Camille - Bernard Fauren

Camille - Bernard Fauren

Messagepar becdanlo » Dim Nov 25, 2007 5:56 am

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Résumé :

Camille et Pierrot se sont rencontrés dans un hôpital psychiatrique. Camille a eu une vision, enfin quelque chose qui s'en approche. Pierrot, lui, est là depuis de nombreuses années, ayant échappé à la justice qui l'a reconnu irresponsable. Chacun, à sa manière, va essayer de s'échapper, lui, avec des rêves qui n'en sont pas, elle, cherchant à entrer dans les rêves de Pierrot.
Cette fugue vers l'inconnu va les amener sur d'étranges chemins conduisant à une Vierge Noire. Découvriront-ils le monde, l'univers, ce que les autres, à l'extérieur, ne cherchent même plus à connaître ?

L'Auteur :

Bernard Fauren, dit "becdanlo", hante la toile depuis 2001. Timidement il s’inscrit sur des sites littéraires disparus depuis (Olympio, Webiscript, La Grenouille Bleue, Gloupsy, Le Littéméraire…). Après un passage par La Rue des Auteurs, Alexandrie Online et InlibroVéritas, il participe, avec quelques amis, à la création d’un forum littéraire : « L’Huître Perlière ». Auteur de trois romans (l’Ensecret, Camille, La Cascade d’Enora), Bernard Fauren s’est attelé à l'écriture d'un recueil de nouvelles (Kali) qui nous mènera sur les ghâts de Bénarès… et ailleurs. Il adore les voyages à pied qui ont donné naissance à plusieurs blogs (Compostelle, les Sources du Gange…). Enfin il s’adonne encore à la marionnette en participant bénévolement à des spectacles…


Télécharger:
http://www.becdanlo.fr/Brumerge/Camille.pdf

Chez Brumerge en format poche:
http://les-editions-brumerge.wifeo.com/camille.php
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Messagepar Ishtar » Dim Nov 25, 2007 10:47 am

J'aime les personnages de ton histoire lorsqu'ils sont dans le service psychiatrique que tu décris si bien. Je les sens réellement chez eux là-bas....
Tu jetes sur tout un regard lucide et froid, confrontant les aspirations de Pierrot à ce monde de laideur et de cruauté où il lui faut vivre.
Tu dénonces la bêtise, la méchanceté, la lâcheté du personnel infirmier et du psychiatre avec beaucoup d'émotions...
Bref, j'apprécie beaucoup cette partie de ton roman.
Par contre, la fugue de Camille et de Pierrot me laisse perplexe et songeuse... car tu décris admirablement les beaux paysages des chemins menant vers la Vierge Noire mais cette description est trop belle, trop enchanteresse par rapport à la première partie de ton roman. De plus, il me semble qu'il ne doit pas être facile lorsque l'on a vécu depuis de si longues années dans un environnement carcéral comme celui que Pierrot a connu, de se retrouver à l'extérieur, sans en éprouver un grand malaise. Il me semble qu'il aurait dû errer, sans cesse et sans but. Il aurait dû se perdre dans cet immense labyrinthe qu'est la Vie sans même penser à retrouver son chemin car il n'y en a plus pour Lui.
J'aurai voulu lire la révolte et l'amertume de Pierrot vis-à-vis des psychiatres, disant que la folie fait tellement peur qu'ils ont crées des institutions pour la briser, pour l'enfermer, en lui imposant des camisoles chimiques....
J'avoue que j'ai eu plaisir à te lire Bernard
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Messagepar Philipum » Dim Nov 25, 2007 4:54 pm

Une perle ! Cet ouvrage m'a parlé, et je m'en suis délecté. Au début, il y a une alternance très habile entre la vie de Pierrot dans son hôpital et l'enfance de Camille : on sait qu'elle ira fatalement le rejoindre, mais on ignore comment et pourquoi. Cette Camille est un personnage fascinant. Pour moi, elle incarne la sorcière, l'enchanteresse : elle a un don inné, celui de deviner l'autre, de se "brancher" sur la même vibration ; elle est experte dans le charme et la manipulation, et malgré elle, comme si c'était une vocation, elle y prend un plaisir immense. Malheureusement pour elle, son influence prend une ampleur démesurée, et elle devient dangereuse pour la société où elle vit.

Moi, j'ai aimé la fugue de Pierrot et Camille : ils sont engagés dans une recherche mystérieuse, bien plus fondamentale que les futilités de vengeance ou de ressentiment face à la lâcheté humaine ; ils volent bien au-dessus de tout cela. Le malaise provient sûrement de cette déconnection avec la réalité de la Vie telle que la plupart la percoivent dans leur quotidien, ainsi qu'un royal désintérêt pour celle-ci ; faut-il être aliéné pour parvenir à cet état ?
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Messagepar becdanlo » Mar Nov 27, 2007 3:46 am

Ceraines personnes disent avoir eu leur vie changée après avoir lu un livre... moi, c'est d'avoir écrit Camille qui a changé la mienne. Ca reste, encore aujourd'hui, un grand mystère. Ce roman m'a permis de faire des rencontres, de voyager et de goûter à des moments d'intense bonheur... qui me laissent encore un parfum d'une immense nostalgie: celui d'un paradis perdu. Il m'arrive aussi de regetter de ne pas être mon personnage, celui de Pierrot, pour connaître Camille.

Voici maintenant plusieurs années que ce roman existe sur le net, et je me rends bien compte de toutes ses imperfections, mais il reste pour moi un espace sacré (pardon de la prétention), à l'image de cette minuscule chapelle de la Vierge Noire, qui existe vraiment, et où je me rends encore souvent.

Camille n'est pas mon premier roman, ni mon dernier, mais je ne suis jamais arrivé "à faire mieux" . Je suis aujourd'hui persuadé que nous sommes l'auteur que d'un seul roman, et que pour moi, malgrè toutes ses défauts, ce roman restera Camille.

Pardon à tous deux de cette réponse "à coté de la plaque", mais c'est ce que je ressens à propos de ce livre et de vos commentaires.

Sincèrement merçi pour votre attentive et bienveillante lecture.
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Messagepar aminelicia » Mar Nov 27, 2007 6:38 am

M Fauren, j'ai été séduit par la qualité de votre écriture et votre style prismatique. Je trouve originale de présenter plusieurs situations à la fois et de faire parler intelligemment de soi-disant malades mentaux qui savent si bien réfléchir. En fin de compte, Pierrot et Camille sont-ils plus fous que la société et le personnel médical qui les entourent? Plus que leur idylle, j'ai été surtout captivé en certains endroits du récit, par leur humour caustique et décapante. Belle aventure en tout cas, bien décrite en des termes qui n'ont rien à envier à ceux employés dans les romans exposés en librairies.
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Messagepar becdanlo » Ven Nov 30, 2007 4:08 pm

Merci M Khalfi pour votre commentaire. On est jamais blasé de l'attention d'un lecteur à ce que l'on a écrit.
J'ai parfois des regrets de n'avoir donné qu'une image douce de la folie... un peu comme si nous étions en bonne compagnie dans un sanatorium de la belle époque. Malheureusement, la folie peut être violente, misérable et même sordide... elle est toujours l'expression d'une grande souffrance.
On s'en doute, j'ai pris Camille comme prénom de mon héroïne... en souvenir de Camille Claudel... internée par son propre frère. On a du mal à s'imaginer de ce qu'a été sa vie... alors qu'elle n'était probablement malade que d'avoir perdu son Amour pour Rodin.
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Messagepar sindbadboy » Jeu Déc 20, 2007 4:11 pm

J'ai commencé à lire (relire plutôt) le début de Camille, eh bien le premier chapitre est pas mal du tout. Vraiment très bien fichu, même. Y a juste quelques petites répétitions (quand ton attention se relâche ? :wink: ), mais sinon c'est très bien écrit.

Et puis le héros est juste comme je les aime.

Affaire à suivre.
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Messagepar becdanlo » Sam Déc 22, 2007 12:46 pm

sindbadboy a écrit:
J'ai commencé à lire (relire plutôt) le début de Camille, eh bien le premier chapitre est pas mal du tout. Vraiment très bien fichu, même. Y a juste quelques petites répétitions (quand ton attention se relâche ? :wink: ), mais sinon c'est très bien écrit.

Et puis le héros est juste comme je les aime.

Affaire à suivre.


Merci Sind de lire (relire) Camille.

C'est vrai que ce texte mériterait d'être "mouliné" sur TNN mais je voulais finir la Cascade d'Enora avant... ce qui ne devrait pas tarder :lol:

à bientôt donc!

:wink:
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Re: Camille - Bernard Fauren

Messagepar Christian Domec » Mar Déc 25, 2007 11:26 pm

Bonsoir,

Je recopie, ici, un court commentaire fait le 16 janvier 2007 à propos de Camille.

Citation:
C'est l'histoire d'une rencontre improbable et d'une fuite vers le réel. L'écriture est très classique avec une grande fluidité de l'expression. Les personnages sont décris de « l'intérieur » avec beaucoup de finesse. L'univers dans lequel ils évoluent est assez précisément transcrit (Bernard d'une manière ou d'une autre a dû bien se documenter... y compris pour ce pavillon improbable qui pourtant a existé). Quelques blancs dans la narration permettent la respiration et incitent au vagabondage onirique. Et... une anecdote nous rappelle une des possibilités de l'écriture : ne pas en garder trace.


Christian.
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Messagepar becdanlo » Mer Déc 26, 2007 7:36 pm

Merci encore Christian pour cette lecture de Camille.

Comme une fille ainée... elle fait maintenant sa vie... parfois je reçois de ses nouvelles comme ici. :wink:

J'aime bien le "pavillon improbable"... je ne sais pas si aujourd'hui il pourrait encore exister ainsi.

bec'
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Messagepar sindbadboy » Lun Jan 07, 2008 7:50 pm

La suite est vraiment bien également. Très bien vu tes personnages.

Même si je me demande comment la gamine (un tantinet mytho ?) va se sortir de la drôle de situation dans laquelle elle s'est collée.
Pour le voisin de chambre, le problème est réglé. :shock:
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Messagepar Christian Domec » Lun Jan 07, 2008 9:22 pm

Bonjour,
sindbadboy a écrit:
Même si je me demande comment la gamine (un tantinet mytho ?) va se sortir de la drôle de situation dans laquelle elle s'est collée.
Pour le voisin de chambre, le problème est réglé. :shock:

Tiens, je n'avais pas souvenir de cela...
Je viens de relire la fin. Je ne la vois pas comme toi. Non pour le voisin mais pour Camille.
La situation semble fermée, donc... ouverte.
Puis - c'est drôle comme les lectures peuvent être différentes, mais je n'en suis guère étonné - je n'imagine pas Camille être mythomane : elle semble vivre ce qu'elle est, mais l'attente des autres font qu'elle s'échappe à elle-même, cette fuite faisant peur, elle se retrouvre recluse.

Ah les lecteurs ! Comme dirait la femme entourée de moutards, accompagnée d'un motard (cf. http://www.becdanlo.fr/forum/viewtopic.php?p=1371#1371 )**

Christian.

** Il y a une manière dandy du côté de chez Scheer qui m'agace, pour le moins. En revanche. Saphia Azzeddine, non seulement écrit magnifiquement (au vu de trois pages...) mais répond joliment et sacrément bien sur ce bout de blog -> http://www.leoscheer.com/blog/2008/01/0 ... dine#c6382
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Messagepar sindbadboy » Mer Jan 09, 2008 11:08 am

Tss tss, me raconte pas, je n'en suis qu'au début encore. :lol:
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Messagepar Christian Domec » Mer Jan 09, 2008 12:24 pm

Salut,
sindbadboy a écrit:
Tss tss, me raconte pas, je n'en suis qu'au début encore. :lol:

Ah, ok... à la réflexion je m'en doutais un peu. Mais tu remarqueras que je me suis gardé de raconter... Très allusif simplement.

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Messagepar Christian Domec » Sam Jan 12, 2008 10:53 am

Bonjour,

Je vous passe, ci-dessous, un entretien entre Roseau et Bernard. L'original se trouve ici : http://roseau.org/index.php?c=3&f=3&t=30 .

Christian.

Camille, Pierre et Bernard


« Je suis la jeune femme timide qui habite en dessous de chez vous, ou ce vieux monsieur qui nourrit en cachette les chats au fond d'un square, ou encore ce collègue taquin qui vous tyrannise quotidiennement à votre travail. J'ai travaillé dans des opéras désertés après les spectacles, mais j'ai aussi vécu des années dans une chambre sordide au fond du couloir d'un hôtel meublé. Il m'arrive encore de dîner le soir au China Moon, et là, près du radiateur, tapis dans l'ombre, je vous observe, je vous hume, je vous respire. Parfois vous arrivez en couple et lorsque assis, l'un en face de l'autre vos mains se touchent et que vos regards se cherchent, vite, je guette la petite lumière qui danse au fond de vos yeux, et là, mon âme s'envole… »

Bernard Fauren, 2003.


Camille et Pierre

Bernard Fauren est l'auteur de Camille, roman sensible ; rencontre entre deux êtres dans un lieu qui isole ; leur fuite vers le réel. Son écriture classique et fluide décrit des personnages de « l'intérieur » avec finesse. L'univers dans lequel ils évoluent est assez précisément transcrit – Bernard a dû bien se documenter, y compris pour ce pavillon improbable qui pourtant a existé. Quelques blancs dans la narration offrent respiration et incitent au vagabondage onirique.

Bernard a vu sa vie bouleversée par Camille, son roman.

« Certaines personnes disent avoir eu leur vie changée après avoir lu un livre. Moi, c'est d'avoir écrit Camille qui a changé la mienne. Ça reste, encore aujourd'hui, un grand mystère. Ce roman m'a permis de faire des rencontres, de voyager et de goûter à des moments d'intense bonheur qui me laissent encore un parfum d'une immense nostalgie : celui d'un paradis perdu. Il m'arrive aussi de regretter de ne pas être mon personnage, celui de Pierrot, pour connaître Camille.

Voici maintenant plusieurs années que ce roman existe, accessible sur le net, et je me rends bien compte de toutes ses imperfections, mais il reste pour moi un espace sacré, à l'image de cette minuscule chapelle de la Vierge Noire, qui existe vraiment, et où je me rends encore souvent.

Camille n'est pas mon premier roman, ni mon dernier, mais je ne suis jamais arrivé « à faire mieux ». Je suis aujourd'hui persuadé que nous sommes l'auteur que d'un seul roman, et que pour moi, malgré tous ses défauts, ce roman restera Camille. »

Pierre, personnage de Camille, avant de la rencontrer dans le pavillon d'un asile d'« aliénés » nous confie :

« J'avoue que si j'écris depuis si longtemps c'est en partie pour ce sentiment de gagner comme une liberté et un tout petit pouvoir sur ceux qui me dominent sans cesse(...). Parfois, je regrette de déchirer systématiquement tout ce que j'écris, mais ne pas le faire m'enlèverait tous les bénéfices. »
« Retour à la chambre, choisir du papier, prendre le bon crayon… enfin tout le rituel.
« … Ici même, c'est le jour, un autre jour où si le conflit
fait mal, il y a lieu de ne rien faire. Attention à la pensée, à la
fatigue et aux rites… donc nous en sommes là. Écran de la
réalité, le calme, le lointain des bruits, le calme de ce qui ne
se passe rien. Paroles de couloir de ce qui se passe ailleurs.
Oubli du noir et pire. Mots posés sur de petites feuilles
minuscules et perdues… donc il ne reste plus rien à faire ni à
dire. Donc on ne dira plus rien. Alors on reste assis à
attendre, toujours à attendre et ne rien dire... ne plus rien
dire... »
— Monsieur, il faut sortir, je dois faire la chambre !
— Un instant j'écris, je dois finir ! »

Entretien avec Bernard Fauren


Roseau : Bernard, Pierre est un personnage de fiction, pourtant, il me semble que ces deux aspects :
— écrire et surtout ne pas en garder trace,
— écrire comme moment de liberté et de « désaliénation »,
ne te sont pas étrangers. À quel moment as-tu décidé de garder trace de tes écrits et de les livrer en les publiant ?

Bernard : Il n'était pas prévu que l'on découvre que le compagnon de Camille porte le même prénom que moi (rire). Je me suis amusé à lui donner mon prénom sachant que je signais Bernard Fauren. Le fait est, que lorsque j'ai commencé à rencontrer pour de vrai les gens du net, j'ai dû donner ma véritable identité ce qui explique que certains m'appellent indifféremment sur le net Pierre ou Bernard. Le passage du monde virtuel au monde réel engendre ce genre de surprises que je ne pouvais pas prévoir (sourire).

Ceci dit, il n'y a pas vraiment une relation entre le Pierrot de Camille et moi. J'ai commencé à écrire après mon divorce (c'est une cause de passage à l'acte assez fréquente – rire) et effectivement, j'ai écrit des centaines de pages en écriture automatique. Elles n'avaient pour but que de me soulager psychiquement : je déchirais aussitôt les pages… de peur qu'on ne les découvre. J'ai ensuite trouvé sur le net une « méthode » américaine pour écrire une fiction en dix semaines… qui insiste beaucoup sur la gestion du temps par la prise de rendez-vous avec soi-même, ce qui est très important pour mener à terme un projet de longue haleine. C'est ainsi que j'ai écrit L'Ensecret, que l'on peut aussi trouver sur le net. C'est un texte très noir, également à vocation thérapeutique, que je n'ai jamais eu le courage de relire et de corriger. Comme pour beaucoup de personnes qui écrivent un premier roman on peut y trouver tous les germes de ce que j'écrirai plus tard.

Roseau : Quelles impressions as-tu eues de la métamorphose d'un texte écrit, travaillé, puis publié sur internet à sa présentation sous forme de livre palpable ?

Bernard : Écrire pour soi, et écrire pour être lu, c'est bien différent. Écrire pour le net ou pour être publié sur papier oblige à se conformer à certaines règles : écrire une histoire censée qui ait un début et une fin, respecter l'orthographe, éviter les répétitions… c'est beaucoup de travail. Je me souviens de la première fois où j'ai mis en ligne L'Ensecret sur Olympio (site qui a disparu aujourd'hui) : je n'en revenais pas que l'on puisse me lire à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, en France comme à l'autre bout du monde. Avant de m'endormir, j'imaginais qu'un lointain lecteur français vivant au Japon était plongé dans la lecture de mon texte (rire). En fait, c'est un peu une lune de miel car après on découvre qu'il y a très peu de lecteurs même s'il y a beaucoup de téléchargements. Trouver des lecteurs demande autant, sinon plus d'énergie, que pour écrire un roman. Quand j'ai fait imprimer « à la demande » Camille c'est une autre impression. J'ai commencé avec In Libro Veritas (ILV) qui essuyait les plâtres à l'époque et mon premier exemplaire était affreux. J'en ai fait une critique complète sur le forum d'ILV ce qui m'a valu des déboires avec son gérant… qui ne se sont pas arrangés par la suite (rire). Je suis passé après à lulu.com, et là, l'objet livre était nettement plus présentable. Le format était déjà plus grand et ça ressemblait vraiment à un livre. Nouvelle lune de miel… et puis nouvelle déception… une fois épuisé le cercle des proches, plus personne pour acheter notre bouquin.

Roseau : Existe-t-il une relation entre la marche (les longues balades) et l'écriture ou, du moins, la construction d'éléments du récit ; le rythme des pas et celui de la phrase, la caresse du vent et le sourire d'un personnage, une pluie battante et un accident stylistique ?

Bernard : Je ne fais pas de relations conscientes entre la marche et l'écriture. Je viens de faire six mois de marche et de voyage entre le chemin de Compostelle et mon voyage en Inde et je constate un écart douloureux entre la réalité et la fiction. Je planche actuellement sur une préface pour un recueil de poèmes sur Compostelle, d'un ami, et je vérifie combien nos « voyages » ont été différents… alors que nous avons parcouru le même chemin ! C'est très déroutant. Marcher c'est avoir une présence au réel et pour le moment je n'arrive pas à utiliser « ce vécu » pour écrire. Juste un exemple : avant de partir en Inde, j'écrivais déjà un texte de fiction ayant pour décor Bénarès… lorsque je me relis aujourd'hui, mon Bénarès de fiction me parait plus « crédible » que le Bénarès que j'ai redécouvert avec mes pieds (j'y étais allé une première fois, il y a plus de trente ans). Je pense que pour écrire une fiction il faut une sorte de « filtrage » du réel pour le restituer vraiment. Je constate que pour les photos c'est un peu la même chose : les meilleures images de Bénarès, et notamment celles prises sur les ghâts, sont celles qui donnent une impression « d'hors du temps »…un peu à la manière des peintures de la renaissance…

Roseau : Quels sont les ouvrages que tu as déjà publiés ? Planches-tu sur une nouvelle œuvre ?

Bernard : Tous mes textes se trouvent sur mon site minimaliste (une seule page – rire) :

— L'Ensecret (2001),
— Camille (2003),
— La Cascade d'Enora (2005),

Ces textes se trouvent en l'état : L'Ensecret mériterait une sérieuse relecture et la Cascade d'Enora se trouve en correction sur l'excellent site TNN & Cie. Je les laisse à disposition… justement pour ne pas avoir la tentation de les faire disparaître. Ce qui est intéressant avec le net, c'est qu'une fois un texte lâché, on ne peut plus le reprendre (rire).

J'écris en ce moment Kali la Noire depuis plus de deux ans. Ça se passe à la fois en Inde mais aussi sous nos contrées. C'est justement un récit « sorti de mon vécu » qui me donne beaucoup de mal. Une histoire que je continue à vivre qui est une source de souffrance mais aussi une motivation à « sublimer le réel »…

Propos recueillis courant janvier 2008.

♥ Camille est également disponible, au format livre.
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