Chapitre 10

Le coin à Shoun

Chapitre 10

Messagepar Shoun » Sam Mar 08, 2008 6:29 pm

Finalement, j'ai eu le temps de commencer à écrire mon dixième chapitre.

Je vous fait donc partager ce début.




La porte s’ouvrit brutalement. Un messager fit irruption dans la pièce. Il ne devait pas avoir plus de douze ans car l’innocence de l’enfance se lisait aisément sur son doux visage.
Mais la personne qu’il cherchait n’était pas là. Quelques secondes plus tard, il était déjà reparti, et tambourina à la chambre voisine. Il se permit d’entrer sans attendre de réponse. Celle-ci n’était pas vide. Un homme d’une taille plutôt impressionnante était assis près de la fenêtre, une carte de Spira dépliée sur les genoux.
Mais quand le garçon était entré, ce n’était pas le parchemin qu’il était occupé à regarder, mais la jeune fille paisiblement endormie à ses côtés.
Lorsque le Conseiller avait entendu quelqu’un entrer, il s’était empressé de détourner le regard, sortant ainsi de sa rêverie pour se plonger de nouveau dans ses réflexions géographiques.
Le messager tendit le cou pour tenter d’apercevoir la Mage Blanche, mais elle ne se trouvait pas non plus dans cette salle.
« Oui ? l’interrogea Perdénon en repoussant ses petites lunettes rectangulaires au bout de son nez.
- Euh… bafouilla le garçon. Je cherche Miss Yuna. Vous ne sauriez pas où elle est, Monsieur ?
Le regard de l’enfant se porta de nouveau sur Shoun Shimino, dont la respiration soulevait légèrement la couette à intervalles de temps réguliers.
- Elle est avec vous, Monsieur le Conseiller ? ne put s’empêcher de demander le petit curieux, en désignant la jeune fille d’un signe de tête.
Perdénon Voss leva un sourcil. Qui était donc ce jeune garnement qui venait perturber sa tranquillité ? Il décida de ne pas répondre à sa dernière question.
- La Mage Blanche est sortie. Puis-je lui faire passer le message ?
- Non Monsieur, répondit poliment le messager. Il faudrait que je la voie en personne. C’est très important.
- Je lui transmettrai. Sais-tu qui je suis ?
Shoun entrouvrit ses paupières, réveillée par le bruit de la conversation.
- Oui, je le sais, Monsieur. Vous êtes Perdénon Voss. Je peux voir Miss Yuna ?
Vexé, le Conseiller lui indiqua qu’elle s’était rendue dans le village. Le garçon le remercia, et fila rapidement hors de la pièce.
Shoun le regardait avec une pointe d’amusement. C’était divertissant de le voir fulminer ainsi, sans qu’il se sache observé. Il remonta ses lunettes jusqu’en haut de son nez en ronchonnant et allait retourner à ses observations lorsqu’il remarqua que la jeune fille le regardait en souriant.
- Je ne veux aucun commentaire, dit-il distinctement avant qu’elle n’ait le temps de prendre la parole.
Honteux, il remonta la carte devant ses yeux pour ne pas être vu, en faisait semblant de se plonger dans des calculs compliqués.
La jeune fille se leva silencieusement et ôta d’un geste rapide l’atlas des mains de Perdénon.
- Vous n’allez quand même pas vous vexer pour ça, Perdénon. D’accord, je ne vous ai pas vu marmonner tout seul entre vos dents. J’avais encore les yeux fermés.
- Cela me gêne. Je vieillis trop vite.
- Ce n’est peut-être pas un signe de vieillesse précoce, vous savez.
Le Conseiller fit à nouveau glisser ses lunettes au bout de son nez et observa la jeune fille par-dessus.
- Que veux-tu dire par là ?
En voyant la tête de Perdénon, Shoun éclata de rire.
- Il ne vaut mieux pas que je vous le dise, vous allez être en colère contre moi. »
Elle annonça ensuite qu’elle allait s’habiller, et laissa le Conseiller seul avec son parchemin.
Perdénon, après l’avoir suivi du regard jusqu’à la sortie, avait finalement replié soigneusement sa carte, puis l’avait remise dans son sac.

« Perdénon ?
Le regard perdu dans le vide, le Conseiller releva la tête.
- Qu’y a-t-il, Miss ? dit-il en s’adressant à Shoun qui venait de revenir dans la pièce.
- Vous ne sauriez pas où est Yuna ? Je veux dire, où elle est exactement ?
- Non, je regrette, répondit-il en secouant la tête. Je n’en ai pas la moindre idée. Elle m’a juste prévenu qu’elle allait à l’extérieur. Le village n’est pas bien grand, tu sais, nous pourrons la retrouver facilement. Pourquoi ?
- J’aurais aimé savoir ce que le messager avait à lui dire, dit-elle distraitement, tout en se peignant les cheveux devant la glace.
Il s’approcha d’elle et la prit par les épaules.
- Tu es bien sûre que nous pouvons reprendre la route maintenant ?
- Oui, Perdénon, je vais bien, nous pouvons repartir de suite. Je vais chercher Yuna.
Elle lui sourit gentiment et quitta à nouveau la pièce. Rassuré, Perdénon jugea nécessaire de démarrer le plus vite possible, afin de retrouver un village avant la tombée de la nuit du lendemain. Il rassembla leurs affaires qu’il rangea dans leurs sacs respectifs. Il saisit le peigne que Shoun avait laissé sur la commode pour l’ajouter à sa sacoche. L’objet, taillé finement dans un bois mauve que Perdénon ne connaissait pas, semblait si fragile que le Conseiller préféré le placer dans une poche intérieure pour ne pas l’abîmer.
Il trouva une cachette dissimulée par une doublure de tissu. Elle n’était pas vide. Il tâta la pochette avec précaution. A travers l’épaisseur, il sentit des solides de forme ronde, et, en les remuant, il les entendit s’entrechoquer dans un bruit cristallin.
La curiosité fut plus forte que lui. Que contenait donc ce renfoncement ? Ayant conscience que son acte n’était pas raisonnable, il plongea sa main à l’intérieur de la poche et saisit l’une des boules. Il la sortit et l’observa sous la clarté de la lumière.
C’était une sphère à peine plus petite que son poing, entièrement faite de cristal. Elle était d’un bleu clair envoûtant, et à l’intérieur, une vapeur de la même couleur tournoyait lentement sur elle-même.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? A quoi cette chose sert-t-elle ? »
Mais il n’eut pas le temps de l’observer plus longuement. Shoun fit brusquement apparition dans la pièce, le sac de Yuna à la main.
- Vous venez ? lui demanda-t-elle.
Elle baissa ensuite son regard vers la main du Conseiller qui maintenait toujours la sphère.
- Ca ne vous dérange pas, dites-moi, de fouiller dans mes affaires ?
Perdénon, prit la main dans le sac, ne répondit pas.
- Je ne vous croyais pas comme ça ! Rendez-la moi !
D’un geste violent, elle le bouscula et la lui arracha des mains. Puis, après avoir vérifiée que l’objet était intact, elle le rangea dans son sac, ainsi que son peigne, qui traînait à terre, là où Perdénon l’avait laissé.
Il fit quelques pas vers elle et tendit les bras, mais elle le repoussa brutalement.
- Fichez-moi la paix, Perdénon ! cria-t-elle, furieuse.
- Ecoutez, Miss, écoutez-moi. Je ne voulais pas, je cherchais simplement à ranger votre peigne pour vous ramener votre sac.
- Elle n’est pas sortie de la poche toute seule !
Le Conseiller baissa la tête.
- J’avoue, j’ai mal agi, Miss. Je m’en veux, sincèrement.
- Vous avez beau vous en vouloir, vous l’avez fait quand même ! poursuivit-elle sur le même ton.
Perdénon prit un air si désolé qu’elle eut pitié de lui, et s’en voulut de s’être emportée.
- C’est juste que je ne voulais peut-être pas que vous les voyez, ajouta-t-elle d’une voie adoucie.
- Pourquoi donc, Miss ?
- Je… Je ne peux pas vous le dire. Pas pour l’instant, je regrette. Tout de même, ajouta-t-elle après un silence, vous avez eu de la chance de ne pas la briser.
En réponse au regard interrogateur de Perdénon, elle poursuivit.
- Un jour, peut-être, vous le saurez.
- Mais bon sang, Shoun, pourquoi ne veux-tu pas me dire de quoi il s’agit ?
- Parce que vous ne me croiriez pas, répondit-elle mystérieusement. »
Avatar de l’utilisateur
Shoun
 
Messages: 73
Inscription: Mer Jan 16, 2008 4:00 pm
Localisation: Quelque part dans le Nord de la France

Messagepar becdanlo » Sam Mar 08, 2008 6:37 pm

Bravo Shoun!

Tu es un "Geyser" de l'écriture... ça fait plaisir à voir!

:wink:
Avatar de l’utilisateur
becdanlo
 
Messages: 6907
Inscription: Ven Nov 23, 2007 2:20 am
Localisation: Grenoble

Messagepar Shoun » Sam Mar 08, 2008 9:58 pm

Un geyser :shock:

Merci pour la comparaison... :?

(non non, je plaisante :roll: )

J'écris trop vite ?
Avatar de l’utilisateur
Shoun
 
Messages: 73
Inscription: Mer Jan 16, 2008 4:00 pm
Localisation: Quelque part dans le Nord de la France

Messagepar becdanlo » Sam Mar 08, 2008 10:21 pm

Shoun a écrit:
J'écris trop vite ?


Non, pas du tout... je suis épaté c'est tout!
La rapidité serait même une qualité...

Je n'ose même pas dire depuis quand je n'ai plus rien écrit :cry:
Avatar de l’utilisateur
becdanlo
 
Messages: 6907
Inscription: Ven Nov 23, 2007 2:20 am
Localisation: Grenoble

Messagepar Shoun » Sam Mar 08, 2008 10:27 pm

En même temps, j'ai certainement plus le temps d'écrire que toi.

J'imagine que tu travailles ^^
Donc tu as forcèment moins de temps libre.

Marié peut-être ? Des enfants ?

Enfin, peu importe, en étant adulte, je comprends que l'on puisse avoir moins de temps pour écrire.

Pour ça que je profite maintenant :D
Avatar de l’utilisateur
Shoun
 
Messages: 73
Inscription: Mer Jan 16, 2008 4:00 pm
Localisation: Quelque part dans le Nord de la France

Messagepar becdanlo » Dim Mar 09, 2008 8:54 am

Shoun a écrit:
En même temps, j'ai certainement plus le temps d'écrire que toi.

J'imagine que tu travailles ^^
Donc tu as forcément moins de temps libre.

Marié peut-être ? Des enfants ?

Enfin, peu importe, en étant adulte, je comprends que l'on puisse avoir moins de temps pour écrire.

Pour ça que je profite maintenant :D


Bin, détrompe-toi: au contraire j'ai beaucoup de temps :lol:
Les personnes qui ont peu de temps sont obligées d'être organisées, de planifier leurs activités... moyennant quoi, elles sont beaucoup plus "productives". La contrainte du temps n'est pas forcément une mauvaise chose, elle pousse à se bouger :D
Mais je pense que la capacité à écrire dépend aussi d'autres choses plus subtiles... que j'effleure de temps en temps, ici ,dans le becdanlo's blues ou des questionnements comme " écrit-on parce que nous ne sommes pas satisfaits du réel"...

Mais revenons aux "Lumières Obscures"!

:wink:
Avatar de l’utilisateur
becdanlo
 
Messages: 6907
Inscription: Ven Nov 23, 2007 2:20 am
Localisation: Grenoble

Messagepar Ishtar » Dim Mar 09, 2008 9:25 am

Citation:
Mais bon sang, Shoun, pourquoi ne veux-tu pas me dire de quoi il s’agit ?

C'est vrai cela Shoun.... il va falloir attendre la suite après ton retour des sports d'hiver.
Un indice avant ton départ, ceci afin de ne pas nous laisser sur notre faim durant une semaine ! :wink:
Avatar de l’utilisateur
Ishtar
 
Messages: 3773
Inscription: Sam Nov 24, 2007 9:48 am
Localisation: Bruxelles

Messagepar becdanlo » Ven Mar 14, 2008 9:43 am

Un chapitre 10 (quoi déjà 10? :lol: ) qui démarre bien.

La dignité de ce pauvre Perdénon en prend encore un sacré coup... la curiosité est un bien vilain défaut... mais au fait, c'est quoi ces boules que trnaportent Shoun? :lol:

En espérant que tes vacances se sont bien passées!

:wink:
Avatar de l’utilisateur
becdanlo
 
Messages: 6907
Inscription: Ven Nov 23, 2007 2:20 am
Localisation: Grenoble

Messagepar Shoun » Dim Mar 23, 2008 12:42 pm

Une légère brise tourbillonnait dans les ruelles du village, faisant voler les feuilles mortes qui jonchaient le sol. Emmitouflés dans leurs capes de voyage, Shoun et Perdénon parcouraient les allées à vive allure en jetant de rapides coups d’œil à chaque intersection. Ils finirent par la repérer, à quelques centaines de mètres du village, au beau milieu de la clairière dans laquelle aimaient gambader Rayon et ses deux acolytes. Assise dans l’herbe, elle regardait avec espoir le Soleil s’élever de plus en plus haut, surplombant la plaine.
Consciente de la présence de ses deux amis, elle leur parla d’un ton qui sonnait faux, comme si elle ne croyait pas les paroles qu’elle prononçait.
« Le messager est venu m’annoncer qu’il y avait eu une nouvelle attaque à Kaïsha, cette nuit.
- S’en sont-ils, une fois de plus, pris à une famille innocente ? demanda le Conseiller.
- Non Perdénon, cette fois c’est différent. Et c’est bien pire.
Malgré le poids de ces derniers mots, le grand homme avait du mal à se concentrer sur cette affaire. Son esprit était resté focalisé sur l’objet intriguant qu’il avait eu sous les yeux quelques instants auparavant. Shoun, quant à elle, attendait patiemment que son amie poursuive ses explications.
- C’est pire, Perdénon, répéta Yuna. La Mage Noire est entrée au Zenitium.
Les précédentes pensées du Conseiller furent emportées par les souffles de vent qui s’agitaient au dessus d’eux.
- Je te demande pardon ?
- Je ne plaisante pas, c’est sérieux. Elle a réussi à entrer. Et elle était seule.
- C’est impossible, Miss. La Mage Noire ne peut pas franchir le seuil de notre bâtiment.
- Perdénon, ils sont une centaine à l’avoir vue dans le hall d’entrée ! Alors, impossible ou pas, c’est bien réel.
Le Conseiller ne trouva pas de réponse. Shoun suivait silencieusement du regard les deux interlocuteurs qui s’échangeaient des mots à tour de rôle. Un silence gêné s’installa entre Yuna et Perdénon, qui mélangeaient leur regard avec un air désemparé. La Mage Blanche relata ensuite tout ce que le petit messager lui avait confié. Les évènements de la soirée furent bientôt connus de tous les membres du trio. Ils accordèrent une minute de silence à la mémoire de Joris Niremberg.
- Perdénon, je ne sais pas ce que je dois faire, lui avoua Yuna. Dois-je rentrer ? J’ai comme l’impression qu’elle sait que je suis loin de Kaïsha. Ma présence limitera-t-elle les attaques ?
- A quoi bon, Yuna. Tu ne peux pas être partout. Si les mages noires ont l’intention d’attaquer la ville, ils le feront, que tu sois là ou pas. Nous sommes partis maintenant, et nous approchons des Terres du Nord. Poursuivons notre chemin, revenir en arrière n’est jamais bon. Qui sait ? Peut-être trouveras-tu les réponses à tes questions en allant voir le Prophète. »
Yuna approuva silencieusement. Ce fut le cœur serré par une lourde décision qu’elle se remit en marche avec ses deux amis, en priant pour un avenir meilleur.

Le Soleil avait beau taper fortement, il ne parvenait pas à réchauffer les voyageurs, et encore moins leurs cœurs. Cela faisait plusieurs heures qu’ils chevauchaient dans la Lande Morte, et ils ressemblaient plus à des villageois errants qu’à des membres du Zenitium. Tous avançaient tête basse, sans échanger une seule parole, chacun perdu dans ses propres pensées. La Mage Blanche était sans doute la plus à plaindre des trois. Son corps se laissait traîner, impuissant, tandis que son esprit tentait vainement de s’accrocher ailleurs, quelque part derrière elle, et de puiser un zeste vital de souvenirs heureux.
Shoun était convaincue d’être perdue dans ce désert solitaire, où un silence effrayant écrasait l’atmosphère. Le paysage se ressemblait de toute part, ce n’était que terre morte et racines desséchées qui s’étendaient à perte de vue, avec un sol qui devenait de plus en plus craquelé au fur et à mesure qu’ils le piétinaient, comme s’il menaçait de se fendre à chacun de leur pas.
Ce lieu sinistre n’avait rien de rassurant, et la jeune fille avait hâte d’apercevoir les montagnes au loin. Mais selon Perdénon, ils n’arriveraient pas avant le lendemain soir. Elle réfléchit donc à l’avenir pour tuer le temps, et à la tournure que les évènements prenaient sur Spira.
Ce fut lorsque le Soleil s’était considérablement approché de l’horizon que le Conseiller accéléra l’allure sans prévenir. Machinalement, les deux amies adoptèrent ce nouveau rythme, et le trajet se poursuivit, toujours sans que personne ne prononce un seul mot. Shoun sentait naître un mal-être oppressant au sein du groupe et tentait de trouver une solution pour détendre l’atmosphère. Mais, durant leur deux heures de course contre la lumière, elle ne trouva rien. Les idées qui germaient dans sa tête, elle les laissait s’envoler avec la brise, craignant de blesser Yuna si elle les mettait à exécution.
La pause fut décidée au pied de ce qui paraissait être un arbre, ou du moins ce qu’il en restait : un vieux tronc rapiécé et noirci, complètement tordu, aux branches difformes et fragiles. La jeune fille vint à se demander s’il pouvait y avoir de la vie dans un morceau de bois si peu accueillant.
La nuit fut difficile pour le trio. Le sommeil n’était pas facile à trouver parmi cette Nature avare en végétation. Instinctivement, Shoun se coucha auprès de Rayon pour bénéficier d’un peu de chaleur. Cela lui paraissait stupide, mais son cheval lui semblait être sa seule source de réconfort, en cette sombre nuit, alors qu’ils étaient seuls avec eux-mêmes, au milieu de nulle part. Yuna ne dormait pas non plus, et ne cherchait pas à le cacher. Les yeux grands ouverts, elle s’était redressée et, enveloppée dans sa couverture, elle interrogeait de ses yeux de braise la grande Lune rousse qui s’offrait à elle. Quant à Perdénon, ses pensées n’avaient probablement jamais été aussi obscures qu’en cette nuit de fin d’automne. Adossé contre le flanc de son destrier, ses profonds yeux bleus étaient dirigés vers Kaïsha. Et Shoun, en l’observant, était persuadée que son regard suffirait à apaiser la ville entière.

Les membres ankylosés, Shoun souleva ses lourdes paupières avec difficulté lorsqu’elle sentit la tiédeur des premiers rayons matinaux caresser sa peau. La nuit avait été fort désagréable, les muscles tendus de la jeune fille témoignaient de la dureté du sol sur lequel ils s’étaient finalement assoupis. Elle était la première à s’être réveillée : Yuna et Perdénon avaient lutté contre le sommeil pendant de longues heures, mais ce dernier avait finalement pris l’avantage, et les avait emmené de force dans un autre monde, au fin fond de leur subconscient. La Mage Blanche avait été surprise alors qu’elle s’entretenait avec la Lune et s’était effondrée avant même d’avoir eu le temps de réaliser à quel point elle était épuisée. Ainsi, elle gisait à quelques mètres du vieux tronc desséché, dans une position inconfortable.
La boule de feu qui illuminait ce triste ciel apportait une touche de gaieté dans ce tableau sinistre et froid qu’était la Lande Morte. Shoun se redressa lentement, le plus discrètement possible, pour s’adosser contre Rayon et observer ses amis baigner dans l’océan de leurs songes.
Ce fut lorsque le Soleil eut dépassé de moitié l’horizon que deux yeux bleus pétillants s’ouvrirent sur un ciel terne. Perdénon venait à son tour de s’arracher au sommeil. Le réveil fut assez brutal lorsqu’il constata que Shoun était perchée au sommet de l’arbre difforme. Son étonnement fut tel qu’il la vouvoya à nouveau, reprenant ses vieilles habitudes passées.
« Que faites-vous là haut, Miss ? Vous êtes sûre que vous vous sentez bien ?
Shoun Shimino sursauta et failli lâcher le tronc. Confuse, elle tenta de retrouver une position moins ridicule pour répondre au Conseiller.
- Rien, je m’ennuyais. J’essayais d’apercevoir la montagne.
Perdénon resta suspicieux, mais n’ajouta rien. La jeune alchimiste se laissa souplement glisser jusqu’en bas de l’arbre.
- Yuna dort toujours ?
- Je le crois bien.
- Perdénon ? ajouta-t-elle après un court silence. Nous arriverons avant ce soir ? Nous trouverons un endroit où dormir, autre qu’ici ?
Le Conseiller entortilla lentement sa barbichette.
- Je ne puis le dire maintenant. Je n’ai aucune idée de l’endroit où nous sommes. Nous devons aller tout droit, certes, mais y serons-nous ce soir ou demain, je ne puis vous répondre.
- Vous avez une carte, non ?
- Judicieusement observé, mais toi qui semble avoir un sens développé de la perspicacité, pourrais-tu m’indiquer un élément du paysage qui nous permettrait de nous repérer sur la carte, et qui nous dévoilerait où nous nous trouvons en ce moment ?
- Ca va, reconnut-elle, s’avouant vaincue. Vous avez raison. On a qu’à continuer tout droit.
Perdénon sourit discrètement et commença déjà à remballer le peu d’affaires qu’ils avaient sortis.
- Vous ne pourriez pas y allez plus doucement ? Vous venez à peine de vous lever, et vous voilà parti. Je ne sais pas comment vous faites.
- Tu ne croyais quand même pas que je t’aurais laissé la joie de me voir me réveiller, en baillant et en me frottant les yeux pour tenter de décoller mes paupières, répondit-il tout en rangeant sa couverture dans son sac.
Yuna quitta le monde des rêves pour retomber la réalité en percevant le son de leurs voix.
- Nous partons déjà ? demanda-t-elle d’une voix ensommeillée, les yeux clos. »
Elle n’eut pas besoin de réponse vocale pour comprendre.

Le Ciel se chargea rapidement de nuages opaques. Une pluie froide et désagréable s’abattit sur les trois voyageurs. Ils accélérèrent l’allure, craignant de passer une nouvelle nuit dans la Lande Morte. Perdénon menait avec plus ou moins de sûreté les deux amies vers la direction qui lui semblait être la bonne. La notion temporelle n’existait plus, ils galopèrent durant un temps indéterminable. L’eau passait au travers de leurs vêtements et atteignaient leur chair, couvrant ainsi leurs cœurs et leurs pensées d’un givre presque indestructible. Ils évoluaient dans un paysage qui ne changeait pas, et n’avaient guère l’impression de se rapprocher de la montagne.
Ce fut après une longue cavalcade qui leur avait semblée interminable qu’ils arrivèrent finalement au pied d’un pic rocheux d’une taille impressionnante.
« Nous sommes arrivés ? demanda Shoun. Je ne pense pas que des gens puissent vivre sur ce rocher géant.
- Non, Miss, mais nous y sommes presque. La Montagne ne doit plus être loin.
En effet, lorsque les nuages daignèrent s’écarter pour relaisser place au Soleil, Shoun aperçut l’énorme masse tant convoitée depuis leur arrivée dans la Lande Morte. Satisfaite, elle espéra juste que Perdénon déniche un autre chemin pour repartir.
Yuna prit alors la parole, pour la deuxième fois de la journée.
- Il serait sans doute plus sage de trouver un endroit où passer la nuit, et d’attendre demain matin avant de commencer l’ascension.
Personne ne discuta. La fatigue était présente, et aucun des membres du trio ne tenait à rester dehors plus longtemps pour aujourd’hui. La traversée de la Lande avait été suffisamment épuisante. Ils s’arrêtèrent à la première auberge qu’ils découvrirent, sans se donner la peine de jeter un coup d’œil aux autres bâtisses.
Leur entrée fit lever bien des regards. Des têtes se levèrent vers eux, abandonnant les assiettes et les chopes de bière. Yuna et Perdénon se comportèrent comme n’importe quel voyageur ordinaire et traversèrent la pièce le plus naturellement du monde, pour se rendre au comptoir. Une vingtaine de paires d’yeux les suivirent d’un seul mouvement. Les retardataires qui avaient encore le nez dans leur nourriture étaient prévenus par de discrets coups de coude, mais personne n’osait échanger un mot avec son voisin. Un silence respectueux accompagnait la progression de Yuna et Perdénon, qui ressemblait davantage à une marche vers l’Autel Sacré ou à une procession qu’à une banale location de chambres.
Nul ne remarqua une jeune fille au mystérieux regard violet se glisser silencieusement à une table vide, cachant son visage derrière ses boucles brunes qui lui descendaient jusqu’en dessous des épaules. Elle se fondait facilement dans la foule et passait inaperçue sans aucune difficulté. Elle s’installa seule sur un banc et, après avoir retiré son lourd manteau de voyage, elle s’adossa contre le mur. Seul un homme, assis à quelques tables d’elle, sembla lui porter une quelconque attention en l’ayant vu entrer avec la Mage Blanche et le Grand Conseiller. L’inconnu la dévisagea du coin de l’œil, mais elle ne sembla pas le remarquer. Sa tenue vestimentaire simple lui permettait de se confondre avec n’importe quelle villageoise habituelle. Mais il était certain de l’avoir vu franchir la porte en même temps que les deux mages blancs. C’était pourquoi il l’observait discrètement, profitant de l’attention que tous les autres portaient sur Yuna Deloa et Perdénon Voss.
Selon lui, elle ne devait pas avoir plus de dix-huit ans. Elle portait une tunique mauve aux manches évasées qui lui descendait jusqu’aux cuisses. Un simple pantalon de toile beige descendait jusqu’à ses genoux, pour s’engouffrer ensuite dans deux bottes marrons aux bouts pointus. Elle secoua ses jolies bouclettes et balaya la salle du regard. L’homme détourna les yeux et fit semblant de s’intéresser subitement aux deux mages blancs en pleine discussion avec le barman.
- Une seule chambre, dites-vous ? Je regrette, nous ne disposons que de pièces destinées à accueillir deux personnes tout au plus. Je vous en réserve donc deux ? Ce sera fait, Miss Deloa. Que nous vaut l’honneur de votre visite ?
L’inconnu relâcha son attention pour la reporter sur Shoun Shimino. Elle faisait tourner son collier entre ses doigts pour passer le temps. La lassitude ne se lisait pas sur son visage lisse et frais, seulement l’envie de se sustenter et de se reposer. L’objet qu’elle tournoyait lentement dans sa main était des plus étranges que l’étranger ait jamais vu. Le bijou tenait au cou de sa propriétaire par une alternante de petites pierres violettes et noires, à l’extrémité desquelles se trouvait un pendentif envoûtant de forme triangulaire, probablement une améthyste, présentant une fine spirale argentée en son centre.
Captivé par le collier, il ne remarqua pas immédiatement que la jeune fille avait posé son mystérieux regard mauve sur lui. D’un air gêné, il se gratta le crâne et détourna à nouveau les yeux. Se sentant à son tour observé, il essaya de reporter tout son intérêt sur les deux mages blancs et sur l’aubergiste.
- La route n’est pas sûre ces temps-ci, avec tous ces mages noirs. Soyez prudents. Des villageois prétendent en avoir vu toute une troupe se diriger vers les Hauts Sommets.
- Nous saurons éviter les embuscades qu’ils nous dresseront, assura Perdénon à l’aubergiste.
Shoun, méfiante, avait gardé l’inconnu dans son champ de vision. Un vague sentiment familier s’empara d’elle : elle avait déjà vu cet homme quelque part.





Et cette fois, j'EXIGE des critiques NEGATIVES ! :)
Avatar de l’utilisateur
Shoun
 
Messages: 73
Inscription: Mer Jan 16, 2008 4:00 pm
Localisation: Quelque part dans le Nord de la France

Messagepar becdanlo » Lun Mar 24, 2008 8:58 pm

Des critiques négatives?

Pas pour l'histoire qui se déroule bien. J'aime beaucoup que l'on avance sans se presser, il y a des descriptions, les pensées des personnages... J'ai écrit aussi une histoire de ce style... une fuite dans le désert et l'approche d'une montagne... je m'y reconnais presque :lol:

Non, le négatif vient de la forme... et encore... des maladresses comme:

"ils galopèrent durant un temps indéterminable." je dirais plutôt "indéterminé", voire "interminable" bien que cela ne veuille pas dire la même chose.

Par contre deux lignes plus loin, tu dis:

"Ce fut après une longue cavalcade qui leur avait semblée interminable"

Bon c'est un exemple... mais il faut dire que c'est un premier jet... tu écris au fur et à mesure... et pour un premier jet: chapeau!

Comme dit dans la présentation de ce forum, nous n'avons pas vocation à faire des corrections mais plutôt, je dirais, à encourager l'écriture, à motiver les gens à aller au bout de leur désir d'écriture. C'est ce que j'aimerai continuer, à faire avec toi!

:wink:
Avatar de l’utilisateur
becdanlo
 
Messages: 6907
Inscription: Ven Nov 23, 2007 2:20 am
Localisation: Grenoble

Messagepar Ishtar » Lun Mar 24, 2008 9:12 pm

C'est cela même Shoun, fixes-toi le but de terminer ton ouvrage. Les corrections viennent après. Tu auras tout le temps de les faire lorsque tu auras terminé la phase d'écriture...
Avatar de l’utilisateur
Ishtar
 
Messages: 3773
Inscription: Sam Nov 24, 2007 9:48 am
Localisation: Bruxelles


Retourner vers Shoun's corner

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron