son arrivée au Zenitium, la jeune orpheline s’était tout de suite entendue avec le Grand Conseiller. Une complicité était rapidement née entre eux, et ils avaient beau n’avoir jamais réussi à se tutoyer, ils prenaient un malin plaisir à se taquiner mutuellement. Yuna avait eu beaucoup de mal à s’habituer à ce nouveau comportement de Perdénon, ayant toujours eu l’habitude de le voir si sérieux d’ordinaire. Mais l’arrivée de Shoun avait bouleversé les habitudes du Conseiller et ses manières de procéder, et même si quelques tics nerveux persistaient toujours en lui, il s’était beaucoup plus détendu ces six dernières années qu’il ne l’avait fait durant toute sa vie. Son attitude protectrice envers la nouvelle venue en avait même réussi à faire jalouser la Mage Blanche, qui avait, contrairement à Shoun, grandi comme une princesse, assistée en permanence et satisfaisant ses moindres désirs. Elle avait eu du mal que Perdénon la délaisse un peu, mais ce relâchement l’avait permis de changer et de sortir de l’assistanat dans lequel elle avait baignée pendant les onze premières années de sa vie.
C’était ainsi que Yuna assistait, impuissante, à ce spectacle qui en aurait surpris plus d’un. Elle avait encore beaucoup de peine à croire que Shoun avait réussi à convaincre Perdénon de faire la course avec elle. Ses suspicions s’envolèrent lorsqu’elle entendit son Conseiller prononcer ces mots.
- Vous regretterez de vous être moqué de moi, Miss. Jusque l’arbre là-bas, puis le premier qui revient jusque Yuna et qui la dépasse. Oui ?
Shoun n’arrivait pas à dissimuler la fierté qu’elle éprouvait. Cela avait été si simple ! Elle regarda l’arbre que Perdénon lui montrait. Il était assez éloigné de l’endroit où ils se trouvaient, ce qui promettait une belle course. Mais Yuna ne l’entendait pas de cette oreille, et n’avait pas le cœur à l’amusement.
- Comment pouvez-vous penser à faire une stupide course de cheval, comme le font les gamins de dix ans, alors que certaines personnes sont peut-être en train de mourir ? Comment pouvez-vous, en cette période, avec les mages noirs qui sont partout… Perdénon, faites quelque chose !
- Yuna, tu exagères, répondit Shoun avant que le Conseiller n’ait le temps d’ouvrir la bouche. Mages noirs ou pas, il y aura toujours des gens qui mourront. Et si l’on doit y penser à chaque fois que l’on souhaite faire quelque chose, on risque de passer toute notre vie sur une chaise, à se lamenter sur le sort de chacun.
Ce que son amie venait de dire n’était pas faux, ce fut pourquoi Yuna ne tenta pas de répondre. Perdénon n’ajouta rien, car sa réponse aurait été semblable à celle de Shoun.
- Tu participes ? lui proposa son amie.
Yuna secoua la tête, illustrant la négation.
- Il faut bien qu’il y ait un arbitre, répondit-elle avec un petit sourire, pour montrer qu’elle était en accord avec ce que son amie lui avait fait comprendre juste avant.
Cette remarque eut visiblement un effet réconfortant sur la jeune alchimiste, qui pensait avoir vexé la Mage Blanche en lui faisant regarder la réalité en face. Soulagée, elle se retourna vers Perdénon.
- Prêt ? le défia-t-elle.
Le Conseiller, dans un élan de grâce et d’élégance distinguée, prouva son approbation en ôtant sa cape et en la lançant aux pieds de Yuna. Voyant l’air étonné des deux jeunes filles, il se sentit obligé de se justifier.
- C’est pour gagner de la vitesse, expliqua-t-il. Le vent s’accroche aux capes, cela pourrait me ralentir.
Shoun pouffa de rire, mais ne tenait pas à s’éterniser là-dessus. Elle avait hâte de prouver à Perdénon qu’elle était meilleure que lui dans ce domaine.
Les deux chevaux, dans un élan de puissance et de fougue, s’élancèrent au galop au même moment. Rayon ne tarda pas à prendre la tête et la distance entre les deux concurrents se creusa rapidement. La jeune fille, serrant bien l’animal entre ses cuisses, s’était penchée pour qu’il puisse accélérer plus aisément. Lorsqu’elle se retourna, elle constata joyeusement que le destrier de Perdénon était loin de posséder la rapidité de Rayon.
- J’ai l’impression que votre cheval se trouve quelque peu ralenti. Serait-ce à cause de votre forte ossature ? lui lança-t-elle ironiquement.
Une vingtaine de mètres derrière Rayon, Perdénon galopait sur sa monture. En réalité, son cheval était capable de donner bien plus de vitesse, mais le Conseiller n’avait pas l’habitude de monter souvent, et il n’aimait pas la façon dont il était ballotté. Il avait du mal à garder l’équilibre, craignant à chaque seconde de se retrouver éjecté du dos de l’animal.
Parcourant la pleine à vive allure, Shoun décida de ralentir un peu pour pouvoir profiter de la beauté du paysage. Elle était à présent toute proche de l’arbre où le demi-tour était censé s’effectuer, et, Perdénon ayant beaucoup de retard sur elle, elle passa le cheval au trot le temps de le contourner tranquillement. Ce ralentissement n’avait pas échappé au Conseiller, qui décida de tenter le tout pour le tout. Il donna un coup de talon dans les flancs de l’animal, qui, dans un hennissement, accéléra violemment la cadence.
Shoun avait tout d’une cavalière émérite. Elle suivait le mouvement de son cheval avec une aisance à en faire jalouser les meilleurs guerriers du Zenitium. Elle fut surprise lorsque, derrière elle, la voix de Perdénon retentit.
- Alors, vous fatiguez, Miss ?
La jeune fille se retourna. La distance entre Rayon et la monture de Perdénon avait considérablement diminué, et le Conseiller se rapprochait à vue d’œil. Elle incita donc son cheval à repartir au galop pour distancer son adversaire. Rayon secoua sa crinière et repartit de plus belle. Mais Perdénon n’avait pas dit son dernier mot. Shoun ne parvenait pas à le distancer, il se rapprochait même. Doucement, mais sûrement.
Yuna observait, ses pensées oscillant entre l’amusement et l’inquiétude, les silhouettes des deux cavaliers. Ils avaient dépassé la moitié du parcours, et elle les distinguait de plus en plus nettement. La course des deux chevaux, qui suivait celle du Soleil, elle la suivait paisiblement du regard. La scène était magique, les sabots rebondissaient élégamment sur l’herbe ; et les Aratronks renforçaient cette idée de plénitude ainsi que cette connotation de splendeur et de féerie.
A présent, Shoun et Perdénon chevauchaient côte à côte. Le Conseiller était finalement parvenu à réduire la distance à néant. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne semblait réussir à prendre la tête de la course. La jeune fille sentait que Rayon avait encore la possibilité d’atteindre la vitesse supérieure, mais ne savait pas si le destrier de Perdénon en était également capable. Abandonnant ses réflexions derrière elle, elle chuchota à l’oreille du cheval.
- Allez, Rey’, courage, nous y sommes presque. Encore un petit effort, et nous avons gagné ! On ne peut quand même pas laisser Perdénon nous voler la victoire !
Rayon ne se fit pas prier pour montrer toute la puissance dont il était capable. Il s’élança sans hésiter à sa vitesse maximale, et Shoun dû s’accrocher de toute la force dont elle était capable pour ne pas tomber de son dos.
Perdénon tenta de la suivre, mais Rayon filait comme une flèche et était impossible à rattraper. N’étant plus qu’à quelques mètres de l’arbre, Shoun se retourna pour s’assurer que Perdénon était assez loin. Mais, de ce fait, elle ne put voir la liane qui pendait de l’une des branches de l’arbre juste devant elle.
Le superbe cheval blanc franchit la ligne d’arrivée sans sa cavalière sur son dos. Le Conseiller arriva quelques secondes plus tard et s’arrêta juste à côté de Yuna. La liane qui retenait la jeune fille prisonnière l’avait attrapé juste au niveau de l’estomac, et elle fut soulevée dans les airs sans avoir le temps de comprendre ce qu’il lui arrivait. Perdénon sauta à terre et se planta devant la pauvre Shoun accrochée sous la branche. En se débattant, elle s’était empêtrée d’une telle façon qu’elle n’arrivait plus à se décrocher. Le Conseiller ne put retenir un rire discret, et leva ses bras vers la liane.
- Si j’étais vous, je m’accrocherez, conseilla-t-il à Shoun. Ca risque de secouer un peu.
Shoun ne préférait pas penser à ce que Perdénon allait faire pour la sortir de là, mais de toute façon, elle n’avait pas le choix. Cette fois, elle fut bien heureuse que Perdénon soit aussi grand, elle put ainsi s’accrocher à son cou. Il agrippa la liane à deux mains et tira d’un coup sec dessus. Elle n’opposa aucune résistance et, l’instant d’après, il y eut un petit bruit mat lorsque Shoun percuta le sol.
- Je suis navré, Miss, mais c’était la liane ou vous. Je ne pouvais pas vous tenir, et si je l’avais fait, vous auriez passé la nuit dans cet arbre.
Tout sourire, il lui tendit une main chaleureuse et la tira sans peine pour l’aider à se relever. Yuna observait le ciel, et décréta qu’il était trop tard pour continuer à avancer ce soir. Et puis, elle était également un peu fatiguée, mais elle ne précisa pas ce détail.
Ce fut ainsi que le campement se dressa au pied de l’Aratronk. Perdénon se chargeait d’allumer un feu, tandis que Shoun installait les sacs de couchage et fouillait dans les réserves pour sortir de quoi se restaurer. Yuna, elle, tournait autour de l’arbre en prononçant des formules de sortilèges de protection. Un cercle blanc apparut autour d’eux, et un voile semblant tomber du ciel les enveloppa, rejoignant le sommet de l’arbre au pourtour du cercle.
Une fois les préparatifs terminés, le trio s’installa près du feu et dîna tranquillement tout en discutant et observant le Soleil finir sa descente progressive derrière l’horizon.
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Messagepar becdanlo » Dim Mar 02, 2008 12:49 pm

Wouha! Le défi à cheval est magnifique!
C'est drôle, j'ai écrit une scène un peu semblable (sauf le coup de la liane) et je dois dire que ta version ne manque vraiment pas d'allure.

Au sujet de la "lenteur" dont tu parles en commentaire de ton précédent chapitre... ce n'est pas un handicap, bien au contraire... c'est ce que j'appelle le "souffle"... celui qu'il faut avoir pour les longues distances.

Je suis toujours émerveillé par ton style... je me demande juste ce que ça va être dans quelques années... tu as vraiment l'étoffe d'un écrivain! Ne me dis pas que tu vas aussi faire médecine... et ne plus avoir le temps d'écrire? :lol:
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Messagepar Christian Domec » Dim Mar 02, 2008 1:29 pm

Bonjour,
becdanlo a écrit:
Ne me dis pas que tu vas aussi faire médecine... et ne plus avoir le temps d'écrire?


On en avait déjà parlé à propos de Perrine ? Non ?
Deux me viennent immédiatement à l'esprit : Rabelais et Céline... Mais en passant la requête "écrivain médecin" on trouve ceci :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9g ... C3%A9decin
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Messagepar Shoun » Dim Mar 02, 2008 5:32 pm

Ah non, je n'ai pas l'intention de faire médecine ! :shock:

Déjà, je vais m'orienter vers la voie Littéraire, alors... :)

Sinon, merci pour vos réponses, mais mon texte doit tout de même être retravaillé, notamment le début.
Je compte rattacher le Chapitre 2 au premier, et l'améliorer.
Ensuite, je vais aussi changer quelques répliques de Perdénon trop puériles.
Et puis, quelques petits trucs qui clochent ^^
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Ne pas faire médecine... la Voie des Lettres

Messagepar Diego Ortiz » Dim Mar 02, 2008 7:00 pm

La liste est intéressante sur wiki, mais on se perd un peu entre Nostradamus, Jung, Dolto, Hamburger, etc. qui ont beaucoup écrit et publié mais dans un registre qu'il est difficile de qualifier de proprement littéraire (quoique je découvre grâce à vous que le néphrologue Jean Hamburger y est probablement venu vers la fin). Comme souvent sur wiki cette liste aurait besoin d'une mise à jour.

Quant aux chemins qui mènent ou du moins préservent une vocation littéraire, je les imagine très variés. Beaucoup de mes amis d'enfance se sont dirigés vers une licence et certains un doctorat en lettres, mais se sont fait aussi bien que moi confisquer au passage le temps et l'énergie d'écrire. J'en connais un seul qui soit devenu un écrivain publié et présenté comme tel, de cette bande assez nombreuse, et encore le fait-il en dehors de son métier d'enseignant.

Je trouve l'antienne de Virginia Woolf, "avoir une chambre à soi", toujours le plus pertinent des conseils. Cela implique beaucoup de conditions tout au long d'une vie, sans doute, dans tous les domaines, personnel aussi bien que professionnel. Et nécessite sans doute d'y penser à chaque embranchement dans nos décisions : "Oui, mais comment vais-je pouvoir garder cette chambre"?...

J'ai l'impression qu'au-delà de la question de la voie suivie dans les études, la profession, et ainsi de suite, il doit y avoir quelque chose de l'ordre du tempérament, d'un certain équilibre dont personnellement je n'ai pas été doté, avec une tendance à m'immerger dans ce que je fais, et ne revenir à la surface, à l'air, que pour plonger vite dans un nouveau bain. Et je crois qu'il faut aussi une bonne dose d'affirmation de soi dans les relations intimes ou proches. Défendre cette chambre attire forcément des accusations d'égoïsmes ou autres stigmates.

Je trouve cette discussion importante et intéressante, Shoun, car comme il a été dit plus haut, et bien que je ne me considère pas comme expert et n'aie encore lu les chapitres que tu nous livres qu'un par un, tu me sembles avoir des dons certains, et me donnes aussi l'envie de t'exhorter à les cultiver, à ne pas les brader inconsidérément pour autre chose.

Cela fait un petit moment que je réfléchis à cela ici, et dans ma vie, et à propos d'autres jeunes talents, et me demande si mes intérêts thérapeutiques du moment, je pense à la thérapie narrative, ne convergent pas avec cette question, en dehors de l'accroche au mot "narratif". Je résume outrancièrement pour la cause : il existe dans chacune de nos vies, et dans les phénomènes sociaux, ce que l'on peut désigner comme des scénarios, comme pour l'élaboration d'une oeuvre. Beaucoup de personnes malades, malheureuses, traumatisées, souffrent d'un déficit chronique dans leur capacité à demeurer autant que possible les auteurs de leurs scénarios préférentiels, et le processus de la thérapie consiste à tenter avec eux de repérer des ouvertures possibles dans le filet qui a l'air de les enserrer dans leur situation présente.

On recherche pour cela, par exemple, des "moments d'exception" dans leur existence antérieure ou actuelle (comment ils rêvaient leur avenir quand tout paraissait encore possible, etc., y compris en remontant très loin dans l'enfance pour cela si nécessaire), et aussi des "pensées", "attitudes", d'exception. Lorsque le monde est devenu uniformément muraille et que plus personne ne vous considère vraiment comme un être à part entière, dans le malheur et la dépression, il s'agit d'un énorme travail, de fourmi. Je ne m'étends pas davantage ici.

Le plus intéressant, dans cette idée qui est indissociable de notre contexte social et culturel commun, dont elle émerge depuis quelques années, me semble qu'elle est applicable de manière prospective. Oui, à chaque étape il me paraît utile de mettre à part un peu de temps de réflexion, d'enquête, de rêve, d'introspection, pour ne pas céder à la tentation de suivre le vent au risque de laisser les murs de la chambre de Virginia Woolf dans l'état de la maison de Cadet Roussel.

Suis-je clair ? Cette manière de voir est à la fois nouvelle et non, selon le point de vue. Elle est difficile à exposer théoriquement et par écrit. Il n'est pas question seulement de maîtrise de soi et de son environnement, mais de cultiver une sorte d'intuition à propos du fil de la vie à venir, qui parte du principe qu'on a déjà forcément saisi et perdu de nombreuses chances d'infléchir son cours dans la direction désirée, et que certains enseignements se dégagent, pour soi, de la prise de conscience de la manière dont nous avons opéré nos choix, afin de demeurer l'auteur de nos scénarios préférés de vie dans la mesure du possible - sachant que cette mesure ne dépend pas seulement de nous et que le compromis demeure la règle.

Bon, je ne suis pas sûr de m'être bien exprimé, et me demande ce que tu en penses et ce que vous en pensez. Une autre métaphore est celle de l'émigration choisie, par exemple. La prise de conscience de la priorité et de l'urgence de tel ou tel type d'attachements, d'investissements. Bref...

Amicalement
D.O.
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