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Chapitre 9

MessagePosté: Ven Mar 07, 2008 2:23 pm
par Shoun
Il n'est pas encore fini, mais je tiens à le mettre de suite, étant donné que je pars Dimanche matin en classe de neige pour une semaine.

Alors, au cas où je n'aurais pas le temps de le finir avant, voici le début :)



Cela faisait deux jours que la Mage Blanche avait quitté Kaïsha pour se rendre dans les Terres du Nord, et pourtant, la cité continuait à vivre dans l’ignorance de son absence. Le départ avait été tardif et discret, pour éviter d’inquiéter les habitants, après la tuerie qui avait eu lieu au sein de la ville elle-même.
Kaïsha s’endormait donc sereinement, les habitants tâchaient de regagner leurs demeures avant la soirée. Il n’en resterait qu’un seul dehors. Un étranger arrivé la veille, venu d’un lointain village de l’Est : Adan.
Lorsqu’il s’était réveillé, deux jours auparavant, étendu sur le sol de son salon, il avait réellement pris conscience, après s’être remis du choc, que sa vie ne tenait plus qu’à un fil.
En ne laissant qu’une brève lettre à sa femme, il se rendit immédiatement au Port, véritable plaque tournante commerciale de Spira. Par chance, il y connaissait un vieil ami voyageur, qui lui prêta sans hésiter son embarcation, en lui garantissant qu’il arriverait à Kaïsha avant la tombée de la nuit. Heureusement, il ne posa aucune question sur la raison de cette nécessité de se rendre aussi loin de chez lui.
Malgré ses suspicions, Adan avait embarqué sur le minuscule bateau de bois, auquel étaient reliées d’épaisse chaînes métalliques qui disparaissaient sous la surface de l’eau. En réalité, il n’avait pas vraiment le choix, c’était pour l’instant la seule possibilité qui s’offrait à lui d’arriver à Kaïsha avant deux jours, et il n’avait pas de temps à perdre.
Le voilier s’était soudainement mis à remuer, et, sans que le villageois n’ait le temps de comprendre, s’élança à toute vitesse sur l’eau. Adan se cramponna à l’avant de la coque, et jeta un coup d’œil aux chaînes qui s’étendaient devant lui. Visiblement, elles tiraient le bateau !
Adan trouva la réponse à sa question lorsqu’un énorme Dragon des Mers d’un bleu lapis-lazuli pailleté d’une beauté éblouissante bondit hors de l’eau, dans un mouvement plein de grâce et de puissance, avant de replonger, pour entraîner le bateau encore plus vite sur les flots qui dansaient devant lui.
L’animal était doté d’une force extraordinaire, et Adan sut qu’il arriverait à destination avant la nuit, comme le lui avait prédit son ami. Rassuré, il finit par apprécier d’être tiré à toute vitesse par une splendide créature, perdu au milieu de nulle part, ne distinguant qu’une étendue bleue à perte de vue.
Ce fut en fin d’après-midi qu’il aperçut enfin la terre. Le port ne se situait qu’à environ une lieue de Kaïsha, et le villageois décida de s’y rendre le lendemain à pied. De toute façon, il était trop tard pour continuer le chemin actuellement.
Il passa la nuit dans la barque de son ami, et cette soirée-là, il était certain de ne jamais l’oublier. Il avait passé plusieurs heures, le port dans son dos, à regarder l’immensité de la mer s’étendre devant lui, et d’admirer les étoiles scintillantes vagabonder à travers le ciel. Comme pour mettre un point d’honneur à ce spectacle magique, il avait libéré le Dragon des Mers, qui prenait un immense plaisir à bondir hors de l’eau, et retomber sans aucune éclaboussure. Il laissa même Adan lui caresser la tête, en le fixant de ses grands yeux de diamant. Le villageois aurait bien volontiers oublié pourquoi il était venu si une brusque bourrasque de vent froide ne le lui avait pas rappelé.
Il se remit en route le lendemain, si tôt qu’il en devança même le Soleil, et, laissant le Dragon en liberté jusqu’à son retour, il prit la route de Kaïsha. Ce fut après une bonne heure de marche qu’il aperçut enfin l’immense cité se dresser devant lui.
Adan en était tout ému. Habitué à son village natif, il n’avait jamais eu l’occasion de s’aventurer loin en dehors de ses terres, et la grandeur de la ville le laissait bouché bée. Cependant, il n’était pas venu pour admirer le paysage. Tout en jetant tout de même de rapides coups d’œil aux rues qu’ils parcourait, il parvint au Zenitium, après s’être égaré trois fois dans de petites ruelles étroites.
Sur l’échelle de la grandeur, le bâtiment en atteignait aisément le sommet. Adan ne trouva que le mot « gigantesque » pour qualifier ce qu’il avait sous les yeux. Mais ce n’était pas le moment de rester planté comme un crétin devant la porte. Même si la journée n’en était qu’à son commencement, il sentait déjà l’heure fatidique approcher, et il craignait fortement de ne pas être à la hauteur de la tâche qu’Elle lui avait confiée.
De nature naïve, Adan parvenait à maintenir en lui un mince espoir de réussite. Il avait beau n’être qu’un pauvre villageois dont l’existence demeurait inconnue pour tous les habitants de Kaïsha, il restait persuadé que tout n’était pas perdu d’avance.
Ce fut un mage blanc qui interrompit sa promenade dans le parc pour venir lui ouvrir la grille, voyant qu’il attendait derrière, plongé dans ses réflexions. Un peu vexé de ne pas avoir pu entrer par ses propres moyens, il suivit tout de même l’homme, sans vraiment en connaître la raison, qui l’amenait vers l’intérieur du bâtiment.
« C’est pour quoi ? demanda sèchement le magicien.
- Euh, j’aimerais parler à la Mage Blanche en personne, se risqua-t-il, tentant le tout pour le tout.
- Pas là.
- Bon, et bien, quelqu’un de haut placé alors, si cela est possible
Le mage blanc lui jeta un regard mauvais et peu amical.
- Le Grand Conseiller n’est pas là non plus, répondit-il froidement.
- Et bien, quelqu’un d’autre ! C’est assez urgent, amenez-moi à quelqu’un, n’importe qui !
- Urgent, vous dites ? le questionna l’autre, subitement intéressé. Et bien, je suis là.
Adan dévisagea le magicien. Il n’avait aucune envie de continuer la conversation avec lui, cet homme ne lui inspirait guère confiance, avec son air hautain. Mais apparemment, il n’avait pas d’autre choix. Il prit une grande inspiration et se jeta à l’eau.
- Et bien voilà, c’est à propos des affiches. Vous savez, celles que vous avez fait publier dans tout le pays. Je viens vous…
- On pourrait savoir qui vous êtes au juste ? le coupa l’homme.
- Euh… Je m’appelle Adan. Je travaille comme poseur d’affiche. Je viens de loin. Mais, pourriez-vous me laisser continuer ? S’il vous plaît ?
Le mage blanc, blessé qu’un homme du Peuple ose lui parler de la sorte, doutait fort que son affaire puisse être intéressante.
- Donc, je viens vous demander de retirer vos affiches. Toutes. Qu’il n’en reste plus une seule dans tout Spira.
L’autre leva les sourcils.
- Vous êtes fou ? Qui êtes-vous, pour décider ainsi de ce que le Zenitium doit faire, villageois ? Ce n’est pas parce qu’elle ne vous plaît pas que nous allons l’ôter pour vos beaux yeux !
- Je vous en prie, c’est urgent. Ce n’est pas moi qui ne l’aime pas.
- Ah ? Qui donc, alors ? Qui est-ce que cela dérange ? Votre femme peut-être ? se moqua-t-il.
- La Mage Noire, répondit Adan, avec tout le sérieux dont il était capable.
Le mage blanc ne répondit pas tout de suite. Ses yeux s’agrandirent de stupeur à l’évocation la Tueuse. Puis, ses traits se détendirent, il se mit à pouffer.
- La Mage Noire, dites-vous ? Vous l’avez invité à prendre le thé, c’est cela ? Et elle vous a dit amicalement qu’elle souhaitait que ces monstruosités disparaissent ?
- Ne vous moquez pas de moi ! C’est vrai, je ne vous mens pas ! Elle me tuera si vous ne le faites pas !
- Et bien, allez donc mourir, Adan, et laissez-moi tranquille avec vos histoires. Je pense que vous avez un peu trop forcé sur votre dose d’alcool.
- Mais… S’il vous plaît…
Malheureusement, il était déjà trop tard. Le magicien ne croyait pas à ce que le pauvre Adan venait de lui raconter, et il l’amenait de force jusqu’à la sortie. Le villageois eut beau se débattre, le supplier, jurer qu’il disait vrai sur son honneur, sur sa famille, sur tout ce qu’il possédait. Il n’y avait plus rien à faire.
- Et n’essayez même pas de revenir ! lui lança l’autre en guise de dernières paroles. »
Puis, il tourna les talons et reparti en direction du bâtiment, tandis que la grille se refermait devant Adan dans un grincement de désespoir.

Le Soleil finissait lentement sa longue chute, et Adan était toujours dans la même situation. Totalement désespéré, il se força à abandonner. Après tout, pour maintenant, que lui restait-il à faire, à part attendre l’heure de sa mort ?
Il avait eu beau tambouriner des deux poings contre la grille, la secouer, hurler pour qu’on écoute ce qu’il avait à dire, menacer de passer par-dessus le mur - chose qu’il savait parfaitement impossible - , rien n’y fit. La grille s’obstinait à rester close et à lui interdire l’accès au Zenitium. Cette maudite grille qui causerait sa perte… Ce qu’il la haïssait ! Et cet homme, ce mage blanc, prétentieux et orgueilleux, avec son air suffisant, qui ne l’avait même pas laissé s’exprimer !
Sans en prendre conscience, il s’enfonça dans le dédale des ruelles mal éclairées. Après tout, peut-être qu’elle ne le trouverait pas ? Peut-être qu’elle le chercherait dans son village ? Peut-être aussi qu’elle avait quelque chose de plus important à faire ?
Après réflexion, tout en continuant à marcher sans vraiment le vouloir, Adan raya une à une chacune de ces possibilités. Elle le retrouverait, coûte que coûte, il en était certain.
L’extrémité supérieure de l’immense sphère orangée disparut derrière sa cachette, et la ville fut plongée dans l’obscurité. La température chuta brutalement, et le vent s’engouffra sans plus attendre dans Kaïsha, comme s’il s’était impatienté durant tout le jour, attendant l’heure de son entrée, quand le Soleil serait parti.
La fin approchait. Il regrettait de ne pas avoir laissé une lettre plus explicite à sa femme. Il s’en voulait d’avoir été trompé par sa naïveté, et d’avoir osé croire qu’il y avait un espoir. Et il avait beau se répéter que ce n’était pas de sa faute, qu’Elle ne lui avait pas laissé le choix, il continuait à se maudire, inlassablement. Il voulait revoir son enfant, son fils unique, et lui dire combien il l’aimait, et à quel point il trouvait en son doux visage innocent la force de continuer à avancer. Il désirait prendre sa femme dans ses bras, et lui déverser tous les mots d’excuse dont il était capable, pour lui faire comprendre à quel point il était désolé, désolé de ne pas lui avoir expliquer ce qu’il s’était passé.
Mais tout cela, il ne pourrait plus jamais le faire. Le sort en avait décidé autrement. Il mourrait cette nuit, sans les avoir revu ; et peut-être même ne sauraient-ils jamais pourquoi et comment il serait mort.

Il attendait, immobile et tête basse, avec pour seules compagnes ses pensées obscures. Pour vivre ces dernières heures, il avait décidé de se rendre dans un parc qu’il avait repéré en allant au Zenitium.
Il ne mourrait pas dans son village, là où il avait toujours vécu. Il ne voulait pas que son corps sans vie reste ici, dans une ville qui n’était pas la sienne. Mais le destin avait choisi à sa place. Et, par élimination, il avait préféré mourir dans la Nature, ou du moins, quelque chose qui en était proche.
Un son perturbant le silence de mort qui régnait le fit relever la tête. Quelque chose s’agitait, là-haut, dans le Ciel. Une forme sombre et inquiétante se déplaçait dans l’océan que formaient les étoiles. Cette élégance dans le mouvement lui rappelait vaguement quelque chose. Le Dragon des Mers ! Oui, c’était ainsi qu’il se déplaçait, avec une grâce incomparable, et une souplesse unique. Ce ne pouvait être que lui !
Brusquement envahi d’un élan euphorique, Adan s’était levé et suivait du regard l’animal qui tournoyait lentement au dessus de sa tête en formant de grands cercles.
Mais son espoir naissant s’effondra aussi vite qu’il était apparu. C’était impossible que cette créature soit celle qui l’avait amené à Kaïsha. Les Dragons des Mers étaient dépourvus d’ailes, ils disposaient uniquement de nageoires.
« Comment cela est-il possible ? Je pensais que les dragons vivaient dans les montagnes. Pourquoi celui-là se trouve-t-il en ville ? Et pourquoi tourne-t-il autour de moi de la sorte ? »
Il n’eut pas le temps de se poser plus de questions. L’animal changea soudainement de direction, et disparut derrière un épais nuage, avant de démarrer une brusque descente en piqué, en partie dissimulée par les arbres du parc.
Il n’y eut aucun bruit indiquant qu’une créature si grosse venait de se poser, non loin de lui. Un dragon dans le parc ? Ne ferait-il pas mieux de prévenir quelqu’un ? Il pourrait détruire la verdure, ou blesser un humain sans le vouloir ! Adan se reprit : à part lui-même, il ne devait pas y avoir foule dans le jardin. Cette idée d’errer seul en ce lieu, avec un dragon qui rôdait dans les environs, le fit trembler de terreur.
Une petite silhouette se dessina dans l’ombre des arbres et émergea peu à peu de l’obscurité. « La dresseuse du dragon ? se demande le brave homme. »
Mais il regretta rapidement d’avoir douté de l’identité de la personne qui venait à sa rencontre. Sa naïveté, une fois de plus, l’avait emportée sur lui.
Elle l’avait retrouvé.

Le villageois ne songea même pas à s’enfuir. A quoi cela aurait-il servi ? Elle ne mettrait pas longtemps avant de le rattraper.
Elle traversa la distance qui les séparait en un éclair et s’arrêta à moins d’un mètre de l’homme terrorisé.
« Alors, Adan ? demanda-t-elle simplement d’un ton froid.
En réalité, elle semblait déjà connaître la réponse. Adan avait l’impression qu’elle ne cherchait qu’à le torturer encore plus en le forçant à avouer qu’il avait échoué.
Le villageois parvint tout de même à lever les yeux vers elle. Il voulait regarder la Mort en face, maintenant qu’il avait accepté la sienne.
- Vous avez échoué ?
Cette phrase ressemblait davantage à une affirmation qu’à une interrogation.
Mais les mots ne venaient pas. Ils restaient coincés au fond de sa gorge, bloqués par une barrière invisible qu’il ne pouvait détruire. Ce fut seulement lorsque la Mage Noire s’approcha un peu plus de lui qu’un véritable raz-de-marée de paroles inonda son esprit.
- Non, non, ne me tuez pas, vous n’avez pas le droit. J’ai essayé, j’ai essayé de les convaincre, je vous le jure. Mais il n’a pas voulu me croire, cet imbécile, il s’est moqué de moi, il ne m’a pas pris au sérieux. S’il vous plaît, ce n’est pas de ma faute !
Adan se laissa tomber lourdement sur les genoux, envahi par un sentiment d’impuissance.
- Relevez-vous, ordonna-t-elle froidement. Comportez-vous comme un homme, Adan.
Comme il ne bougeait pas, elle le souleva en l’agrippant par son col. Cette horrible sensation refit soudain surface lorsque le villageois sentit le contact de sa peau glacée contre la sienne.
- Expliquez-moi ce qu’il s’est passé.
Et Adan lui raconta, tout, dans le moindre détail, sans hésiter ni réfléchir. Il lui relata sa rencontre avec le mage blanc. Sur la demande de son interlocutrice, il lui décrit l’homme qui l’avait accueilli, puis chassé sans ménagement.
- Avec une cicatrice au dessus de l’œil droit, vous dites ?
Adan acquiesça silencieusement, sans pour autant comprendre où elle voulait en venir.
- Niremberg, murmura-t-elle entre ses dents.
Adan la regarda avec étonnement.
- Vous le connaissez ? se risqua-t-il.
- Oui, je le connais, siffla-t-elle, si sèchement que le poseur d’affiches se recroquevilla sur lui-même. C’est une véritable ordure. Ca ne m’étonne pas qu’il ne vous ait pas laissé passer.
La petite lueur d’espoir qu’il tentait de maintenir en vie se raviva soudainement, à l’entente de ces mots. Finalement, peut-être qu’elle n’était pas si cruelle qu’il ne le pensait.
- Néanmoins, poursuivit-elle en haussant légèrement le ton avec un air autoritaire, vous n’avez pas fait preuve de beaucoup d’intelligence. Les mages blancs sont faciles à duper, vous savez, ajouta-t-elle plus bas avec un petit sourire effrayant au coin des lèvres.
- Je sais, avoua Adan. Je sais que je m’y suis mal pris, et je m’en veux, vraiment. Je voulais parler à la Mage Blanche en personne mais…
- Elle n’était pas là, le coupa la Mage Noire.
A nouveau, Adan fut surpris. Cette femme avait l’air d’être au courant de beaucoup de choses à propos du Zenitium, et d’une façon plutôt inquiétante.
- Elle a quitté Kaïsha il y a deux jours, accompagnée de Perdénon Voss. Et de sa meilleure amie, ajouta-t-elle après un court silence.
C’était hallucinant. D’où tenait-elle toutes ces informations ?
Voyant l’air ébahi du villageois, elle ajouta avec un sourire de satisfaction.
- Et vous seriez d’autant plus surpris si je vous dévoilais tout ce que je savais sur le Zenitium.
Le silence retomba. La dernière phrase de la Mage Noire ne présageait rien de bon pour l’avenir de Spira. L’angoisse saisit de nouveau le pauvre innocent lorsqu’il se remémora que sa vie demeurait en danger.
- Tout de même, reprit-elle, je reconnais que vous avez tenté (et elle insista sur ce terme) d’accomplir la mission que je vous avais confiée. Vous avez persévéré, même si cela n’a, au final, aboutit à rien. Il faut avouer que vous n’avez pas eu de chance de tomber sur Niremberg.
Adan tentait de rester impassible, attendant que le verdict ne s’abatte sur lui.
- Je vous accorde donc une seconde chance, Adan.
Les yeux du poseur d’affiches grandirent d’étonnement. Avait-il bien entendu ? Se moquait-elle de lui ?
- Sauf que, cette fois, vos chances de réussite seront bien plus élevées. Vous pouvez me remercier.
- Je vous demande pardon ? demanda Adan, sans avoir le temps de rattraper les mots qui s’échappaient de sa bouche, ce qu’il regretta aussitôt.
La Mage Noire la toisa méchamment et lui lança un regard d’une telle noirceur qu’il se promit de ne plus jamais lui adresser la parole de cette manière – quoi qu’il doutait fortement que l’occasion se présente à nouveau à lui - .
- J’ai dit, reprit-elle, exaspérée par l’incompréhension du villageois, que cette fois, vous y parviendrez. Parce que je viens avec vous.

MessagePosté: Ven Mar 07, 2008 5:53 pm
par Shoun
Voilà, je viens de finir ce fameux Chapitre 9.

Par contre, vous allez devoir attendre un petit moment avant d'avoir la suite, étant donné que je ne pourrais pas écrire la semaine prochaine :cry:





Adan avait du mal à réaliser la scène qui se déroulait actuellement. Il déambulait dans les rues de Kaïsha, les membres raidis et crispés par la terreur. La Mage Noire marchait près de lui, un peu en retrait, de façon à ce que le poseur d’affiches soit obligé de tourner la tête pour l’apercevoir. Il s’efforça de regarder droit devant lui et de ne pas se poser de questions. Après tout, il n’avait pas le choix. Il ne préférait pas imaginer la tête de Niremberg quand il débarquerait au Zenitium, accompagné de la Tueuse.
Il arriva devant la grille de l’immense bâtisse. Le villageois demeura interdit devant, sachant pertinemment qu’elle ne s’ouvrirait pas. Il s’était acharné dessus toute la journée, sans pour autant obtenir un résultat. La porte ne céderait pas, elle était scellée par de puissants enchantements. Ils n’avaient aucune chance de passer.
Pourtant, la Mage Noire la poussa comme s’il s’agissait de la grille de son propre jardin. La ferraille grinça sans opposer la moindre résistance.
Déconcerté, Adan n’eut d’autre choix que de suivre son accompagnatrice, car elle s’éloignait déjà vers le bâtiment. Quand ils arrivèrent devant la porte gigantesque, Adan s’arrêta de nouveau, hésitant à tenter de la pousser. Lorsqu’il l’avait vu faire, cela lui avait paru si facile, tout à coup !
Néanmoins, il s’abstint de tout commentaire et de toute tentative, qui seraient probablement vouées d’avance à l’échec. Il l’observa simplement, la vit une nouvelle fois ouvrir la porte avec une simplicité enfantine, puis s’effacer pour le laisser passer.
- C’est votre travail, après tout, lui rappela-t-elle. Je vous ai facilité l’accès. C’est à vous, désormais.
C’était donc cela. Et lui, imbécile comme il était, avait osé penser qu’elle entrerait avec lui ! Non, elle l’avait juste aidé à franchir les obstacles magiques. Maintenant, il ne pouvait plus que compter sur lui-même.
Il pénétra dans la pièce en évitant le regard qu’il sentait peser sur lui. Il fallut quelques secondes avant qu’il comprenne qu’il était pris au piège dans le Zenitium, lorsque l’ouverture se referma derrière lui dans un violent claquement.
Il hasarda quelques pas timides à l’intérieur. Le hall d’entrée était à peine éclairé, et il avait du mal à voir où il mettait les pieds.
- Je suis là, annonça une voix froide surgit de nulle part.
Adan sursauta et tourna sur lui-même, furetant du regard la pièce. Elle était totalement déserte.
- Qui… qui… qui est là ? bégaya-t-il.
- Qui voulez-vous que ce soit, bougre d’imbécile, lui répondit sèchement la voix, toute proche.
Le villageois sentait qu’Elle se tenait à côté de lui, mais il ne pouvait la voir. Elle était invisible.
- Prenez le couloir central, lui indiqua la Mage Noire. Nous devrions sûrement y rencontrer quelqu’un.
De moins en moins rassuré, Adan se remit en marche. Entendre des bruits de pas mais être dans l’incapacité de voir la personne qui les produisait le terrorisait, mais il tenta de ne pas y prêter attention. Plus vite ils auraient trouvé un mage blanc, plus vite il serait sorti de cet endroit. Ou du moins, il l’espérait.
Son cœur bondit de nouveau dans sa poitrine lorsqu’Elle réapparut sous ses yeux. Nullement inquiétée de pouvoir se retrouver à chaque instant entourée d’une centaine de mages blancs, elle poursuivit tranquillement son chemin, comme si elle n’effectuait qu’une simple promenade.
Pour la troisième fois en un laps de temps qu’il estimait trop court, Adan sursauta de frayeur lorsqu’une porte claqua dans le néant. La Mage Noire s’arrêta net, et tourna la tête en sa direction.
- Il est dans le hall, dit-elle. Demi-tour.
Le villageois, heureux de se rapprocher de la sortie, pivota, et ils revinrent sur leurs pas. Elle s’arrêta de nouveau à l’extrémité du couloir central.
- Allez-y. Je vous ai mâché le travail en vous l’apportant sur un plateau d’argent.
Adan respira un grand coup et s’avança dans le hall, sans réfléchir. L’homme qui s’y trouvait eut un mouvement de recul incontrôlé. C’était le même que celui qu’il avait rencontré au cours de la matinée.
- Encore vous ? s’exclama-t-il. J’ignore comment vous êtes entrés ici, mais je vous annonce que je vais vous expulser sur le champ.
- Mais… tenta Adan.
- DEHORS !
- Non, laissez-moi parler ! Je vous l’ai déjà dit, j’ai été envoyé par la Mage Noire, c’est elle qui m’a demandé d’aller à Kaïsha, pour enlever toutes les affiches du pays. Vous vous imaginez peut-être que j’ai fait le déplacement juste pour m’amuser ?
L’autre ne répondit pas. A vrai dire, il ne s’était pas vraiment posé la question.
- Vous devez me croire, insista Adan, de plus en plus confiant.
- Et puis-je savoir pourquoi je ferais une pareille chose ? Qu’est-ce qui m’oblige à vous croire, villageois ?
- Il faut que vous me fassiez confiance, répondit-il, en prenant conscience du poids de ses mots. Parce que sinon, vous le regretterez.
Le magicien hésita. Devait-il rire, ou prendre peur ? Après tout, cet inconnu était parvenu à franchir le portail magique. N’était-il réellement qu’un villageois ? Il opta finalement pour la première proposition, et éclata bruyamment d’un rire peu naturel. Adan resta planté là, le visage neutre, et attendit simplement que le mage reprenne son sérieux.
- Mais bien sûr, poursuivit l’homme. La Mage Noire, dites-vous. Invitez-la, la prochaine fois, j’aurais deux mots à lui dire !
- Je me suis donnée la peine de venir de moi-même, figurez-vous, répondit derrière lui une voix menaçante.
Joris Niremberg se retourna. La Mage Noire se tenait dans l’ouverture. Le magicien resta un instant bouche bée, incapable du moindre mouvement.
« C’est elle. Le villageois disait donc vrai. Mon Dieu, que vais-je devenir… Ca ne peut pas être réel, ça ne peut pas m’arriver, non, pas à moi ! »
Elle le regardait d’un œil amusé, se réjouissant de sa frayeur. Niremberg, n’y tenant plus, se retourna et prit ses jambes à son cou. Adan amorça un geste pour le rattraper, mais Elle fut plus rapide. D’un claquement de doigts, elle fit apparaître un trou noir sur le chemin du mage blanc, qui s’enfonça dedans sans avoir le temps de l’éviter. Le brouillard noir se redessina juste devant elle, et le magicien tomba juste sous son nez. Elle le saisit par le col, comme elle le faisait avec Adan, et le plaqua contre le mur.
Malgré le fait qu’il soit complètement paralysé, le villageois ne put retenir un sentiment d’admiration. Elle n’avait rien besoin de plus pour le maîtriser. Le simple effet provoqué par sa présence lui suffisait à terroriser ses adversaires. Et la magie n’y était pour rien.
Niremberg avait l’impression d’être prisonnier des glaces. Ses membres congelés refusaient de lui obéir, et le froid pénétrait jusqu’au plus profond de ses entrailles.
- Vous allez regretter de ne pas avoir cru Adan, lui souffla-t-elle.
- S’il vous plaît… Je ferai tout ce que vous voudrez, tout. Mais ne me tuez pas !
- C’est trop tard, Niremberg.
Le magicien trembla encore plus à l’entente de son nom. Il se sentait entièrement démuni face à la plus grande mage noire de tous les temps. Il ne parvenait pas à concentrer son énergie spirituelle pour lui lancer un sort. C’était comme si sa magie était, elle aussi, paralysée par le froid glacial qui régnait en lui.
Adan n’osait pas s’approcher. Ses pieds était cloués au sol et n’avaient pas l’air décidés à bouger. Il fut donc, malgré lui, témoin de l’horrible scène qui se déroula devant lui.
L’homme s’était mis à crier. Il hurlait à mort, à s’en déchirer les poumons. Les veines de ses poignets s’ouvraient, tant il les avait inconsciemment lacérés lui-même de ses ongles. Mais rien ne pouvait lui faire oublier la douleur qui le submergeait.
La Mage Noire s’était reculée, et le fixait simplement du regard. Puis, elle tendit ses deux bras devant elle, et les hurlements de Niremberg doublèrent d’intensité.
Adan avait du mal à réaliser que ce qu’il voyait était réel. L’homme reculait de plus en plus dans le mur, mais le bloc de pierre blanche ne se déplaçait pas d’un millimètre. Il entrait à l’intérieur ! La construction l’engloutissait petit à petit, et le corps de Niremberg s’enfonçait encore plus, à chaque seconde qui s’écoulait. Bientôt, seuls l’avant de son visage et sa main droite dépassaient de la paroi.
Le poseur d’affiches resta figé devant cette atroce et effroyable vision. Il comprit beaucoup mieux pourquoi la Mage Noire était tant redoutée.
Niremberg semblait toujours vivant, mais se trouvait dans un état lamentable. Ses mâchoires étaient bloquées par le mur qui l’écrasait tel un étau. Il parvint tout de même à articuler quelques mots.
- S’il vous plaît… Sortez-moi de là… Je ne peux plus… respirer… J’enlèverai les affiches… Je promets… S’il vous plaît…
Mais il ne put finir sa phrase. La pierre blanche envahissait sa chair, obstruait ses artères. Le mur s’emparait de lui, transformant ses poumons en de lourds rochers. L’intensité de sa souffrance était inimaginable. La vie s’ôtait peu à peu de son corps, dans d’interminables gémissements de douleur.
Un jeune scribe, réveillé par les cris de Niremberg, s’aventura dans le couloir avec un air inquiet et endormi. Lorsqu’il comprit la faute qu’il venait de commettre, il était déjà trop tard. Poussé brutalement par une force invisible, il glissa, contre son gré, jusqu’au visage du mage blanc qui continuait à disparaître dans les entrailles de l’architecture du bâtiment.
Le garçon crut tout d’abord à un cauchemar, en voyant le magicien derrière la paroi, la Mage Noire, qui portait toute son intention sur lui, et un inconnu qui attendait derrière, et qui n’avait pas l’air d’avoir sa place dans cette scène totalement insolite.
- C’est un vrai monde de fous ici ! s’écria le scribe, refusant de croire qu’il était éveillé.
Elle se tourna vers lui. Le regard qu’elle lui lança lui glaça le sang, et il recula de quelques pas timides, cherchant à s’éloigner d’elle. Mais, d’un claquement de doigts, les pieds du garçon se retrouvèrent prisonniers d’épaisses racines noires qui jaillirent du sol et s’enroulèrent autour de ses chevilles.
Adan était complètement perdu. Le nouveau venu avait raison, il se trouvait dans un monde de fous. C’était impossible à croire, et pourtant, la scène se déroulait bel et bien sous ses yeux.
Elle s’approcha du jeune adolescent, laissant la main et le visage de Niremberg sans vie derrière elle.
- Dis à tes supérieurs qu’ils ont intérêt à retirer toutes les affiches qu’ils ont publiées deux jours auparavant. Je n’en veux plus une seule. C’est compris ?
Le scribe la regardait avec des yeux terrifiés. Mais elle ne prit pas le temps d’attendre une réponse. Les hurlements de Niremberg n’avaient pas réveillé qu’une seule personne.
Déjà, les mages blancs débarquaient dans le hall, cherchant l’origine de ces cris qui avaient perturbés leur sommeil. Puis ils s’arrêtaient, tous au même endroit, comme si une barrière invisible les avait empêchée d’aller plus loin.
Certains, à la vue de la Mage Noire, repartirent aussitôt en courant dans la direction opposée. D’autres, au contraire, restaient paralysés, et se tenaient là, debout, plantés dans le sol, sans rien faire.
- Qu’est-ce qu’il se passe ? Poussez-vous, bon sang. Y a-t-il un problème ? Mais, bougez-vous, nom de Dieu ! Laissez-moi passer !
Ratak Douglar brisa le cercle et se stoppa net en la voyant. Elle fit quelques pas vers lui, et, dans un cri de frayeur, la foule recula d’un même mouvement.
Ratak lança un regard empli de larmes vers le mur, à l’endroit où Joris Niremberg était encastré.
- Non, non, sanglota-t-il. Joris…
Puis, laissant sa rage exploser, il se précipita sur la Mage Noire. Elle l’attendait de pied ferme, et n’eut aucun mal à l’esquiver d’un mouvement souple. Puis, abandonnant Adan, elle s’avança vers la sortie. D’un mouvement compliqué du poignet, elle enflamma la porte, tandis que Ratak peinait à se relever, encore étourdi par sa collision avec le sol.
- Ne la laissez pas s’échapper ! vociféra le Général. Attrapez-la, bon sang, nous sommes plus nombreux, bande de vermines !
Quelques rares courageux se détachèrent du cercle et coururent vers le Général pour l’aider à se relever.
- Pas moi, imbéciles ! Elle ! »
Tous les regards se braquèrent alors vers la sortie. La Mage Noire n’était plus à l’intérieur du bâtiment. Seul Adan l’avait vu s’enfuir à travers les flammes.
Un mage blanc se précipita vers le feu et parvint à créer un passage en séparant les braises ardentes qui dansaient devant lui.
Un à un, ils se précipitèrent tous dehors, ignorant totalement le villageois. Ne tenant pas à finir écrasé, il se joignit à la foule et sortit à son tour à l’air libre. Les gens couraient en direction du parc, bien décidés à le fouiller pour la retrouver.
Adan, quant à lui, fut le seul à l’apercevoir. Il reconnut la forme du dragon, et le vit se déplacer sous les étoiles, à la lueur de la Lune.
Totalement bouleversé, le villageois parvint tout de même à raisonner, et s’éclipsa silencieusement du Zenitium, pour repartir vers le Port, sans que personne ne se soit rendu compte de sa présence.
Les événements de la soirée défilaient en boucle dans sa tête, sans qu’il puisse les chasser. Et, malgré cette nuit qu’il n’était pas prêt d’oublier, il pouvait s’estimer heureux : il était toujours vivant.

MessagePosté: Ven Mar 07, 2008 6:10 pm
par becdanlo
Citation:
Par contre, vous allez devoir attendre un petit moment avant d'avoir la suite, étant donné que je ne pourrais pas écrire la semaine prochaine


Très bien, ca va nous donner du temps pour te lire :D

Bonne neige Shoun!!!

bec'

MessagePosté: Ven Mar 07, 2008 6:12 pm
par Ishtar
Attention de ne rien te casser... Amuses-toi bien

MessagePosté: Ven Mar 07, 2008 6:47 pm
par Shoun
J'espère revenir en entier oui :)

Et surtout avec mes bras, je veux pouvoir continuer à écrire :D

MessagePosté: Ven Mar 14, 2008 9:25 am
par becdanlo
Encore un chapitre bien mené.

La visite du poseur d'affiche au Zénitium et l'arrivée de la mage Noire sont très bien décrites. On s'installe dans le temps... on est libéré des contraintes du réel... les dragons volent... les portes s'ouvrent.... sur un univers onirique. Adan, confronté à une mission impossible s'avance courageusement... comme dans les contes initiatiques, son corps est faible mais son esprit reste tendu vers le but...

Encore de belles images comme ces chaînes qui plongent dans l'eau ou le vol du dragon au-dessus du parc.

:wink:

MessagePosté: Mer Avr 02, 2008 5:18 pm
par MarcFenek
Citation:
Malgré le fait qu’il soit complètement paralysé


Le pitit mot du pinailleur : d'une part, là, il faut un indicatif imparfait (le fait qu'il était) et non un subjonctif présent (c'est un fait et non une hypothèse).

D'autre part, surtout, c'est pas mal lourd comme structure, malgré le fait que blablabla.

Alors qu'avec un bon vieux substantif, ça devient plus fluide (du moins je trouve) : «Malgré sa paralysie complète» ou un truc du genre.

Enfin bon, vu le nombre d'élèves que j'ai eus qui disaient «Malgré qu'il soit», je vais pas me plaindre. :D